LES RAISONS DE TANT DE VIOLENCES POLICIERES AU CAMEROUN? PAR CALVIN DJOUARI
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FRANCE :: LES RAISONS DE TANT DE VIOLENCES POLICIERES AU CAMEROUN? PAR CALVIN DJOUARI

 Le rond-point Bessengue, derrière son riant jardin idyllique et son décor édénique peut aussi devenir facilement un décor planté pour des spectacles barbares. Cet endroit où les camerounais prennent la première bière avant d’accéder à la rue de la joie, n’inspire plus sympathie parce qu’il dessine depuis un certain temps une sorte de triangle de Bermudes.

Quand ce n’est pas une femme dénudée qui déambule le long de son boulevard, c’est un policier qui est tabassé par des citoyens. Et si ce n’est pas un bandit qui agresse un passant en arrachant son sac pour se faufiler dans le quartier, c’est un accrochage entre un chauffeur et un homme en tenue qui se produit, tel que nous l’avons vu sur les réseaux il y a quelques jours.  Bessengué est un quartier cosmopolite ; il l’a toujours été. Enclavé depuis l’aube des temps, il est demeuré prisonnier de ses mythes, avec la mauvaise réputation d’un passé qui colle ses murs, étouffant par là tout ce qui peut avoir comme gangrène, dans ces bâtisses des années 60. La barbarie a pignon sur rue au Cameroun on le sait déjà et la violence continue de sévir. 

Dans notre vie quotidienne, il n’est pas rare de voir un simple citoyen intercepté, maîtrisé, arrêté, ligoté comme une bête, battu, blessé, humilié. Souvent, l’infortuné baigne dans le sang, au moment où certaines personnes s’amusent à filmer de bout en bout la scène avec pour seul plaisir de partager la vidéo sur les réseaux. La violence est banalisée, ce qui importe c’est de prendre la vidéo au lieu de venir séparer une bagarre. Chaque semaine qui passe on nous balance des vidéos où il y a une altercation entre un agent et un usager. Tout dernièrement c’est un chauffeur qui a essayé d’écraser avec sa voiture un policier qui tentait de l’intercepter. Souvent ce sont les policiers qui récupèrent un citoyen et lui font sa fête. On se croirait dans une production de film hollywoodien. Toutes ces images font le tour des réseaux sociaux et suscitent l’indignation générale.  

Il y a deux ans, les africaines dans un campo d’un pays européen, ont filmé une bagarre entre une camerounaise et une nigériane. Jusqu’au décès de la nigériane, les cinéastes continuaient de tourner leur image. Quel cynisme ! revenons à notre affaire d’aujourd’hui. Dans une vidéo qui circule de façon viscérale dans les réseaux, on voit un policier qui est au prise avec un chauffeur. L’homme en tenue semble être un bagarreur, bon attaquant qui applique rigoureusement les techniques de combats, mais qui s’est fait surprendre par son adversaire. Ce dernier manquant d’adresse, a contre-attaqué à l’aide d’une arme blanche.  Une scène désagréable à voir.     

Comment un policier peut se retrouver en train de bagarrer avec un usager ? Qu’est ce qui peut provoquer cela ?  C’est un ras le bol entre les policiers et les usagers. Ils s’accusent mutuellement. Pour la police, les usagers refusent de collaborer et d’obtempérer ; malgré les injonctions répétées, les usagers n’ont jamais voulu obtempérer d’un coup. L’intimidation verbale, ne les inquiète guère et souvent ils préfèrent passer outre.  Depuis que les policiers ont décidé de faire bien leur travail, et qu’ils tiennent à l’application rigoureuse des lois et des règlements, les usagers refusent de s’aligner parce qu’ils sont enfermés depuis longtemps dans un système qui les a souvent arrangés.  

C’est la première raison. La deuxième raison, c’est que les hommes qui sont dans les grosses voitures aiment mépriser les policiers, tout simplement parce qu’ils ont des attaches avec certains hauts gradés.  Le policier est là pour faire son travail. On ne frappe pas sur un homme en tenue, il représente l’état, quel que soit les motifs, c’est lui qui aura raison.  Il faut noter aussi que les violences policières sont fréquentes. Il n’y a pas de liberté d’expression chez les policiers. Pour peu que tu échanges avec un policier, il t’intime l’ordre de te taire. Ce que vous ne verrez pas chez les gendarmes ou les militaires tout simplement parce que ceux-ci appliquent les enseignements reçus au cours de leur formation. Je tiens à préciser que le policier en donnant le premier coup à l’usager, nie le droit. Parce que la défense du chauffeur est la négation de cette négation, donc l’application du droit.

