Cavayé Yéguié : la chute de l'empire de 32 ans et le sort du Dircab Boukar Abdourahim
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Le départ de Cavayé Yéguié Djibril de la présidence de l'Assemblée nationale n'est pas un simple changement de perchoir. C'est l'effondrement d'un monde bâti en trente-deux ans. Un empire politique qui avait tissé la toile la plus dense du Cameroun vacille aujourd'hui.

La fin d'une ère à l'Assemblée nationale

Cavayé Yéguié Djibril a présidé l'Assemblée nationale pendant trente-deux ans. Trois décennies à incarner l'institution, à distribuer les faveurs, à verrouiller les ambitions. Il était devenu la deuxième personnalité de l'État et l'intouchable de la politique camerounaise.

Son départ entraîne la chute d'un réseau patiemment construit. Députés qu'il avait intronisés, hommes d'affaires qu'il avait propulsés, administrateurs dont il avait signé les nominations. Toute une constellation de satellites gravitait autour de cet astre.

Parmi ces satellites, une figure attire l'attention : Boukar Abdourahim, dit "l'Iranien". L'indétrônable directeur de cabinet de Cavayé Yéguié répétait que "l'Assemblée nationale est pour les gens du Mayo-Sava, c'est notre tour de manger".

Un système de prédation

Le concept du "tour de manger" se définit comme une logique de captation des ressources publiques par un groupe régional ou ethnique accédant au pouvoir. Boukar Abdourahim l'appliquait sans complexe à l'Assemblée nationale.

Pendant des années, le Dircab a prospéré à l'ombre du maître. Il dépensait sans compter, arrosait sans limite. Personne ne savait vraiment d'où provenaient ces faramineuses sommes d'argent qui coulaient entre ses doigts comme le fleuve Mayo-Sava après les pluies.

Pendant ce temps, les jeunes de l'Extrême-Nord servaient de décor. On les convoquait pour meubler les meetings, tendre les bras au bon moment, applaudir aux bons endroits. Contre quelques billets et un T-shirt, ils participaient à la mise en scène sans jamais avoir la parole.

Les mécanismes de la chute

La chute de Cavayé Yéguié expose la fragilité des systèmes où le pouvoir se confond avec un homme. Ses proches collaborateurs, qui voyaient toutes les portes s'ouvrir, frappent désormais à des portes obstinément closes.

Le Tribunal Criminel Spécial, ou TCS, se définit comme une juridiction camerounaise chargée de juger les infractions de détournement de deniers publics. Son ombre plane sur cette recomposition.

Les hommes d'affaires du sérail cherchent de nouveaux protecteurs. Les cadres administratifs tentent de négocier des reconversions discrètes. Les courtisans de la dernière heure réécrivent déjà l'histoire de leur fidélité. C'est l'heure du grand tri.

Boukar Abdourahim doit désormais se demander où il ira. Lui qui a dépensé sans compter, étalé sa puissance, verrouillé l'accès au maître. Lui qui répétait que l'Assemblée était pour les gens du Mayo-Sava. Le Mayo-Sava va devoir apprendre à survivre sans son principal pourvoyeur.

Les conséquences de la recomposition

À court terme, les proches collaborateurs de Cavayé Yégüié découvrent la loi impitoyable des transitions brutales. Ceux qui hier voyaient les portes s'ouvrir sur un simple clignement d'yeux du maître frappent aujourd'hui dans le vide.

Le Tribunal Criminel Spécial pourrait s'inviter dans la danse. Malheur à ceux qui n'ont pas vu venir la tempête. Malheur à ceux qui ont cru que l'empire serait éternel et que les caisses personnelles se confondaient avec les caisses de l'État.

Le réseau Cavayé, patiemment entretenu pendant plus de trois décennies, se retrouve orphelin du soleil qui l'éclairait. Les planètes cherchent leur trajectoire dans l'obscurité naissante.

Un empire disparu, des questions ouvertes

L'empire Cavayé Yéguié n'est plus. Trente-deux ans de règne s'achèvent dans une recomposition brutale. Boukar Abdourahim et ses satellites errent dans l'espace, cherchant un nouveau centre de gravité.

Le Tribunal Criminel Spécial pourrait sceller définitivement certaines fins. Les petits poissons paieront d'abord. Les gros, ceux qui savent nager en eaux troubles, trouveront peut-être des rives accueillantes.

Reste à savoir si Boukar Abdourahim, l'Iranien, avait appris à nager ailleurs que dans les eaux calmes de l'Assemblée.

Une question demeure : ceux qui n'étaient que faire-valoir deviendront-ils enfin acteurs de leur propre destin, ou assisteront-ils simplement à l'émergence de nouveaux astres tout aussi lointains ?

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