La révision constitutionnelle pour verrouiller la succession de Paul Biya
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Une révision constitution Cameroun circule sur les réseaux sociaux. Le projet prévoit la création d’un poste de vice-président Cameroun. Cette modification constitutionnelle survient seize ans après la réforme de 2008, qui avait supprimé la limitation des mandats présidentiels. L’objectif affiché par les promoteurs du texte est unique : permettre au mandat présidentiel en cours d’arriver à son terme, avec ou sans Paul Biya.

La mécanique d’une anticipation

Le contexte est celui d’une fin de règne incertaine. Paul Biya, 93 ans, a modifié la constitution en 2008 croyant pouvoir régner éternellement. Aujourd’hui, ses soutiens tentent une nouvelle révision. Le mandat présidentiel, entamé le 12 octobre 2025, doit théoriquement s’achever en 2032 et vu la sénilité avancée de Paul Biya, on peut raisonnablement penser qu'il ne sera plus là. Mais l’absence de vice-président dans l’architecture institutionnelle actuelle crée un vide juridique en cas de vacance du pouvoir.

La rumeur d’un projet de révision circule depuis plusieurs semaines. Aucun texte officiel n’a encore été déposé. Pourtant, les cercles du pouvoir préparent activement le terrain. L’enjeu est simple : garantir la continuité du système sans passer par une élection anticipée.

La prise de conscience tardive

Paul Biya a modifié la constitution en 2008 pour effacer toute limite à son maintien au pouvoir. Cette réforme avait suscité une crise politique majeure, avec des émeutes dans plusieurs villes. Seize ans plus tard, le constat est différent. L’équipe présidentielle prend conscience que le chef de l’État n’est pas immortel.

La succession de Paul Biya devient une question pratique, non plus théorique. Les héritiers putatifs, qui se préparaient à une transmission ordonnée, découvrent que le cadre légal actuel ne garantit pas leur maintien. La révision constitutionnelle apparaît comme la solution pour pallier cette fragilité institutionnelle.

Les mécanismes sous-jacents

Le vice-président du Cameroun se définit comme une fonction destinée à assurer l’intérim en cas d’empêchement du président. Dans le projet qui circule, cette création permettrait de contourner l’organisation d’une élection anticipée. L’actuel président de l’Assemblée nationale, poste prévu par la constitution pour assurer l’intérim, ne garantit pas aux proches du pouvoir la continuité qu’ils recherchent.

Les manœuvres constitutionnelles au Cameroun s’inscrivent dans une logique de verrouillage. La révision de 2008 visait à éliminer l’alternance. Celle de 2026, si elle aboutit, viserait à contrôler la transition. Le mécanisme est identique : utiliser l’outil constitutionnel pour neutraliser les incertitudes politiques.

Le Parlement camerounais, largement dominé par le parti au pouvoir et prorogé à deux réprises, offre une capacité d’adoption rapide. Une révision constitutionnelle nécessite une majorité des deux tiers. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) dispose de cette majorité.

Les conséquences à venir

Dans les six à douze prochains mois, l’annonce officielle du projet déclencherait une crise politique majeure. L’opposition, déjà marginalisée, pourrait tenter de mobiliser la rue. Les partenaires internationaux, notamment l’Union européenne et les États-Unis, observeraient avec attention la conformité du processus aux principes démocratiques.

La création d’un poste de vice-président modifierait profondément l’équilibre institutionnel. L’immobilisme politique Cameroun serait renforcé. Sans élection anticipée en cas de vacance, le système pourrait se perpétuer sans nouvelle légitimation populaire pendant des années.

Le précédent de 2008 montre que ces révisions ne résolvent pas les fragilités du régime. Elles les reportent. L’absence de débat démocratique et de consensus national nourrit l’instabilité latente.

La question qui demeure

Le Cameroun a déjà connu une révision constitutionnelle en 2008 pour permettre à Paul Biya de se maintenir. Aujourd’hui, ses soutiens veulent en voter une nouvelle pour gérer son absence. L’histoire institutionnelle du pays se résume-t-elle à une succession d’ajustements juridiques destinés à éviter l’alternance ? La réponse déterminera si le pays saura un jour construire une transition politique apaisée.

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