CAMEROUN :: LETTRE À MON ENSEIGNANT... :: CAMEROON
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CAMEROUN :: SOCIETE
  • Correspondance : Martin Camus MIMB, Élève nostalgique, NsangNkong
  • jeudi 16 janvier 2020 15:55:00
  • 2226

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Je ne sais pas où tu te trouve, toi qui la craie en main, m'a remis les armes du savoir. De la SIL à l'Université, tu te reconnaîtras...Jamais je ne t'avait vu mangeant en route...buvant au bar...je croyais que tu étais un Surhomme.

Je ne savais même pas que tu allais aux chiottes. J'avais une folle envie d'être toi. Quand tu me punissais, j'avais peur que les parents s'en aperçoivent, parceque la punition devait être doublée. Ca renforçait en moi, la conviction que tu n'étais pas banal.

Je me souviens même que lorsque mes parents t'invitaient à la maison, il y avait les préparatifs pour attendre ton arrivée. Jamais tu ne demandais de dire aux parents d'envoyer 100 francs ou 200 francs pour l'anniversaire du maître, jamais, il ne me remettait l'argent du maître pour les répétitions que tu n'acceptais même pas...Je voudrais que tu revienne à l'école.

Personne ne pouvais te poignarder, parcequ'un océan de considération nous séparait. Tes sanctions étaient prolongées par les parents...leurs plaintes trouvaient écho chez toi. Nous étions entre le marteau et l'enclume...pas de place pour la camaraderie. Je n'avais jamais vu la maîtresse partager le goûter d'un camarade pour ceux qui avaient ce privilège...je me rappelle même que tu achetais parfois un beignet à ceux qui n'en avaient pas. Je veux que tu revienne, même comme tu savais m'humilier lorsque tu attrapais ma lettre d'amour à une fille. J'écrivais 500 fois je t'aime sur une feuille, et tant pis si on m'attrapait à la maison. J'allais expliquer avec des cadeaux de fouets, où j'ai appris à faire les "bêtises ".

Je veux que tu revienne pour cette complicité avec les parents où jamais, je n'avais raison. Je voudrais parler de toi M. Banoki Eugène. Au cours préparatoire, tu avais interdit à tous ceux qui avaient la sous moyenne au dessin d'une mangue, de la sucer jusqu'à ce qu'on parvienne à le faire. Je me cachais pour sucer la mangue, parceque les parents étaient obligés de jouer les gendarmes de la punition du maître. Où devrais-je aller chercher la force pour imaginer te poignarder ? Parceque en plus, la distance créée entre nous, la confiance que les parents avaient en toi, me donnait l'impression que tu étais hyper puissant et tellement fort...Reviens à l'école s'il te plaît. J'entends dire que c'est parcequ'on a amputé les salaires que tu as perdu la morale. Ils mentent.

Après 93, je t'ai vu dans ta dignité, continuer avec application ton boulot. Il était impossible malgré tout, de te voir faire le Magellan de la ville, pour faire le tour des établissements scolaires pour les vacations. Tu étais au Lycee Bilingue d'Edea, tu y restais, et le Professeur du Lycée Classique allait rarement se rabaisser dans n'importe quel trou...

En classe, le premier était chef de classe. Le Président de la coopérative devait d'abord être brillant. On organisait nos soirées culturelles où on interprétait tout. On n'allait pas chercher les stars pour montrer que nous avions de l'argent. Tu insistait pour que le pantalon soit cousu sans fantaisie. Je te voyait le matin au portail, contrôlant tout...sanctionnant tout.

La nourriture vendue à l'école était sans extravagance. Personne n'était autorisé à sortir pour aller acheter le saucisson sec...Tu es où alors ? Reviens stp...tu me manques a l'école. J'entends les cris et je ne sais quoi dire...ils ont l'impression que tout a toujours été ainsi...je veux leur prouver que c'est faux...REVIENS STP!

16janv.
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