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© Camer.be : Toto Jacques
- 06 Aug 2026 11:47:31
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Cameroun - Ngobo Olive, le nom qui ressurgit dans l'affaire Badjeck
Le capitaine Effoudou accuse le colonel Badjeck de tentative de viol sur une collaboratrice en 2017. Uniforme déchiré, plainte contre le Mindef, exil : plongée dans un scandale qui secoue l'armée camerounaise.
« Monsieur le colonel Badjeck, n'oubliez pas qu'au cours de vos responsabilités, vous n'étiez qu'un prédateur sexuel. » La phrase, tombée comme un couperet sur le plateau de Fauteuil Rouge TV, rouvre une affaire que l'on croyait enterrée.
Accusation : tentative de viol sur une collaboratrice, en 2017, dans le bureau même du colonel au ministère de la Défense. La victime présumée ? Ngobo Olive, une fonctionnaire dont le nom refait surface. L'uniforme aurait été déchiré. Une plainte aurait été déposée contre le Mindef. Et l'affaire, selon Effoudou, aurait été étouffée.
LE CAPITAINE EFFOUDOU, L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP
Le capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi n'est pas un lanceur d'alerte ordinaire. À 29 ans, il avait été propulsé à la tête du bureau de renseignement de l'État-major particulier du président de la République un poste ultra-sensible, avec accès aux notes, écoutes et rapports classés « très secret ».
Radié des cadres de l'armée le 13 mars 2024, il est recherché par les autorités pour « désertion en temps de paix » depuis novembre 2024. Aujourd'hui en exil en Europe, il parle.
« J'ai quitté le Cameroun pour sauver ma vie », a-t-il déclaré à Morgan Palmer.
Ses accusations ne s'arrêtent pas à Badjeck. Il a également mis en cause le ministre d'État Ferdinand Ngoh Ngoh pour tentative de coup d'État et trafic d'influence. Mais c'est contre le colonel Badjeck que sa charge a été la plus personnelle, la plus intime.
L'ACCUSATION : « VOUS N'ÉTIEZ QU'UN PRÉDATEUR SEXUEL »
Sur le plateau de Morgan Palmer, dans l'émission « Fauteuil Rouge », le capitaine Effoudou a sorti un dossier sensible.
Il raconte : en 2017, alors qu'il était chef de la division communication au Mindef, le colonel Badjeck aurait agressé sexuellement une collaboratrice dans son bureau. La scène : un rendez-vous professionnel fixé à 13h, le colonel qui arrive à 18h40, puis la violence.
Selon des sources concordantes, Badjeck aurait saisi la jeune femme, l'aurait jetée sur son bureau et lui aurait lancé : « on ne t'a pas dit qu'aucune femme ne dit non à un officier ? ».
La victime, formée à l'autodéfense, aurait riposté. Un coup entre les jambes. L'uniforme de Badjeck se déchire. Les boutons sautent. Le colonel sort un couteau de son placard et se met à crier.
Le personnel accourt. Le colonel accuse Ngobo Olive d'avoir voulu l'agresser. Elle, profite pour sortir.
LA PLAINTE CONTRE LE MINDEF : UNE AFFAIRE ÉTOUFFÉE ?
L'affaire aurait dû connaître une suite judiciaire. Selon les révélations du capitaine Effoudou, une plainte a été déposée contre le ministère de la Défense.
Mais le colonel Badjeck aurait bénéficié de la protection du ministre de la Défense de l'époque, Joseph Beti Assomo. « C'est une affaire étouffée par "001" », écrivaient déjà des médias en 2022.
Beti Assomo, sans enquête, aurait suspendu la victime pendant six mois. Des officiers supérieurs se seraient indignés de cette décision. Mais l'affaire n'a pas eu de suite.
Le capitaine Effoudou, lui, affirme que les faits sont « documentés ».
UN PORTE-PAROLE CONTROVERSÉ
Le colonel Didier Badjeck n'est pas un inconnu. Porte-parole de l'armée camerounaise pendant des années, il est devenu le visage médiatique des forces de défense, notamment pendant la guerre contre Boko Haram.
Docteur en science politique, il a soutenu une thèse sur « L'architecture de paix et de sécurité en Afrique ». Il est aujourd'hui à la retraite et a été nommé vice-président des Jeux mondiaux de la paix.
Mais son parcours est aussi marqué par la controverse. En 2018, il avait été accusé par des ONG de complicité dans des exécutions sommaires. Il avait vigoureusement démenti.
Dans l'affaire qui l'oppose au capitaine Effoudou, Badjeck n'a pas encore répondu publiquement à l'accusation de tentative de viol. En revanche, il avait déjà eu des mots très durs contre Effoudou, l'accusant d'être une « marionnette des hommes politiques ».
LE CONTEXTE PLUS LARGE UNE GUERRE DES CLANS AU SOMMET DE L'ÉTAT
L'affaire Badjeck-Effoudou ne peut être comprise sans son contexte politique. Depuis juillet 2026, le capitaine Effoudou multiplie les interviews choc. Il accuse Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence et numéro deux du régime, de préparer un coup d'État.
Ces déclarations s'inscrivent dans une guerre des clans pour la succession de Paul Biya, 93 ans. Effoudou, qui a eu accès aux secrets les plus sensibles du régime, est devenu une arme politique contre ses anciens supérieurs.
L'accusation contre Badjeck, ancien porte-parole de l'armée et proche du pouvoir, s'inscrit dans cette stratégie plus large de déstabilisation.
LES QUESTIONS QUI RESTENT: VÉRITÉ OU MANIPULATION ?
Plusieurs zones d'ombre subsistent.
Premièrement, les accusations du capitaine Effoudou, bien que précises, n'ont pas été vérifiées de manière indépendante. Les personnes mises en cause n'ont pas encore réagi publiquement à ces nouvelles déclarations.
Deuxièmement, la victime présumée, Ngobo Olive, n'a pas pris la parole publiquement. Son silence alimente les interrogations.
« À ce jour, les faits rapportés par l'ex-officier n'ont fait l'objet d'aucune confirmation indépendante », soulignent plusieurs médias.
CE QUE L'AFFAIRE RÉVÈLE : LES DÉRIVES D'UN SYSTÈME
Au-delà des protagonistes, cette affaire met en lumière des dysfonctionnements structurels.
La tentative de viol présumée en 2017, si elle est avérée, a été étouffée. Une plainte contre le ministère de la Défense n'a pas abouti. La victime a été suspendue, l'agresseur présumé protégé.
Ces faits, s'ils sont confirmés, dessinent le portrait d'une institution où l'impunité des officiers supérieurs est la règle. Où une femme qui ose dire non à un colonel risque sa carrière et peut-être plus.
Le capitaine Effoudou, lui, a choisi de parler depuis l'exil. Mais sa parole, aussi fracassante soit-elle, reste celle d'un homme en fuite. Et la vérité, dans cette affaire, demeure insaisissable.
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