Double nationalité : 12 ans de promesse sans suite
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FRANCE :: Double nationalité : 12 ans de promesse sans suite

Nos compatriotes de l’hexagone s’interrogent sur la crédibil ité de la parole de Paul Biya. 

C’était l’un des deux engagements majeurs, avec l’octroi du droit de vote à la diaspora, pris par Paul Biya devant la communauté camerounaise, lors de sa visite officielle à Paris, en juillet 2009. Le droit de vote est devenu réalité, pas la double nationalité. Notre confrère de Jeuneafrique, dans son édition en ligne du 27 mai 2010, indique pourtant: « Un comité interministériel a été mis en place en vue de procéder à un toilettage du code de nationalité », s’appuyant sur les dires de Thomas Fozein Kwanke, chef de division des Camerounais de l’étranger au ministère des Relations extérieures. Il avait affirmé, le 15 mai 2010, à Paris, que « l’alinéa 1 de l’article 31 du code (« Ne sont plus considérés comme étant nationaux tous les Camerounais majeurs ayant acquis et conservant volontairement une nationalité étrangère ») avait été supprimé. Ne reste plus qu’à déposer le projet de loi à l’Assemblé nationale, à le voter, et à promulguer les décrets d’application. « 5 millions de Camerounais d’origine concernés » 

La question est revenue sur la table lors du « grand dialogue national » initié par Paul Biya, en 2019. La Commission en charge du rôle de la diaspora dans la crise et sa contribution au développement avait alors rendu ses premières propositions. « L’instauration de la double nationalité pour les camerounais de la diaspora ; la représentation des Camerounais de l’étranger au Parlement ; la création d’un ministère en charge des Camerounais de l’étranger et la structuration de la diaspora camerounaise », sont au coeur des préoccupations de cette entité.« Opter pour la double nationalité, en mettant fin au code de la nationalité du 11 juin 1968, qui prévoit que quand un citoyen camerounais obtient la citoyenneté d’un autre pays, il perd automatiquement sa nationalité originelle. Les binationaux peuvent ainsi participer à la réussite de l’Agenda 2035, et le pays bénéficié de nouveaux cerveaux indispensables dans une stratégie de développement et renouer avec l’esprit patriotique », confie Eric Golf Kouatchou, président de l’Union des Camerounais de l’Etranger(UCE), plateforme basée à Paris, regroupant plusieurs centaines d’associations camerounaises dans le monde. 

« Une aberration »

« Avoir un passeport étranger, un document de voyage, ne doit en aucun cas empêcher de garder sa nationalité d’origine. La relation patriotique, celle qui fait qu’un individu est membre d’une communauté nationale ne se discute pas. C’est une aberration que de vouloir couper cet enracinement naturel sous prétexte que l’on a acquis une nationalité étrangère »,  pense Rose Tenkeu, promotrice de l’entreprise Rootens, prestataire de services en région parisienne. Même son de cloche chez Hilaire Sopié, réalisateur et producteur audiovisuel à Paris. 

« On ne peut pas citer la diaspora en exemple ou la prendre pour modèle de réussite, comme la fait le président Paul Biya lors de son allocution à la jeunesse, le 10 février dernier, l’inciter à rentrer investir au pays, et ignorer systématiquement ses aspirations. La double nationalité apportera beaucoup plus au Cameroun qu’elle ne pourrait lui causer du tort. Il y a qu’à regarder ce qui se passe dans les pays où cette double nationalité existe. Les binationaux sont la locomotive en matière d’investissement pour le développement ». 

En 2018, en France, l’association « Touche pas à ma nationalité » a lancé une pétition visant à faire reconnaître la double nationalité à des nationaux Camerounais détenteurs d’une nationalité étrangère. La loi du 11 juin 1968, qui interdit la double nationalité, a été adoptée dans une conjoncture politique particulière au Cameroun.Dans les années 1960, le pays vit une guerre civile larvée sur son territoire.

Soutenus par certains pays étrangers et une partie de la diaspora, des militants et responsables politiques de l’Union des Populations du Cameroun (Upc) contestent la légitimité politique du régime d’Ahmadou Ahidjo, premier président de la République du Cameroun, n’hésitant pas à recourir aux armes contre le pouvoir en place dans la perspective de le renverser. 

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