PREDICATION DU DIMANCHE 08 AOÛT 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 08 AOÛT 2021 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : 1 Rois 19,4-8 ; Ephésiens 4,30 - 5,2 ; Jean 6,41-51  

"Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi". Cette parole de Jésus dans l'évangile éclaire le sens de notre foi. Elle fait comprendre ce que "croire" veut dire aujourd'hui pour nous, ce que cela signifie d'être croyants. En effet, pour affirmer notre foi, nous ne disons pas seulement : "Je crois que Dieu existe". Nous disons : "Je crois en Dieu, le Père". Qu'est-ce que donc que croire en quelqu'un ? Le petit enfant qui se jette dans les bras de ses parents avec une confiance éperdue, ne dit pas et Je crois en toi, papa ou maman", mais il nous montre que croire en quelqu'un est un élan d'amour, un don de soi sans retenue, un abandon à la tendresse de l'autre.

Et les amoureux ne disent sans doute pas : "Je crois en toi, chéri", mais ils nous assurent que sans l'autre leur vie perdrait son sens, sa joie et sa lumière, que sans l'autre ils ne seraient plus rien. Croire en Dieu, c'est donc vivre cet élan d'amour confiant, sûr qu'il nous attire à lui avec tendresse, c'est lui dire "Que serais-je sans toi ?" Mais ce n'est évidemment pas facile de faire confiance à une personne que l'on ne voit pas. Dieu, personne ne l'a jamais vu. Personne parmi nous ne connaît ni son visage, ni sa mimique.

Tout au plus pouvons-nous percevoir sa présence à travers la grandeur de l'univers et la beauté de la nature. Mais personne ne l'a jamais rencontré au coin d'une rue. Jésus d'ailleurs nous l'affirme : "personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu". C'est sans doute un peu plus facile de croire en Jésus de Nazareth, parce qu'il est un homme comme nous.

Nous savons qu'il a existé, il y a plus deux mille ans... Mais "croire en lui", lui faire totalement confiance alors qu'Il n'est plus là. Ce n'est pas non plus très évident. Nous savons qu'il a vécu et qu'il est mort à Jérusalem un certain vendredi. Les savants historiens peuvent même aujourd'hui en préciser la date : le 14 du mois de nisan, ou le 7 avril 30 de notre ère. Ses disciples et après eux les premiers chrétiens ont affirmé qu'il s'est réveillé, qu'il s'est relevé de la mort, qu'il est ressuscité, qu'il est vivant d'une autre manière près de Dieu et les évangélistes nous ont parlé de lui, comme d'une personne vivante après sa mort, au moins par son esprit.

"Croire en lui", c'est donc penser qu'il est maintenant près de Dieu et lui faire confiance, c'est vivre un élan d'amour en sa personne. C'est être convaincu que cet homme admirable dont on nous parle, fut, comme il le dit lui-même, "le pain qui est descendu du ciel", "le pain de la vie" c'est-à-dire le pain qui fait vivre de la vie même de Dieu. Mais comment cet homme, fils de Joseph, dont le père et la mère sont connus des juifs, comment cet homme peut-il réclamer la foi en lui, en sa personne, comme on donnerait sa foi à Dieu si l'on croit en lui ?

Ses auditeurs, en effet, récriminèrent : "comment peut-il dire : je suis descendu du ciel ? N'est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. " Ces doutes vis à vis de sa personne et de ses dires ne sont pas nouveaux. Déjà les hébreux dans le désert avaient murmuré contre Dieu. Les juifs à Capharnaüm protestèrent contre Jésus qui leur semblait se donner un rôle important dans leurs relations avec l'Eternel. C'est une même attitude de réserve voire de refus devant l'aspect déroutant de l'intervention divine. Comment est-ce alors possible de croire en Jésus ? "Personne ne peut venir à moi, nous dit-il, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi". La foi et la confiance en Jésus de Nazareth ne vient pas toute seule. En ce sens elle est un don de Dieu lui-même.

