PREDICATION DU DIMANCHE 10 JANVIER 2021 PAR LE REV. Dr JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 10 JANVIER 2021 PAR LE REV. Dr JOËL HERVE BOUDJA

Textes : 1 Samuel 3 : 3-19 ; 1 Corinthiens 6 : 13-20 ; Jean 1, 35-42

Lecture de Jean 1, 35-42
Le lendemain, Jean était de nouveau là, avec deux de ses disciples ; il regarda Jésus qui passait et dit : Voici l’agneau de Dieu. Les deux disciples entendirent ces paroles et suivirent Jésus. Jésus se retourna, vit qu’ils le suivaient et leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui dirent : Rabbi – ce qui se traduit : Maître – où demeures-tu ? Il leur dit : Venez et vous verrez. Ils vinrent et virent où il demeurait ; ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. C’était environ la dixième heure. André, frère de Simon Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu Jean et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord son propre frère, Simon, et il lui dit : Nous avons trouvé le Messie – ce qui se traduit : le Christ. Il le conduisit vers Jésus. Jésus le regarda et dit : Toi, tu es Simon, fils de Jean ; eh bien, tu seras appelé Céphas – ce qui se traduit : Pierre.

C’est à une rencontre entre Jésus et les disciples de Jean Baptiste que nous assistons ce matin.

La veille, confronté aux questions des prêtres et des lévites, Jean avait fait une profonde et riche confession de foi au sujet de Jésus, reconnaissant en lui le Messie, le serviteur de Dieu en qui Dieu lui-même demeurait par son Esprit. Mais cela n’avait pas touché, ni bouleversé plus que cela ses interlocuteurs. Ils avaient reçu cette confession de foi plutôt comme une information qui choque et dérange, qui les agacera tout au long du ministère de Jésus jusqu’à ce qu’ils aient enfin réussi à le faire taire en l’éliminant par le châtiment de la croix.

Le lendemain, Jean, en reprenant l’image libératrice de l’agneau pascal, symbole de la libération du peuple hébreu de l’esclavage égyptien, redit sa foi en ce Jésus, en qui il reconnait l’agneau de Dieu, c'est-à-dire celui qui est véritablement source de libération et de vie nouvelle pour ceux qui croient en lui et se mettent en chemin à sa suite.

Deux disciples sont à ses côtés ; témoins de ses paroles. Et lorsqu’ils entendent cette confession de foi de Jean, ils se mettent en mouvement et suivent Jésus. Ce Jésus les intrigue et les intéressent. Ils veulent le connaitre davantage ; le rencontrer personnellement, l’écouter ; passer du temps avec lui.

Deux attitudes bien différentes face au témoignage de foi de Jean : Il y a ceux qui questionnent mais qui ne veulent pas entendre ce qu’on leur dit et ceux qui ne questionnent pas mais qui découvrent que dans le témoignage de foi entendu, il y a quelque chose de vrai, de fort qui fait résonance dans leur vie, qui les rejoint dans leur questionnement intérieur, qui nourrit en eux le désir d’une autre qualité de vie que celle qu’ils connaissent déjà.

Il est pour moi troublant de voir toujours à nouveau combien un même témoignage peut susciter la foi et nourrir le doute voire le mépris, conduire à l’adhésion ou conforter l’indifférence voire le rejet.

L’expérience de Jean le baptiste est souvent la nôtre et nous conduit à la fois, à la plus grande humilité et à la persévérance. Déception et découragement accompagnent souvent notre tâche de témoin et lorsque nous pourrions être amenés, nous-mêmes à douter, c’est là que, de façon inattendue, une petite minorité se met en chemin, en quête du Christ. Ce sont des moments de grâce qui nous encouragent toujours à nouveau à poursuivre fidèlement notre tâche de témoin, de voix qui crie dans le désert et qui perçoit de temps en temps un écho, de terrassiers qui voient de temps en temps des jeunes et moins jeunes s’engager sur le chemin proposé.

Ce qui a aussi retenu mon attention à la lecture de ce texte, c’est que Jean n’est rien d’autre qu’un précurseur, qu’un médiateur, un passeur que les disciples quittent rapidement, sans même dire un mot de salutation ou de remerciement à celui qui avait été leur maître, pour suivre Jésus. Jean les a accompagnés dans leur quête du Messie, il les a guidés, les a mis sur le chemin, a orienté leur recherche. Mais ensuite, sa mission s’arrête. Il accepte de s’effacer, de laisser partir, de lâcher prise pour que ces disciples puissent aller vers leur avenir, pour qu’ils puissent vraiment progresser dans la foi, dans la rencontre avec le Christ.

Un enseignement pour chacune et chacun de nous dans notre rôle de parents, d’éducateurs, de témoins du message évangélique, de médiateur entre nos enfants, nos jeunes, nos proches, nos contemporains et le Christ.

1. Notre témoignage de vie et de foi ne trouve pas toujours auprès d’autrui l’écho que nous aimerions qu’il ait.

2. Nous devons accepter de n’être que des passeurs ; accepter de ne pas pouvoir tout maîtriser et surtout pas l’intimité, les pensées, le cœur de ceux que nous accompagnons sur le chemin de la vie. Nous devons accepter d’être pour eux, non pas le chemin, la vérité et la vie, mais simplement un tremplin qui leur permet d’aller plus loin vers la Vie et si possible, vers celui qui est le chemin, la vérité et la vie.
                                                                                        ***
Les disciples s’approchent donc de Jésus mais, à proprement parler, ils ne l’ont pas encore vraiment rencontré.

