Rentrée scolaire des handicapés: Le chemin de l’école est parsemé d’embûches
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Les textes visant à la protection des droits des personnes handicapées sont ignorés par certains chefs d’établissements scolaires. Alors que la loi de 2010 précise les aides dont peuvent bénéficier les élèves et étudiants handicapés et ceux nés de parents handicapés indigents.

Sorelle Tchana, une personne à mobilité réduite, vit au quartier Haoussa (Bamendzi) à Bafoussam. Ce jour de rentrée scolaire 2021-2022, sa fille Kessi Farelle Ngatcham Mbatchakui, lauréate au certificat d’étude primaire (Cep), ne peut se rendre au lycée classique de Bafoussam où elle aurait souhaité entrer en sixième .

Recalée au concours d’entrée, elle aurait pu être admise dans cet établissement par voie de recrutement. Mais sa mère, Sorelle Tchana se plaint d'avoir été refoulée par la secrétaire de Madame la proviseure du lycée. « Je n’ai pas pu rencontrer Madame la proviseure pour plaider que le cas de ma fille est social. Sa secrétaire m’a refoulée»,indique-t-elle. Ce qui fait qu’elle sera obligée d’inscrire sa fille dans un collège privé de la place. « Je suis une simple vendeuse de pain, d’œufs bouillis et de poissons hachés. Je ne gagne pas grand-chose. Je serai obligée d’aller inscrire cette enfant dans un collège privé loin de la ville, où la pension n’est pas élevée. Vu l’éloignement et l’enclavement de cet établissement, il sera difficile pour moi de suivre les performances scolaires de mon enfant ou de répondre à une convocation de l’administration de cet établissement », se lamente –t-elle. « Je dois me débrouiller avec çà pour cette année avant de tenter de l’inscrire l’an prochain au lycée classique de Bafoussam », espère-t-elle.

Son cas est loin d’être isolé. Jean Bertin Ndamfeu, secrétaire général de l’Association pour l’intégration des personnes handicapées de l’Ouest (Aipho) dénonce le fait qu’en cette rentrée, des chefs d’établissements publics ne font rien de positif pour l’intégration des enfants handicapés ou ceux issus de personnes handicapées en milieu scolaire. « Nous sommes victimes de rejet et de discrimination. On ne veut pas nous sentir. On ne veut pas nous laisser parler pour revendiquer le droit à l’éducation pour nos enfants. Certains enseignants ou élèves stigmatisent nos enfants à cause de notre situation d’handicapés », explique-t-il. Ce manquement interpelle la conscience de Me Serge Fohom, avocat au barreau du Cameroun. Il est de ceux qui trouvent que le caractère universel, indivisible, interdépendant et indissociable de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales et la nécessité d’en garantir la pleine jouissance aux personnes handicapées sans discrimination constituent un devoir pour l’Etat. « Au Cameroun de nombreux abus sont impunément observés, nonobstant l’existence d’une loi qui protège et promeut le droit des personnes handicapées. Les handicapés ou leurs enfants sont victimes de discrimination en milieu scolaire….sans que rien ne soit fait par les autorités pour stopper cette dérive. Nous sommes déterminés à défendre collectivement les droits des personnes handicapées qu’elles soient membres ou non de notre association. En fonction de la gravité de la violation perpétrée sur l’un de nos membres, la saisine de la justice pourrait envisagée par notre organisation », prévient-il.

Dans le même sillage, il faut signaler que l’article 24 de la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées qui protège le droit à l'éducation avec l'inclusion sans discrimination est assez éloquent sur la question. Tout comme l’article 9 de loi n°2010/002 du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées. Cette loi nationale dispose :«Les personnes handicapées indigentes bénéficient de l'aide à l'éducation et à la formation professionnelle. Il s'agit de : l'exemption totale ou partielle des frais scolaires et universitaires; l'octroi des bourses; l'octroi de subventions pour l'achat des équipements didactiques destinés à l'encadrement des personnes handicapées à besoins éducatifs spéciaux. (2) L'aide visée à l'alinéa 1 ci-dessus s'étend aux élèves et étudiants nés de parents handicapés indigents.»

Des centres d’assistance sociale

Dans l’optique de susciter la prise de conscience des responsables de la communauté éducative, à tous les niveaux, afin qu’ils soient conscients que le respect du droit des personnes handicapées est un droit de l’homme obligatoire et non facultatif, le délégué régional des affaires sociales dans la région de l’Ouest, Nji Fidelis, s’est engagé à multiplier des centres d’assistance sociale dans les établissements scolaires de la région de l’Ouest, avec l’aval de sa hiérarchie ministérielle. « Nous travaillons en collaboration avec nos homologues des enseignements secondaires et de l’éducation de base pour que les chefs d’établissements respectent la loi de 2010 qui accordent des facilités en matière d’éducation au bénéfice des enfants handicapés ou ceux issus de parents handicapés. Les handicapés détenteurs d’une carte d’invalidité doivent contacter le service social au plus tard le 15 juillet de chaque année. Une fois que les dossiers des personnes invalides se trouvent à notre niveau, nous les traitons et les transmettons dans les établissements scolaires sollicités», explique–t-il.

A l’Université de Dschang et dans certains établissements publics des villes de Bafoussam, Yaoundé et Douala, les exigences en matière de protection ou d’assistance aux personnes handicapées sont respectées par quelques chefs d’établissements, d’autant plus que le responsable du service social introduit les dossiers des personnes invalides dans les délais. Mais au niveau des zones rurales, souligne Jean Bertin Djomnang, chef du bureau des affaires pédagogiques, post et périscolaires, à l’inspection de l’enseignement primaire et maternelle de l’arrondissement de Bayangam, très peu de parents handicapés ou parents d’enfants handicapés savent que la loi de 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées accordent des facilités pour l’éducation des personnes invalides. « Je suis au courant de cette loi. Mais au niveau de notre Inspection, aucun cas difficile n’a été signalé. J’ai un frère qui, contre sa carte d’invalidité, jouit de facilités au lycée lorsqu’il faut inscrire ses enfants », explique-t-il.

Sensibiliser les personnes handicapées sur leurs droits liés à l’accès à l’éducation et à l’intégration dans les formations scolaires fait partie des missions de l’Association pour l’intégration des personnes handicapées de l’Ouest. Ce qui fait que son secrétaire général, Jean Bertin Ndamfeu, entend se déployer au-delà de la ville de Bafoussam pour vulgariser la loi de 2010 et tous les instruments juridiques internationaux qui concourent à la protection des personnes handicapées.

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