Les vrais "sardinards" du pays peuvent même être des Bamileké
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Voilà donc les populations du Sud et leurs chefs traditionnels qui boycottent une rencontre avec le préfet qui symbolise l'autorité administrative et le président de la république dans son unité de commandement. Ce rejet lapidaire du politique par l'abstentionnisme trahit une déshérence institutionnelle, un désalignement partisan et surtout un cinglant démenti à ceux qui pensent souvent que tous les Beti sont à la solde du régime Biya.

Cet événement singulier après l'attitude du Chef de Minkan l'an dernier montre donc la profondeur de l'impopularité du régime en place, autant qu'il discute théoriquement le 100% électoral et les adhésions tronquées aux motions de soutiens régulièrement fabriquées par des élites en quête de positionnement. Quand on compare donc cette nième claque du régime en pays Béti, avec l'alignement peureux ou calculé des populations de l'Ouest au meeting de Bafoussam organisé par les chefs il y a deux ans, ou même l'échec du MRC à la dernière élection en contradiction avec les théories du village électoral de Maurice Kamto selon les accusations de ses adversaires, on peut donc se dire que les vrais "sardinards" du pays peuvent même être des Bamileké.

Ce d'autant plus que les plus grands financiers du parti RDPC sont encore majoritairement originaires de l'Ouest pour des raisons culturelles d'alignement traditionnel à Paul biya comme dans leurs chefferies centralisées, pour des motifs de conviction idéologique, de positionnement économique et politique ou finalement de crainte de redressement fiscal.

Ce revers du préfet pose donc une question saillante en lien avec le débat sur le code électoral et la participation politique au Cameroun. Comment peut-on affirmer que les fils et filles du Sud qui ont une telle nausée du "gomna" votent souvent massivement leur frère Paul Biya ? Ses scores soviétiques dans sa région natale sont-ils le résultat d'une intégrité électorale issue des urnes ? La destitution du Chef Biloa dans la région du Centre et son harcèlement constant par le Minat masquent-ils une crainte de bascule totale des Ékangs dans l'opposition ? La percée du PCRN dans la Mefou-Afamba aux dernières consultations régionales ne consolide-t-elle pas la thèse d'une déviation électorale et d'un repositionnement des Béti dans l'opposition avant la chute du régime ?

La thèse paresseuse qui refuse souvent d'évoquer la déconnexion sociale des élites du "pays organisateur" et qui affirme souvent que tous les Béti ont profité du régime peut-elle résister à ce symbole illustre de rejet lapidaire du pouvoir ?

Pour les cadres du Régime qui vantent souvent le bilan du renouveau et la haute attention du président et de son gouvernement aux problèmes sociaux, comment peut-on valider cette thèse de bienveillance et ce bilan alors que les chefs expriment bien au préfet dans cette vidéo virale que les populations se sentent méprisées et lésées ?

C'est donc dire que certains camerounais tribalistes et certaines analyses sans enquêtes sociologiques doivent réviser leurs perceptions sommaires sur le Cameroun profond. Là même on n’a encore rien vu, et il faut dire que certains fils du Sud restent encore polis et silencieux par peur de représailles et parce que certains de leurs leaders communautaires leur vendent bien la peur du Bamileké ou de l'anglophone à Étoudi. On peut d'ailleurs prévoir une désaffection totale du renouveau dans le grand Sud quand Paul Biya, le seul arbre qui cache la forêt ne sera plus là.

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