L’effondrement d’un État sans second, le prix d’un demi-siècle de pouvoir solitaire
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CAMEROUN :: L’effondrement d’un État sans second, le prix d’un demi-siècle de pouvoir solitaire :: CAMEROON

Un demi-siècle sans second : comment un système a anéanti ses propres relais

Le diagnostic est sans appel. Après près de cinquante ans de règne, le président Paul Biya a systématiquement neutralisé tous les contre-pouvoirs. L’absence de vice-président, la criminalisation de toute ambition et la réduction de l’élite à une caste veule et corrompue ont produit un vide à la tête de l’État. Alors que le chef de l’État approche les 93 ans, le pays fait face à une paralysie généralisée.

Un diagnostic posé dans l’urgence

L’analyse émane d’une voix critique du régime camerounais. Elle décrit un système où le président a régné sans jamais désigner de successeur, ni même de second susceptible de prendre le relais. La vacance du pouvoir se manifeste aujourd’hui par l’absence d’initiative dans les hautes sphères de l’administration. Les ministres et hauts fonctionnaires, formés à la soumission, n’osent plus prendre de décision sans en référer à un chef devenu fantomatique, plus préoccupé par ses problèmes de santé que par les affaires courantes.

Une gouvernance autophage

La gouvernance autophage se définit comme un système qui, pour se maintenir, détruit ses propres relais. Depuis 1982, Paul Biya a mis en œuvre une stratégie de division et de neutralisation de toute figure pouvant incarner une alternative. Les contre-pouvoirs Parlement, justice, société civile ont été progressivement vidés de leur substance. L’élite politique issue de ce moule a perdu toute capacité d’initiative. Le résultat est une administration figée, composée de cadres incompétents, ignorants des grands enjeux et uniquement préoccupés par leur survie clientéliste.

Un effondrement programmé

Le mécanisme repose sur trois piliers : l’élimination des rivaux potentiels, la criminalisation de l’ambition présidentielle, et l’hyper-concentration des décisions. L’absence de poste de vice-président, pourtant prévu par certaines lectures de la Constitution, n’est pas une omission. C’est une arme de conservation. Aujourd’hui, face à l’impotence physique du chef de l’État, l’État est livré à lui-même. Le pouvoir est dans la rue : les décisions se prennent dans des cercles informels, sans coordination, sans vision. La fameuse “arlésienne” du poste de vice-président ne serait qu’une tentative de transmission de gré à gré, sans suffrage universel, avec des figures déjà passées aux affaires sans jamais avoir montré de qualités d’hommes d’État.

Le risque d’un naufrage collectif et l’absence d’alternance

À court terme, le vide à la tête se traduit par une paralysie des réformes et une aggravation des crises sécuritaires et économiques. Les régions anglophones, le nord et l’extrême-nord, déjà fragilisés, sont privés d’une réponse coordonnée. À long terme, la question de la transition politique devient centrale. Si le système produit une succession sans élection, le risque est celui d’une continuité de l’incompétence pour les cinquante prochaines années. L’absence de relève préparée et légitime pourrait plonger le Cameroun dans une instabilité durable, où les luttes internes à l’élite l’emporteraient sur les intérêts nationaux.

Après un demi-siècle, quelle sortie de crise ?

Jean-Bruno Tagne pose une question que beaucoup de Camerounais formulent en privé : comment un État peut-il se sauver quand ceux qui devaient prendre la barre ont été systématiquement empêchés de grandir ? L’histoire retiendra que le prix de la conservation du pouvoir a été l’effondrement progressif des institutions. Reste à savoir si le naufrage annoncé peut encore être évité.

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