Sécurité présidentielle - L’exception camerounaise : Ces sujets tabous qui entourent le chef
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Sécurité présidentielle - L’exception camerounaise : Ces sujets tabous qui entourent le chef :: CAMEROON

C’est le seul exemple d’une troupe de cette importance (près de 5.000 hommes) dévolue à la seule protection d’un homme et de sa famille.

621 jeunes hommes sélectionnés parmi des milliers d’autres se sont élancés sur la route de Sangmélima pour une marche de 400 km lundi dernier. Ils sont des recrues du nouveau contingent de la garde présidentielle (Gp). Ils sont en formation depuis le mois de décembre 2014. Ils subissent un entraînement commando des plus exigeants. « Beaucoup ne sont pas sûrs de rentrer vivants », assure un militaire de ce corps d’élite. La Gp, au Cameroun est classée comme une force d’élite des forces de défense camerounaises comme ses homologues le Bataillon d’intervention rapide (Bir) ou le Bataillon des troupes aéroportées (Btap). Là, s’arrêtent les similitudes entre ces trois unités.

La Gp, fait unique dans les forces de défense a un uniforme à part. C’est sans doute l’héritage d’un partenariat des plus opaques entre le Cameroun et d’anciens militaires israéliens, qui ont créé une entreprise et qui officiellement sont des consultants au Cameroun. Ils ont imposé dès les années 1986 cette tenue vert olive très étroite sur le corps, étudiée pour l’environnement désertique d’Israël. Elle est assortie de bottes violettes et d’un béret de la même couleur. Cette mise vestimentaire qui dénote avec le reste de celle des autres forces de défense n’est pas la seule singularité de la Gp. Selon des observateurs, c’est en effet la seule garde d’une telle importance dévolue à une seule personne et à sa famille au monde.

D’aucuns voyaient une ressemblance entre notre Gp et celle de l’ex président du Burkina Faso mais, ils se trompent. Au Burkina-Faso, la garde est un régiment (régiment de la sécurité présidentielle), commandé par un général. Au Cameroun, la Gp, quoique comptant quelques 5.000 hommes, la taille de certaines brigades, n’est commandée que par un lieutenant colonel. De plus, comme son homologue du Burkina Faso, elle n’est pas dans la chaîne de commandement militaire, c'est-à-dire qu’elle n’est pas sous l’autorité directe du chef d’état major des armées. De plus, la Gp a ses propres centres d’instructions.

Un recrutement à part, un armement particulier. Ses encadreurs sont recrutés parmi les meilleurs officiers issus de  l’Emia. Il y a aussi d’anciens hommes de troupes vite montés en grades qui deviennent des officiers au gré des stages qui foisonnent dans cette unité. La Gp les reverse à l’armée de terre, à celle de l’air, à la marine ou à la gendarmerie une fois qu’ils sont trop « usés » ou à la moindre incartade . Les soldats de la Gp jadis enviés du reste de la troupe, parce qu’ils bénéficient de primes particulières entre autres avantages matériels, souffrent ces derniers temps des quolibets de leurs camarades des autres unités. C’est la seule unité d’élite à n’avoir jamais combattu. Pis, alors que toutes les autres sont engagées au front contre Boko haram la Gp n’a pas connu ce privilège et ses soldats d’élites s’entendent traiter de « vigiles ».

Autre chose que des militaires camerounais reprochent à la Gp : Son armement. « Ils ont des mitrailleuses lourdes qu’on voit montées sur des voitures quand sort le président. Ils ont commandé des canons et des blindés. Tout cela renvoi à une interrogation : toutes les armées sont constituées pour faire face à un ennemi présomptif. Quel est l’ennemi de la Gp, si ce n’est le reste de l’armée camerounaise », s’indigne un militaire. De plus, de nombreux chefs d’unités se plaignent que leurs armes ont été rendues inopérantes du fait de la phobie du coup d’état qu’entretenait la Gp. « il n’était pas rare qu’une arme soit à Yaoundé et que son percuteur ou ses munitions soient stockés à plus de 500 km avec des procédures inextricables pour y accéder en cas de besoin », confie un ancien militaire. Les choses seraient rentrées dans l’ordre depuis que Boko haram tente des incursions au Cameroun.

La Gp en réalité est un sujet qui fâche au sein des forces de défense. Elle est jalousée et honnie même par sa « fille ». La direction de la sécurité présidentielle, qui sensément devrait être composée d’éléments de la Gp est une autre mini-force où se recrute toute sorte de personnel militaire et paramilitaire. C’est elle qui assure le dernier carré de la sécurité du chef de l’Etat. Elle a à sa tête le général de division Ivo Desancio. Ce dernier est, l’homme sur qui repose en réalité la garde du chef de l’Etat et de sa famille. Entré au service de la protection présidentielle à la fin des années 1970, on l’imagine mal rendre des comptes au lieutenant colonel qui commande la Gp.

© Le Jour : Aziz Salatou

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