Mgr Kleda : «Nous sommes dans un pays, nous devons nous considérer comme des frères»
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Vos produits, ont été validés par le gouvernement camerounais pour appuyer la médecine moderne dans la lutte contre le Covid-19. Quel est votre sentiment par rapport à cela ?
En effet, le gouvernement a reconnu l’efficacité de mes produits. Pour moi, c'est déjà un pas, cela rassure les patients parce qu’imaginez-vous, les gens se traitent avec ces produits depuis, plus d'un an. Nous avons commencé à traiter le public en mars 2020. Depuis ce temps, toutes les personnes affectées n’ont pas hésité à venir prendre ce traitement. Mais aujourd'hui, l'État reconnaît que le produit est homologué et peut être maintenant vendu. Non seulement cela rassure les patients, mais cela nous permet aussi de rendre davantage service à la population car depuis leurs fabrications, les patients reçoivent leurs soins gratuitement.

Comment fait-on pour acquérir l’un de vos produits ?
Depuis que la deuxième vague du coronavirus est passée, le nombre de cas positifs a diminué au Cameroun. C’est la raison pour laquelle nous avons presqu’arrêté de fabriquer ces produits. Mais maintenant, nous allons reprendre la production pour que tous ceux qui veulent s’en procurer puissent l’obtenir facilement. Surtout que dans les informations, l’on voit que cette maladie existe encore en Europe. Par conséquent, nous devons être très attentifs parce que si les pays étrangers où les camerounais se rendent par exemple en France, il y a encore la présence du Corona, cela veut dire que le Corona va revenir au Cameroun. Maintenant, nous allons nous mettre au travail pour pouvoir fabriquer ces produits mais pour le moment nous allons d’abord travailler avec nos formations sanitaires. Ce qui veut dire que de manière simple qu’on pourra trouver ces produits dans nos formations sanitaires catholiques.

Si les autres pays africains à l'exemple du Congo, Tchad et du Gabon ont besoin de ces produits, est-ce que vous êtes disposé à leur en fournir ?
S'ils nous le demandent, nous sommes à mesure de les fournir étant donné que pendant les deux dernières vagues, nous avons fourni les produits à certains pays africains à leur demande, à l’exemple de la Gambie, du Burkina Faso et de bien d'autres pays.

Certaines mauvaises langues disent que votre nomination comme membre dicastère du Vatican a un lien avec la trouvaille. Est-ce le cas ?
On ne peut pas dire que c'est parce que j'ai mis au point ces produits qu'on m'a nommé. Car, le travail de prêtre n'est pas lié au problème de la santé. Quand on parle de la santé de manière générale, c'est d’accompagner pour la guérison, l'on m'a confié ce travail parce que je suis d'abord prêtre et le travail que je fais comme prêtre pourrait apporter quelque chose à ce dicastère. Alors, ce n’est pas parce que j'ai découvert un traitement pour Covid-19 qu'on m'a nommé dicastère. Et nous les prêtres, notre travail c'est de lutter contre la misère et contre tout ce qui blesse la dignité humaine. On ne peut pas seulement se limiter à cette raison.

Quel est votre rôle en tant que dicastère ?
De manière générale, le travail de dicastère c'est de chercher à libérer la personne humaine, de le libérer de ce qu'il souffre, de venir en aide aux malades, les réfugiés, les prisonniers et même des personnes abandonnées dont la dignité est blessée pour qu'à la fin ils ne souffrent plus.

Le 18 février dernier, marquait l’anniversaire de votre 20ème année en tant qu’évêque. De quoi êtes-vous le plus fier ?
Pour moi, la première des choses, c'est de faire connaître Jésus Christ, amener les gens à être en contact avec lui et à accueillir la bonne nouvelle. C'est la mission que nous avons en tant qu’évêque.

Mgr vous êtes originaire du Grand-Nord où la religion musulmane est très pratiquée. Pour certains ressortissants de cette partie du Cameroun, votre nomination en tant qu’évêque a davantage fait rentrer le catholicisme dans le Septentrion. Depuis lors, il y a-t-il eu davantage de recrues ?
Les gens ont toujours à faire cette caricature où au Nord l'on ne trouve que les musulmans et le Sud les chrétiens. Et bien, cette caricature est à éliminer ce n’est pas juste. Il y a les musulmans et chrétiens au Nord comme au Sud du pays. Si vous considérez le Nord, nous avons des diocèses comme le diocèse de Yagoua, de Maroua, de Ngaoundéré. Il y a des chrétiens et des musulmans depuis toujours. À l'arrivée des missionnaires, des gens ont accueilli l'évangile d'un côté et de l'autre côté, les musulmans. Alors, le Nord n'a jamais été seulement musulman.

Le Cameroun compte 26 diocèses. Est-ce suffisant pour l’église catholique romaine au Cameroun ?
L’église catholique romaine compte effectivement 26 diocèses. Et la création d'un diocèse répond à un besoin. S'il y a des diocèses qui sont très vastes, on présente un projet à Rome et s'il estime que cela est juste, qu'il faut créer pour répondre au besoin évangélique, on pourra décider de le créer. Mais pour le moment cela ne s'avère pas nécessaire.

