Tawamba à Nganou Djoumessi : “Où est l’autoroute, monsieur le ministre ?”
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Le ministre des travaux publics est venu rencontrer les opérateurs du secteur privé dans la capitale économique le 27 novembre 2020. Il en a pris pour son grade.

Ils ne sont pas passés par quatre chemins, pour exprimer leur ras le bol. Les chefs d’entreprises du secteur privé, regroupés au sein du Groupement Inter- patronal du Cameroun (GICAM), ont parlé au ministre des travaux publics et des transports, dans un langage compréhensible par tous. C’est Célestin Tawamba, le président de cette chambre de patrons qui a donné le ton :

« vous avez demandé à nous rencontrer pour la première fois, Monsieur Le Ministre, nous allons vous dire ce que nous pensons. Le triangle Douala – Yaoundé – Bafoussam est célèbre pour son caractère accidentogène. Vous avez peut-être la chance en votre qualité de Ministre, de le parcourir en escorte, mais sachez, Monsieur le ministre, que le Camerounais lambda qui s’apprête à prendre cette route, se lance dans un exercice difficile dont personne ne connaît la fin. On risque la mort, lorsqu’on prend la route appelée axe-lourd Douala – Yaoundé ».

Une autoroute deux à trois fois plus chère

Le président du Gicam, dans son propos liminaire, n’avait réservé que quelques lignes pour souhaiter la bienvenue à leur hôte de marque, trop préoccupé par les nombreux problèmes que ses membres ont à faire le déplacement d’un point à l’autre du Cameroun à cause du piètre état de nos routes. Et surtout celui de la préférence nationale dans le choix des entreprises qui doivent réaliser nos travaux. Il est revenu à la charge pour parler de la fameuse autoroute entre Douala et Yaoundé qui est annoncée depuis des années, et dont les 60 premiers kilomètres n’ont pas encore été livrés : « Où est l’autoroute, monsieur le ministre ? Et comment expliquer qu’une route est faite deux à trois fois plus cher chez nous qu’ailleurs ? ». Visiblement inspiré, Tawamba a poursuivi sur sa lancée : « La construction d’un troisième pont sur le Wouri devrait considérablement désengorger la circulation, faciliter la vie des usagers et permettre à la ville de Douala de jouer véritablement son rôle de locomotive économique de la sous-région.

Une approche BTP mérite d’être envisagée par cet Etat, dans l’urgence » Plus loin, Célestin Tawamba a appuyé, parlant de la longue délégation qui accompagnait le Ministre : « Quand je vois mes amis dans votre délégation, qui ont été de brillants élèves et étudiants, aujourd’hui de brillants ingénieurs que ce système a broyé, je suis déçu ».

Daniel Talla, vice-président de la section industrielle de la chambre de commerce a lui aussi été cru avec le Ministre Djoumessi. Dans sa plaidoirie soigneusement notée dans un document qu’il a lu pendant 12 minutes, le directeur de Tôles et Aciers du Cameroun (TAC), a posé des questions du peuple : « tous ces pays étrangers dont les ingénieurs sont commis pour faire nos routes, sont-ils autant qualifiés que les nôtres ? Si oui, comment expliquer la qualité des routes qu’ils nous livrent ? Nos ingénieurs peuvent- ils aller chez eux pour faire le même travail » ?

Le ministre accuse la crise économique

Le ministre Nganou Djoumessi, qui était le modérateur des échanges, a tenté, par lui ou un de ses collaborateurs et membres de la grande délégation, d’apporter des réponses aux préoccupations des chefs d’entreprises énervés. Dans un premier temps, le Ministre des Travaux publics a surfé sur une parade dans laquelle il a donné le coût de la construction du kilomètre des routes classées dans ses documents et portant les initiales :

A pour Autoroute, N pour route Nationale, R pour Route Régionale et C pour routes Communales. Dans son propos, Nganou Djoumessi a tenté de donner des chiffres qui montrent par exemple que la région de l’Adamaoua a plus de routes aménagées que celle du Littoral. Et que le Cameroun souffre de son piteux réseau routier à cause de la crise économique des années 80-90. Il présente pourtant une volonté du Gouvernement, à multiplier par trois, le nombre de kilomètres de routes bitumées entre 2020 et 2030.

Il a par ailleurs tenté d’expliquer que le kilomètre de l’autoroute entre Douala et Yaoundé est beaucoup plus cher qu’ailleurs, à cause des indemnisations de part et d’autres des populations, des puits d’eau creusés et des écoles à construire pour contenter lesdites populations. Une partie qui a encore sorti Célestin Tawamba de son confort d’écoute : « Monsieur Le Ministre, laissez les indemnisations, laissez les puits d’eau et les écoles, les élites de ces coins vont s’en occuper. Donneznous notre autoroute ! »

6000 kilomètres de routes en 2030

Le ministre des travaux publics va calmer le jeu en présentant la feuille de route qui a motivé cette rencontre avec les chefs d’entreprises du secteur privé : « Nous voulons partir, en 10 ans, du simple au triple. En 2030, nous voulons atteindre les 6000 kilomètres de routes en privilégiant les routes en terres. Le gouvernement sollicite le secteur privé, dans l’investissement du matériau qui va nous permettre par exemple d’avoir des routes en plastiques plus durables. Le Cameroun produit 600.000 tonnes de déchets plastiques par an. On veut remplacer les enrobés en routes en plastique. Les entreprises camerounaises devraient se lancer dans ce secteur de la transformation du plastique pour la production de l’asphalte. Nous souhaitons que le secteur privé s’investisse dans ces matériaux ».

On aura aussi appris, par le Ministre que les 60 premiers kilomètres d’autoroute entre Douala et Yaoundé seront livrés en février 2021, et par son collaborateur, le délégué régionale des Travaux Publics du Littoral, que la « fameuse » pénétrante Est de la capitale économique sera prête d’ici la fin du mois de décembre 2020. Les chefs d’entreprises ont promis de suivre les demandes du Ministre, afin de participer de façon nationale à la construction de nos routes pour l’amélioration des déplacements des usagers, et surtout pour faciliter l’écoulement à l’intérieur du pays, de leurs nombreux produits.

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