Ce n'est qu'en se laissant instruire par Dieu au plus profond de soi, en se laissant guider par l'élan de confiance qui nous fait dire "Je crois en Dieu le Père" que nous pouvons ajouter : "Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur". Si bien que croire, c'est non seulement dire à Jésus « je crois en toi », mais aussi dire au Père : "Je crois, Père, que tu m'attires vers toi en m'attirant vers ton Fils, pain de vie". Reconnaître Jésus comme pain de vie, c'est affirmer qu'il nous est nécessaire comme le pain, nourriture de base, indispensable, parce qu’il assure notre croissance et notre maintient dans la vie, dans l'existence. C'est la personne même de Jésus de Nazareth qui est un don d'amour que Dieu fait à l'humanité. Et ce don divin, personne ne peut le recevoir sans l'assistance même de celui qui le donne.

"Personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle." Redisons ici que dans l'évangile de Jean, la vie éternelle n'est pas uniquement la vie après la mort ou la vie eschatologique c'est-à-dire celle qui continue au-delà de la fin des temps. La vie éternelle est la vie d'union à Jésus dès cette terre et sans limite, au-delà du temps... Les pères, au désert, ont mangé la manne. Ils n'ont pas échappé à la mort pour autant. Elie, découragé et demandant la mort, est invité par un messager divin à se lever, à se réveiller, à se relever et à manger un pain, venu du ciel et qui donnera force pour la route. Jésus lui, qui s'est relevé de la mort est-ce le vrai pain de vie, parce qu'il est lui-même "vivant" de la vie de Dieu. 'Je suis le pain vivant descendu du ciel, celui qui mange de ce pain vivra éternellement.

" Avant même de parler du pain eucharistique, la personne de Jésus est elle-même pain de vie, pain nécessaire et indispensable. Ses paroles, son   enseignement et son exemple, tout son comportement humain est vie qui vient de Dieu. Y adhérer dans la confiance est le sens même de notre foi chrétienne. Frères et Sœurs dans le Seigneur, Il y a quelques jours, une amie, un peu forte me confiait que le simple fait de regarder un menu à l'extérieur d'un restaurant lui faisait déjà prendre au moins 400 grammes.

Elle en avait assez de passer sa vie à faire des régimes et ce d'autant que son mari n'arrête pas de manger de tout et s'empiffre de bonbons sans pour autant prendre un gramme. Elle vit donc l'injustice flagrante au quotidien. Vous imaginez bien toute la compassion que je peux avoir pour un tel problème existentiel. Je la rassurai en lui disant que même si un rien lui profitait, elle, au moins n'apparaissait pas comme quelqu'un d'austère, de sévère comme son mari et que son petit côté rondouillard donnait plutôt confiance aux gens.

Son mari s'est insurgé contre mes propos. Je lui ai alors rappelé que quand on mange autant que lui et qu'on ne prend pas un gramme, on doit avoir la décence de se taire. Il éclata de rire et ne se gêna pas pour reprendre quelques biscuits salés. Comme quoi, le rapport à la nourriture et surtout, les effets de la nourriture sur notre métabolisme varient d'une personne à l'autre. Il en va ainsi dans la vie, alors l'évangile de ce jour nous invite à nous poser la question de savoir s'il n'en va pas de même dans la foi. Le Christ nous annonce avec une certaine force qu'il est le " pain de vie ".

Nous avons besoin de manger pour vivre et voilà que Jésus nous annonce que la nourriture qu'il nous propose ne nous rassasiera non seulement un jour mais toujours. En effet, dit-il, si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Quelle belle promesse de découvrir que nous vivrons à jamais dans le cœur de Dieu. Encore faut-il avoir faim de Dieu, c'est-à-dire désirer goûter et manger de ce pain de vie. En nous surgit ce désir de Dieu qui se concrétise par notre rencontre personnelle et intime avec le Fils de Dieu. Plusieurs chemins s'offrent à nous : la méditation des Ecritures, la Sainte Cène, la prière entendue comme un dialogue personnel entre Dieu et nous.