Il se dit qu'il y a une crise de vocation dans la prêtrise. Certains hommes de Dieu y entreraient pour bénéficier de nombreux avantages dont bénéficient, prêtres, évêques, et archevêques…
On ne peut le dire. Si quelqu'un décide de devenir prêtre, il entre d'abord en relation avec Jésus Christ qui l'appelle. Puis on l’oriente, et on l’accompagne pour qu’il réponde à l’appel de Jésus Christ. Et aujourd'hui au Cameroun, nous avons beaucoup de jeunes qui veulent être prêtres, qui sont sincères dans leurs démarches pour être prêtres mais il se pose le problème de conversion. Alors que c’est mieux de vivre avec Jésus Christ. Donc on ne peut pas dire aujourd'hui qu'il y a une crise de vocation. Car notre société est exigeante mais nous prêtres, devons montrer que c'est le Christ qui nous a appelés, que nous sommes des témoins et que nous sommes chargés d'annoncer l'évangile de manière sincère. Cependant nous sommes des pêcheurs. Il peut arriver que quelqu'un tombe, un homme de Dieu. Et quand cela arrive, on ne peut pas dire que c'est la fin de tout. Au contraire, le Christ nous donne la grâce pour pouvoir avancer normalement. De ce côté-là, nous n’avons pas à être pessimistes.

Depuis quelques mois, le vent du tribalisme souffle très fort au Cameroun. Peut-on le contenir ou à défaut l’orienter vers une autre direction pour qu’il ne détruise pas le pays ?
Moi, je vois le problème d'une autre manière. Nous avons un pays à gérer. Mais dans ce pays-là, il faudrait que le travail soit donné à tout le monde selon la valeur de chaque personne. Pas selon la provenance des villages. Nous sommes dans un pays, nous devons nous considérer comme des frères. Nous devons avoir une vision plus large, nous considérer tous comme des frères et s'il y a des avantages, s'il y a du travail, ce travail pourra être donné à tous. Quand je parle du bien commun c'est à dire dans un État, s’il y a le bien, ce bien-là appartient à tous. Il ne doit pas appartenir à un tel ou un tel groupe. Il doit être partagé à tous. C'est cela qu'il faut favoriser.

À l'issue des législatives et des municipales, on a assisté à l’arrivée d’un nouveau parti politique, à l’Assemblée nationale. Croyez-vous que le prochain président de la République du Cameroun viendra d’un autre parti politique ou alors il sera du Rdpc ?
De ce côté-là, je ne voudrais pas y répondre.

Si l'un de vos neveux venait vous dire qu'il est homosexuel. Quel conseil lui donneriez-vous ?
S'il vient me dire qu'il est homosexuel, je dirais non, ce n'est pas cela la bonne voie. Mais je pars tout simplement du fait qu'en Afrique, l'homosexualité comme telle, n'existe pas. Il y a peut-être eu quelques cas rares, qui arrivent. Mais de manière ordinaire, l'homosexualité n'existe pas aujourd'hui. Mais avec l'influence de l'Europe aujourd'hui, on rencontre des cas. Mais si quelqu'un vient se présenter à moi qu'il est homosexuel, je m'engage plutôt à l'accompagner pour qu'il retrouve son équilibre normal. Si c'est un homme, cela veut dire s'il n'aura jamais d'enfants. Et vice versa. L’homosexualité n’est pas la voie de Dieu. Ce n'est pas la voie normale selon la vision de Dieu. Or maintenant, en tant que prêtre, je prends l’engagement de l’accompagner pour qu'il retrouve l'équilibre des choses.

Que vous évoque ces noms : Baba Simon, Mgr Christian Tumi, Mgr Victor Tonye Bakot, Yves Plumey et Mgr Bala ?
Toutes les personnes dont vous avez cité les noms, appartiennent à l’église. Tous ont été des prêtres et parmi eux des évêques. Parlant de Baba Simon, je puis vous dire que je l'ai vu en 1975, quand il venait dans le Grand-Sud, pour ses soins. Mais je ne l’ai plus revu. Et ce, jusqu’à sa mort. Baba Simon était un homme qui a choisi d'être au service de ses frères. Il a quitté Douala où il était à la paroisse Notre Dame des Victoires. Bien qu'il eût tout, mais il quitta Douala pour aller évangéliser le Nord. Donc c'est l'amour de ces frères qui l'a poussé à s’y rendre. Et de manière générale, tous les noms que vous venez de citer, sont des prêtres qui ont été des hommes. Et par la suite, ils ont été appelés par Jésus Christ pour être au service de leurs frères. Voilà le type de prêtres que nous avons devant nous. Abandonner tout, renoncer à tout, pour être au service de ces frères. Voilà un peu le credo des hommes de Dieu. Nous venons d'enterrer le cardinal Tumi et nous avons lu comment il a lutté pour défendre la dignité des pauvres, pour libérer les pauvres et défendre les plus pauvres. Je dirais de manière générale, que ce sont des témoins de Jésus qui ont été à notre service.

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