L’homme poussé par son instinct de conservation réplique toujours à une attaque qui va neutraliser son adversaire, ce qu’on appelle légitime défense. Tenez-vous bien. Si ça continue ainsi dans notre pays, nous allons vivre des scènes plus horribles qui vont susciter le stress, la peur et autres chocs quotidiens qui créeront l’indignation. Il est temps de communiquer avec la population. A chaque fois, les hommes en tenue sont mis en scène, filmés et publiés sur les réseaux sociaux ce n’est pas une bonne chose.  La formation de six mois, ne suffit pas pour faire des policiers des agents qui maitrisent tous les contours de l’humanisme. La preuve dans les aéroports où sont affectés les meilleurs on rencontre moins de dégâts.

Je ne dis pas que nos policiers sont mal formés, mais je dis qu’ils n’appliquent pas toute la déontologie de leur métier. Ils n’ont pas le droit d’ouvrir la portière d’un usager, ni de monter sur la capote de sa voiture. On leur apprend cela à l’école ; et s’ils le font, c’est à leur risque et péril. L’usager a des droits. Il faut qu’il respecte la loi. Le policier doit savoir qu’il a devant lui un frère mais pas un adversaire. Il faut la tolérance des deux côtés.  Chaque fois que le policier est en face d’un citoyen, la tension monte. Il est temps d’utiliser les conférences publiques pour expliquer le travail des uns et des autres.  Les policiers sont bien nantis, mais sur le terrain ils sont inefficaces. Beaucoup ne pensent qu’à vous récupérer de l’argent et tous les moyens sont bons pour vous coller un motif.  

Il y a 20 ans, j’ai perdu mes deux valises alors que je revenais du Gabon. Je suis au niveau du carrefour Mbalmayo et Metet. Je vivais depuis un certain temps au Gabon. Des policiers interpellent le bus dans lequel je me trouve. Le contrôle des identités se passe aisément. Je n’ai plus de carte d’identité camerounaise mais une carte consulaire. Je suis bien identifiable ; le policier comprend que je viens du Gabon ; certainement j’ai un peu d’argent ; il me fait descendre. Le chauffeur  dans sa mauvaise foi, démarre et s’en va avec mes deux valises, je ne les reverrai plus.

Lorsque j’arrive à l’agence on me présente deux sacs pleins de chiffons ; la supercherie de l’agence de voyage et de son chauffeur. Vous voyez donc comment on se trouve avec deux sortes de compatriotes indignes.  Le policier ou le chauffeur, c’est la même chose, pas d’espoir. J’ai fait plus de dix pays africains. C’est une gangrène la corruption sur les routes africaines. Sauf, pour être honnête, le Burkina Faso. Il n’y a pas de corruption policière au Burkina Faso. Le citoyen sait qu’il ne peut pas corrompre le policier dont il respecte les normes de son métier. Une telle confrontation est rare au Burkina.

Au Cameroun, les citoyens ne respectent pas les policiers et les policiers imposent le respect, s’il le faut ils préfèrent remonter les bretelles à ceux qui ne savent pas se conformer aux règles de jeu. C’est ce qu’a voulu faire peut-être notre bagarreur. Les images montrent que le chauffeur est stationné en pleine voie et qu’il semble refuser d’obtempérer ; le policier bon puncheur, et bon bagarreur, technicien courageux est donc passé à l’attaque. Nous assistons là à une banalisation de la violence.

C’est un glissement dangereux. Il faut faire attention aux scènes violentes dans nos sociétés cela prépare des scènes plus dangereuses. Ce qui choque dans tout cela, il faut le redire c’est ce public silencieux qui préfère filmer et être spectateur de la tragédie qui se déroule devant lui au lieu de mettre fin à un spectacle désolant. Nous plongeons à grande vitesse dans les dérives qui vont continuer. Ce que le public fait est une conspiration ; il faut prévoir les lois pour punir ceux qui filment les scènes affreuses ; il faut punir sévèrement ceux qui agressent les policiers et dans ce corps de la police, il faut repérer les ripoux, la canaille, les crapules et les radier.  

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