CAMEROUN :: Guerre Gicam-DGI : Et si le Gicam était instrumentalisé par le MRC… :: CAMEROON
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CAMEROUN :: ECONOMIE
  • Repères : Arthur L. MBYE
  • samedi 25 janvier 2020 11:16:00
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CAMEROUN :: Guerre Gicam-DGI : Et si le Gicam était instrumentalisé par le MRC… :: CAMEROON

Le président du Groupement interpatronal du Cameroun est l’un des financiers du Mouvement pour la renaissance du Cameroun de Maurice Kamto. Du coup, d’aucuns voient à travers le lynchage du directeur général des Impôts une manoeuvre visant à mettre l’Etat économiquement en difficulté.

Une lourde charge. Loin d’être uniquement professionnelle. De mémoire de témoin privilégié des relations administration fiscale- secteur privé, jamais un patron du Gicam ne s’est permis une telle salve contre le directeur général des Impôts (DGI). Tant les deux acteurs sont condamnés à cheminer ensemble et à entretenir des relations cordiales. Le 16 janvier 2020, le président du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) a rompu cette tradition en s’en prenant violemment au GI. Dans une correspondance adressée au président de la République, Célestin Tawamba parle d’une « rupture consommée des relations entre la direction générale des Impôts et les entreprises ».

Le Président du Gicam accuse Mopa Modeste Fatoing de « ramer à contre-courant » de la vision présidentielle recommandant une mobilisation de toutes les énergies en vue d’un redressement de l’économie nationale, menacée notamment par la crise dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest et les activistes de la secte terroriste Boko Haram dans l’Extrême- Nord. De manière précise, il indexe « sa relation avec les entreprises et les organisations qui les représentent, sa vision et sa pratique de l’administration fiscale, le refus de délivrer des documents administratifs qui a entrainé des retards considérables dans la réalisation des investissements, le climat délétère qu’il a instauré à la direction générale des Impôts qui a entrainé le départ de hauts cadres compétents vers d’autres cieux, son inaptitude à dialoguer et faire face à la contradiction, son incapacité à concevoir une politique fiscale sur les court et moyen termes de nature à impulser la croissance tout en assurant un niveau appréciable de recettes à l’Etat et, facteur aggravant, sa méconnaissance de la réalité de l’entreprise ».

Motivations inavouées

Célestin Tawamba, visiblement mu par des motivations inavouées, poursuit : « Ces dérives ont connu une tournure à la fin de l’année 2018 qui menace irrémédiablement le dialogue publicprivé lorsque le directeur général des Impôts a clairement affiché son hostilité à une proposition du Gicam dans laquelle il avait cru percevoir une tentative du secteur privé de se substituer à l’Etat ». Toujours à sa charge, l’instauration d’un « climat asphyxiant qui exclut toute forme de dialogue ». Pour tous ces crimes, le président du Gicam propose la sentence qui s’assimile à une demande de limogeage : « Nous voulons nous en remettre à votre sagesse habituelle pour un retour rapide à la confiance et des relations administration fiscalesecteur privé apaisées, productives et bénéfices pour l’équilibre économique et social de la nation ». Au-delà de ces charges, l’opérateur économique ayant des participations dans les entreprises SIPP ; Panzani et Scimpharm frise l’insulte à l’intelligence pourtant reconnue unanimement au DGI en soutenant qu’il affiche une « méconnaissance de la place et du rôle de l’entreprise ».

Autant dire que le propos de Célestin Tawamba est excessif et cache à peine son véritable dessein. Un acteur économique ayant pris ses distances avec le Gicam note que l’actuel président du Gicam, qui a fait un raid sur la plus importante organisation patronale du Cameroun avec l’aide de ses complices après le décès d’André Fotso, a la réputation d’un homme lige, dont le bras a toujours été armé pour accomplir des basses besognes. Celui qui a créé Entreprises du Cameroun (Ecam) avec Protais Ayangma pour assouvir sa soif d’être le patron des patrons n’évoque pas que de bons souvenirs au sein de l’administration fiscale au sujet de la gestion des crédits TVA. « Voila un patron d’entreprises, représentant le Gicam qui écrit au président de la République pour se plaindre du directeur général des Impôts et demander son limogeage. Le portail des camerounais de Belgique (@camer.be). Ca me fait vraiment marrer. Si lui, défend ses intérêts et ceux de ses amis, Mopa défend ceux de l’Etat », s’offusque un fin connaisseur du milieu des affaires.Dès lors, un membre influent du sérail se convainc que le président du Gicam est instrumentalisé par le MRC de Maurice Kamto qu’il soutient financièrement. Objectif visé : déstabiliser économiquement le Cameroun après avoir échoué à le faire sur le plan politique. Sinon, s’interroge-t-il, comment comprendre toutes ces contrevérités véhiculées dans sa correspondance au président de la République ? A son arrivée à la DGI en juin 2013, Modeste Mopa trouve une tradition de dialogue ancrée dans les moeurs de l’administration fiscale et du secteur privé.

En janvier, les principaux responsables de la division de la Législation de la DGI participent aux séminaires organisés par les cabinets-conseils fiscaux et par les syndicats d’entreprises sur la vulgarisation de la loi de finances au profit des entreprises. Entre juillet et septembre se tiennent des rencontres dédiées à l’examen des propositions formulées par des acteurs tels le Gicam, Ecam, Mecam, CCIMA, Apeccam, Onecca, etc. et par l’administration dans le cadre de l’avant-projet de loi de finances. Le passage télévisé du DGI à Douala au dîner-débat du Gicam sur les innovations fiscales de la loi de finances a toujours été vu de manière unanime comme un grand rendez-vous de la télévision qui magnifie le dialogue public-privé. Un membre du Mecam note plutôt que cette tradition a été rompue par Célestin Tawamba dès son arrivée à la tête du Gicam en juin 2017. « C’est lui qui, lors de sa première rencontre avec le ministre des Finances en août 2017 annonce que son mandat sera davantage axé sur la réforme fiscale et que le Gicam oeuvrera pour une réorientation de la politique fiscale du Cameroun. De la parole à l’acte, il met fin à la cadence des rencontres entre la DGI et le Gicam. Son arrivée marque aussi la fin des diners- débats très courus du Gicam sur les innovations fiscales de la loi de finances », poursuit notre source. Qui ajoute que la rupture du dialogue avec l’administration fiscale est une option du président du Gicam qui ne cache pas sa volonté d’avoir comme seul interlocuteur le président de la République, et dans une moindre mesure le ministre de Finances.

Le Gicam rompt le dialogue

La même source bat en brèche les allusions à l’incompétence du DGI : « La croissance annuelle des recettes de l’Etat depuis 2013, première année de ce brillant jeune à la tête de la DGI, est la preuve matérielle des résultats appréciables et appréciés de ce dirigeant que le chef de l’Etat a fait venir du FMI. Les objectifs qui lui sont fixés par sa hiérarchie sont largement atteints chaque année. Il a modernisé l’administration fiscale et introduit de nombreuses réformes. On comprend que son intégrité et sa rigueur gênent certains entrepreneurs véreux qui ne veulent pas se soumettre à la rigueur des lois et règlements en matière fiscale. Ils le considèrent comme un empêcheur de tourner en rond »..

25janv.
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