Ces rencontres varient d'intensité au cours de nos vies respectives et il peut aussi nous arriver d'avoir un peu moins faim de Dieu, parfois parce que nous nous sentons rassasiés de lui, parfois parce que nous traversons un temps de désert intérieur, parfois encore parce que nous sommes submergés par la vitesse de la vie ou par des événements qui nous dépassent complètement jusqu'à pouvoir nous annihiler. Le plus beau cadeau qu'un être humain puisse recevoir est la vie.  Le deuxième plus beau cadeau est lorsque cette vie peut se vivre au son de la musique de Dieu, c'est-à-dire lorsque nous faisons de Lui, l'unique voie à suivre, la seule nourriture substantielle qui vaut la peine.  

En d'autres termes, lorsque nous décidons de répondre à l'invitation de la foi, la vie n'est pas qu'une simple réalité biologique qui commence à la naissance et se termine à l'heure de notre mort.   Dans cette perspective précise, le pain ne serait qu'une pure nécessité nous permettant de passer d'un jour au suivant.  Il en va tout autrement du pain vivant descendu du Ciel.  Ce pain fait de nous des êtres vivants même si nous sommes confrontés à la réalité de la maladie ou à certaines faiblesses inhérentes à notre condition physique.   Comme le soulignait Irénée de Lyon, au deuxième siècle déjà : la plus grande gloire de Dieu, c'est l'homme vivant.  Oui, par Dieu dans le Fils et soutenu par l'Esprit, nous sommes des êtres vivants.  Et la vie qui nous est promise se nourrit principalement d'un carburant bien spécifique et tellement divin.  Il s'agit de l'amour.  

Le pain vivant n'est donc rien d'autre que cette capacité de pouvoir nous décentrer de nous-mêmes pour entrer dans une autre dimension de la vie qui ne se réalise que dans la rencontre de l'autre.   Le pain descendu du ciel est une manne de tendresse divine qui vient éclairer nos vies pour que nous puissions à notre tour être des luminaires d'amour partout où nous sommes et ce, quelles que soient nos situations personnelles.  Voilà la richesse du pain vivant.  Il ne tient pas compte de nos fragilités personnelles car il se laisse précisément rencontrer au cœur même de celles-ci.  L'amour est fragile, l'amour nous rend fragiles puisque nous devenons dépendants de celles et ceux en qui nous déposons notre propre cœur.  Et pourtant, c'est cet amour-là qui prend sa source en Dieu et qui vient à nous aujourd'hui encore.  

Le Père s'est révélé à nous par le biais d'un charpentier.  Il n'a pas eu besoin des honneurs d'une société pour s'incarner.  Depuis l'événement de la Pentecôte, le Père continue de se révéler à nous par le biais de qui nous sommes lorsque nous devenons à notre tour pain vivant, pain d'amour les uns pour les autres.  Et c'est sans doute la raison pour laquelle ce pain nous ouvre le chemin de la vie éternelle.  Jésus nous le confirme : « si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ».  Et l'autre bonne nouvelle de ce jour est que l'éternité n'est pas pour demain, elle est déjà commencée.  Si nous vivons du pain de l'amour, nous avons déjà entamé notre vie éternelle.  Notre vie s'inscrit dans une nouvelle dimension. 

Lorsque le frère Timothy Radcliffe prend l'avion et que l'hôtesse à l'aéroport en préparant son ticket lui demande si « Londres est sa destination finale », il se plaît toujours à répondre.  Non, ce n'est pas Londres, j'espère que ma destination finale sera le Paradis.  Pour que cette destination-là devienne également la nôtre, il nous suffit désormais de nous nourrir d'abord et avant tout du pain vivant, du pain de l'amour.  Il s'agit du pain de Dieu qui nous ouvre la voie de la vie éternelle.

Amen. 

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