Jésus les entend s’approcher. C’est alors qu’il se retourne et les regarde, littéralement : il les contemple. Il leur porte une attention toute particulière, les rejoint dans leur quête et permet la relation en leur adressant la parole en premier. Une parole essentielle qui va au-delà des choses matérielles : « Que cherchez-vous ? »

"Que cherchez-vous ?" demande-t-il aux deux disciples. Question vitale pour l'homme d'aujourd'hui ! Invitation à faire la lumière sur son vrai désir, sur sa soif existentielle.

C’est la question qu’il nous pose aussi à nous, ce matin : « Que cherchez-vous ? Quelle est votre quête ? De quoi avez-vous besoin ? Quelle est votre soif ? Quel est votre désir ? »

Ces questions ouvrent un espace de libre dialogue où chacun est invité à exprimer librement le désir profond, le désir existentiel qui l’habite et qui l’a mis en mouvement vers lui.
« Que cherchez-vous ? »
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A la question du Maître, les disciples répondent par une autre question qui, à première vue, peut sembler maladroite : « Rabbi, où demeures-tu ? »

Mais elle dit quelque chose de bien plus profond : Dis-moi où tu habites et je saurai qui tu es. C’est bien le sens de la demande de ces deux apôtres : savoir qui est Jésus. Cela va bien au-delà de l’humaine curiosité de visiter un intérieur. Quel est ton chez-to

Avant de lui accorder sa confiance, il est important de discerner, de comprendre d'où vient réellement cet homme ! Où ta vie trouve-t-elle son fondement et son assise ? Es-tu celui qui peut répondre au désir profond de tout homme, à ses questions et besoins existentielles ?

« Où demeures-tu ?»
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Jésus ne tue pas la question par une réponse toute faite. Il ne répond pas en récitant le nom et le numéro d’une rue mais par deux verbes : « Venez et vous verrez… » Deux verbes pour passer à l’action, deux verbes qui obligent au mouvement et au changement. « Venez » et pour cela, il faut se bouger, se remuer, se lever, se mettre en marche, cesser d’être installés, se mettre en mouvement, en route pour aller voir.

« Venez et vous verrez ! »
Qu’y a-t-il à voir ?

Rien d’autre que la présence de Dieu à nos côtés ! Un Dieu qui se prend du temps pour nous. Un Dieu qui se met en quête de nos désirs les plus profonds !

Nous imaginons quelquefois trouver Dieu dans le silence feutré d’une église, dans la stricte obéissance à des commandements, ou dans nos prières… et puis voilà que Dieu, c’est cet autre qui passe à côté de nous et qui nous invite à nous (re)mettre en marche, à aller/retourner vers la vie ; cet autre qui nous invite à la confiance et à l’espérance, à l’écoute et au dialogue vrai ; cet autre qui nous fait sortir de nos sentiers battus, de nos crédos figés pour nous faire découvrir le souffle de liberté que donne l’Esprit ; cet autre qui nous invite à entrer dans une réelle communion d’amour et de vie avec Dieu !

Dieu est présence, il est cet autre qui nous rejoint sur nos chemins de questionnement et de doute, de certitudes et d’espérance, sur nos chemins de luttes et de vie ; cet autre qui pose son regard de tendresse sur nous et nous invite à le suivre avec confiance, pour aller plus loin.

Dieu est vie, et la vie ne s’arrête pas, ne reste pas en place : venez, mettez-vous en route, suivez, osez des chemins nouveaux, osez la confiance, osez l’espérance, osez l’amour ; osez la vie ! Alors vous verrez Dieu !
« Venez, et vous verrez ! »
                                                                                                        ***
Les disciples ont suivi Jésus et ont passé du temps en sa présence. Mais le mouvement ne s’arrête pas là. Après ce temps d’intimité et de partage avec le Christ, André repart et va vers son frère Simon Pierre, pour partager avec lui ce qu’il a découvert, et pour l’inviter à se mettre, à son tour, en route vers le Christ.

"Nous avons trouvé le Messie !" lui dit-il, c'est-à-dire celui qui nous libère de tout ce qui peut entraver notre marcher vers la Vie !
La joie immense d'avoir trouvé le Messie se propage comme un feu de paille ! Et de disciple en évangélisateur, cette Bonne Nouvelle est parvenue jusqu'à nous ! Grâce à tous ces hommes et ces femmes dont le regard a croisé un jour celui du Christ et qui en ont été totalement renouvelés. Tous ces "seconds rôles", venus après Jean-le-Baptiste, André ou tant d'autres, anonymes, qui ont tenu la place qui leur était demandée, qui ont témoigné du fait d’avoir été vu et accueillis par le Christ ; qui ont essayé de traduire en paroles et en actes ce qu’ils ont compris du message évangélique.

Et aujourd’hui, c’est à nous de leur emboîter le pas pour témoigner par nos paroles et nos actes, par l’attention bienveillante que nous portons à autrui, de l’amour de Dieu que le Christ nous a fait connaitre !

Cela nous fait peur ? Nous nous sentons trop petits, pas à la hauteur ?

Alors laissez-moi encore vous faire découvrir une singularité du texte :
Le texte passe sous silence le nom du deuxième disciple qui accompagnait André. Et cela est précieux. Il nous permet de nous reconnaître en lui et d’accueillir pour nous aujourd’hui ce regard de tendresse et d’encouragement que le Christ pose sur ceux qui choisissent de mettre leurs pas dans les siens, pour aller à la rencontre des hommes et les inviter à la confiance, à l’amour et à l’espérance ; autrement dit : à la Vie !

Amen

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