-
© Camer.be : Avec Jean Bruno Tagne
- 24 Mar 2026 00:35:53
- |
- 348
- |
CAMEROUN :: L’effondrement d’un État sans second, le prix d’un demi-siècle de pouvoir solitaire :: CAMEROON
Un demi-siècle sans second : comment un système a anéanti ses propres relais
Le diagnostic est sans appel. Après près de cinquante ans de règne, le président Paul Biya a systématiquement neutralisé tous les contre-pouvoirs. L’absence de vice-président, la criminalisation de toute ambition et la réduction de l’élite à une caste veule et corrompue ont produit un vide à la tête de l’État. Alors que le chef de l’État approche les 93 ans, le pays fait face à une paralysie généralisée.
Un diagnostic posé dans l’urgence
L’analyse émane d’une voix critique du régime camerounais. Elle décrit un système où le président a régné sans jamais désigner de successeur, ni même de second susceptible de prendre le relais. La vacance du pouvoir se manifeste aujourd’hui par l’absence d’initiative dans les hautes sphères de l’administration. Les ministres et hauts fonctionnaires, formés à la soumission, n’osent plus prendre de décision sans en référer à un chef devenu fantomatique, plus préoccupé par ses problèmes de santé que par les affaires courantes.
Une gouvernance autophage
La gouvernance autophage se définit comme un système qui, pour se maintenir, détruit ses propres relais. Depuis 1982, Paul Biya a mis en œuvre une stratégie de division et de neutralisation de toute figure pouvant incarner une alternative. Les contre-pouvoirs Parlement, justice, société civile ont été progressivement vidés de leur substance. L’élite politique issue de ce moule a perdu toute capacité d’initiative. Le résultat est une administration figée, composée de cadres incompétents, ignorants des grands enjeux et uniquement préoccupés par leur survie clientéliste.
Un effondrement programmé
Le mécanisme repose sur trois piliers : l’élimination des rivaux potentiels, la criminalisation de l’ambition présidentielle, et l’hyper-concentration des décisions. L’absence de poste de vice-président, pourtant prévu par certaines lectures de la Constitution, n’est pas une omission. C’est une arme de conservation. Aujourd’hui, face à l’impotence physique du chef de l’État, l’État est livré à lui-même. Le pouvoir est dans la rue : les décisions se prennent dans des cercles informels, sans coordination, sans vision. La fameuse “arlésienne” du poste de vice-président ne serait qu’une tentative de transmission de gré à gré, sans suffrage universel, avec des figures déjà passées aux affaires sans jamais avoir montré de qualités d’hommes d’État.
Le risque d’un naufrage collectif et l’absence d’alternance
À court terme, le vide à la tête se traduit par une paralysie des réformes et une aggravation des crises sécuritaires et économiques. Les régions anglophones, le nord et l’extrême-nord, déjà fragilisés, sont privés d’une réponse coordonnée. À long terme, la question de la transition politique devient centrale. Si le système produit une succession sans élection, le risque est celui d’une continuité de l’incompétence pour les cinquante prochaines années. L’absence de relève préparée et légitime pourrait plonger le Cameroun dans une instabilité durable, où les luttes internes à l’élite l’emporteraient sur les intérêts nationaux.
Après un demi-siècle, quelle sortie de crise ?
Jean-Bruno Tagne pose une question que beaucoup de Camerounais formulent en privé : comment un État peut-il se sauver quand ceux qui devaient prendre la barre ont été systématiquement empêchés de grandir ? L’histoire retiendra que le prix de la conservation du pouvoir a été l’effondrement progressif des institutions. Reste à savoir si le naufrage annoncé peut encore être évité.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE
Les + récents
Prorogation des députés : Jean Michel Nintcheu dénonce « une insulte à l’intelligence nationale »
L’effondrement d’un État sans second, le prix d’un demi-siècle de pouvoir solitaire
Prorogation des députés au Cameroun : un citoyen saisit le Conseil constitutionnel
Visite papale : routes en chantier, poubelles persistantes, l’hypocrisie des « tombeaux blanchis »
Carte d’identité au Cameroun : un citoyen obtient son document en moins de six heures
POINT DE VUE :: les + lus
Cameroun,33 ans de pouvoir: Les 33 péchés de Paul Biya
- 10 November 2015
- /
- 106585
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 231506
Vidéo de la semaine
évènement
