Fecafoot : le vrai faux débat de la double nationalité
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Les élections au sein des instances dirigeantes de la Fecafoot sont lancées et voilà que surgit un débat sur la double nationalité. Quel rapport entre la double nationalité et les élections à la Fecafoot ? La réponse est très simple : Samuel Eto’o fils. Et pourtant une telle réponse appelle des éclaircissements.

1- La non-reconnaissance de la double nationalité en droit camerounais

Pour les sujets de sexe masculin de nationalité camerounaise, il ne peut exister de double nationalité tant et puisque cette réalité juridique n’existe pas dans le code de la nationalité.

Le législateur reconnaît à la femme camerounaise mariée à un étranger le droit de conserver sa nationalité camerounaise.

Par ailleurs, un pays étranger qui reconnaît le principe de la double nationalité peut valablement accorder sa nationalité à un camerounais car en matière de double nationalité il n’y a pas de réciprocité.

2- Les “franchises” de nationalité sportive

Dans le monde du sport et spécifiquement dans le football, les carrières de sportifs sont courtes (généralement 20 ans pour les plus robustes). À cela s’ajoute le phénomène de mobilité (changement d’équipe et de pays).

Dans le cas spécifique de l’Europe où tous les footballeurs rêvent de faire carrière, il existe un autre phénomène relatif à la création de la CEE et désormais l’UE. Le 15 décembre 1995, la cour de justice des communautés européennes arbitre un litige entre Jean-Marc Bosman et le Royal club de Liège. Désireux de s’engager en faveur de Dunkerque, l’international espoir belge conteste les règles qui régissent les mutations des sportifs. L’arrêt historique rendu par la CJCE va libérer la circulation des joueurs au sein de la Communauté européenne, limitée jusque-là par des quotas liés à la nationalité. Cette nouvelle réalité juridique oblige et entraîne l’explosion des joueurs au sein des pays de l’CEE/UE. C’est la libre circulation des travailleurs sportifs.

En réalité, il faut savoir que le quota de joueurs étrangers dans une équipe était généralement fixé à trois. Par ailleurs, si un camerounais disposant d’un passeport français (Joseph Antoine Bell par exemple, de Toulon à l’Olympique de Marseille) reste français en France, son club peut donc engager un étranger.

Avec le dispositif de l’arrêt Bosman, un citoyen membre de l’UE n’est plus étranger au sein de l’Union Européenne. Il peut donc évoluer dans le club de son choix puisque l’arrêt Bosman fait voler en éclats la politique des quotas.

Dès lors, l’on comprend aisément la multiplication des passeports et des nationalités pour faciliter les mouvements des joueurs.

L’argentin Lionel Messi peut avec son passeport espagnol jouer au FC Barcelone au même titre que le camerounais Samuel Eto’o (avec son passeport espagnol), le français Thierry Henry (membre de l’UE) que le portugais Figo (membre de l’UE) ou l’ivoirien Yaya Touré (avec son passeport britannique) sans que le FC Barcelone n’explose son quota d’étrangers.

De plus, Samuel Eto’o pouvait aisément partir du FC Barcelone (Espagne) pour l’Inter Milan (Italie) sans formalité administrative particulière d’expatriation pour son nouveau Club au regard de son passeport espagnol.

3- Les enjeux de la Fecafoot

S’agissant des élections à la Fecafoot et jusqu’à date, Samuel Eto’o n’est pas officiellement candidat à la présidence. La question est donc de savoir le pourquoi de ce remue-ménage.

Lors des dernières élections à la Fecafoot, Joseph Antoine Bell était bien candidat à la présidence. Et sa candidature n’a pas été invalidée sous le prétexte de s’être prévalu pendant sa carrière sportive de la nationalité française.

En réalité, pour avoir apporté son soutien de manière très ferme, ouverte et engagée au Président Paul Biya lors de l’élection présidentielle du 08 octobre 2018, Samuel Eto’o dérange ceux qui veulent lui faire payer son engagement. Le débat autour de sa prétendue nationalité espagnole ne vise qu’à démontrer qu’il a choisi le mauvais cheval.

Pour avoir conseillé dans une interview publique à Joseph Antoine Bell de laisser tomber la présidence de la Fecafoot au profit de Seydou Mbombo Njoya, Samuel Eto’o dérange tous ceux qui ont fait du soutien au frère du village un mode d’expression socio-politique.

Dans le cadre des œuvres sociales de sa Fondation, Samuel Eto’o a régulièrement apporté du réconfort à des jeunes et à des familles camerounaises. Et pour cela, il dérange ceux qui pensent qu’il ne peut être partout à la fois.

4- Les effets induits

En portant le débat sur la double nationalité, il s’agit de forcer la main du chef de l’Etat sur ce sujet et de tenter d’humilier un compatriote qui a fait et continue de faire rayonner l’image du Cameroun.

Dans le monde du football, s’il n’était que question de nationalité, on se pose bien la question de savoir pourquoi les espagnols n’ont jamais convoqué Samuel Eto’o en équipe nationale. Et pourtant au FC Barcelone, il avait sa place dans n’importe quelle équipe nationale au regard de son talent.

Samuel Eto’o comme Lionel Messi et beaucoup d’autres joueurs de football font partie dans ces pays de nationaux non sélectionnables. La FIFA ne s’est pas trompée à ce sujet en permettant à certains joueurs de faire des choix jusqu’à l’âge de 21 ans tant qu’ils jouent encore avec les équipes nationales de catégorie inférieure.

La nationalité permet d’établir une filiation juridique envers l’Etat mais elle est surtout une filiation de service à travers la citoyenneté et le patriotisme. Le football camerounais est malade de ses hommes au moment où le pays dispose d’infrastructures de très haut niveau pour permette l’éclosion de talents et l’épanouissement de sa jeunesse. Cela ne saurait se réduire à un débat sur un individu et à son ou ses passeport(s).

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