CAMEROUN :: A la recherche d’une « nouvelle virginité » :: CAMEROON
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CAMEROUN :: SANTE
  • Le Jour : Cécile Ambatinda
  • samedi 24 août 2019 01:00:00
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CAMEROUN :: A la recherche d’une « nouvelle virginité » :: CAMEROON

Des femmes et jeunes filles pour diverses raisons utilisent des produits pour resserrer leur vagin.

Connaissez-vous des produits pour retrouver sa virginité ? Avez-vous entendu parler du resserrement du vagin ? Ces questions et d’autres posées au cours de notre enquête ont paru insolites. Plusieurs personnes rencontrées sont restées ébahies à l’évocation du resserrement du vagin. « Je n’ai jamais entendu parler de ça. D’où viennent de telles idées ? Pour quel intérêt ? » nous a questionné en retour Estelle. Pourtant le phénomène est très répandu dans notre société. Femmes et jeunes filles en particulier ont recours à plusieurs méthodes pour voir leur organe génital « retrouver ou presque sa forme initiale ».

Entre pierres blanche ou noire, beurre de karité, argile verte, eau glacée, décoction, tabac, celles-ci ne reculent devant rien pour atteindre leurs objectifs. Les raisons sont toutes aussi nombreuses. Avoir du plaisir sexuel, redécouvrir la sensation d’être vierge ou encore des considérations traditionnelles en sont quelques unes. Difficile de distinguer ces produits destinés au rétrécissement du vagin sur les étalages des commerçants aux marchés de Mokolo et de la Briqueterie au milieu des parfums, huiles, poudres diverses, écorces, racines d’arbres. Les commandes se passent dans le secret. Il s’agit d’une affaire réservée aux « habituées ». Lundi 18 juin 2018, une dame de nationalité béninoise nous est indiquée.

Surprise de notre commande, la commerçante prendra du temps de nous scruter avant de lancer « qui vous a envoyé ?» Celle qui n‘a pas daigné décliner son identité va nous présenter différents produits très efficaces selon elle. « J’imagine que celle qui vous a envoyé est satisfaite de mes produits. Je vous fais un mélange de 3 à 4 produits. Vous faites bouillir et vous buvez, vous reviendrez me chercher. Le mélange coûte 2500 Fcfa et le prix n’est pas négociable ». Nos multiples tentatives de réduction du prix resteront vaines. La dame se targuant de vendre « des produits de qualité ».

Autre lieu, même exercice. Nous rencontrons une jeune nigériane de 26 ans qui nous fait comprendre que nous ne pouvions pas mieux tomber. « Je suis née dedans, c’est l’activité de ma mère. Nous nous ravitaillons au Mali, au Nigéria et au Nord du Cameroun », renseigne t-elle. « Il y a un produit que j’appelle collé-sucré, on l’utilise juste avant les rapports sexuels, il permet de refermer le vagin. Le portail des camerounais de Belgique. En plus de ce produit, je dispose d’une composition. Le prix c’est 2000Fcfa, quand tu l’auras utilisé, je t’assure que tu reviendras acheter pour 5000F. C’est une composition de plusieurs produits que je vais vous donner. Elle vous nettoie d’abord avant de refermer votre vagin pour des sensations fortes », poursuit-elle. Il s’agit d’un mélange de plusieurs produits à savoir: Le « ngoyè » noir et rouge venant du Nigéria ; le « nepnep » en provenance du Nord Cameroun ; le condiment noir ; le « ngongoli » venant du Mali et les cristauxde menthe. Ces produits sont bouillis dans un litre d’eau minérale. La cliente doit boire le liquide pendant trois jours et faire sa toilette intime deux fois par jour.

Elles le font

Hapssatou est une jeune fille qui est à la pointe de la modernité. Seulement sa religion lui impose une abstinence sexuelle jusqu’au mariage. Pour cette ressortissante de la région du Nord, l’honneur de la famille dépend de la virginité de la fille. Une preuve est d’ailleurs présentée aux convives après le premier acte sexuel du couple : un drap blanc taché de sang, synonyme de la déchirure de l’hymen. Ayant dérogé à la règle, la jeune fille âgée de 21 ans use d’astuces pour préserver les apparences. Elle raconte : « j’utilise la pierre noire pour resserrer mon vagin. Je la pose sur mon vagin et elle le sèche et aussi une gousse d’ail pour nettoyer. Après cela, je parais vierge. C’est une méthode à longue durée. Je le fais depuis que je suis sexuellement active c’est-à-dire depuis 5 ans. Je le fais deux fois par an. Mes partenaires sexuels ne le ressentent pas. Ils ont juste l’impression soit que je suis vierge ou que je ne le fais pas régulièrement. Ma motivation est de donner l’impression d’être encore vierge. Ma religion l’exige. »

Comme elle, une adolescente de 17 ans révèle sous cape : « j’utilise de l’eau glacée pour ma toilette intime ou une poche de glaçons. L’effet dure quelques heures. Ce qui me motive c’est que j’aime mon conjoint mais il n’arrive pas à subvenir à mes besoins. Donc, je me sens obligée d’avoir plusieurs partenaires qui me donnent de l’argent. Si mon petit ami veut avoir des rapports sexuels avec moi directement après que j’en ai eu avec un autre, j’utilise alors de l’eau glacée ou des glaçons. J’applique cette technique depuis un an et mes partenaires sexuels ne se doutent de rien. »

Plusieurs méthodes

Des sites internet proposent d’autres méthodes aux internautes. Le site web Kayatoo suggère par exemple la pierre blanche pour resserrer instantanément le vagin pour une sensation de virginité à celle qui l’utilise. Il s’agit d’une pierre blanchâtre, plus ou mois transparente appelée la pierre d’alun.La présentatrice demande aux visiteuses de la diluer dans de l’eau.Composée de sulfate, d’aluminium et de potassium, c’est un minerai qui possèderait des vertus astringentes et hémostatiques. Diluée dans de l’eau,elle resserre momentanément les parois du vagin rendant la pénétration plus difficile et donnant une impression de virginité. Cependant, l’effet de la pierre ne dure qu’une trentaine de minutes et parfois moins en fonction de la personne.

Un autre site, Aaliyah, suggère différents produits. Il est demandé aux intéressées de faire une toilette intime à base de citron, une cuillerée de citron bien mûr dans un verre d’eau froide et rincer vous le vagin. Des ovules d’argile verte imbibées sur du coton utilisées de préférence dans la nuit, quatre fois par semaine ; le beurre de karité pendant trois jours par mois. Le tabac est aussi évoqué par quelques personnes rencontrées. La région de l’Est est désignée comme le « fief » de cette méthode culturelle. Les « vendeuses de sexe » sont également concernées par le rapetissement du vagin. Dans les pays développés, certaines femmes recourent à l’hymenoplastie (chirurgie réparatrice de l’hymen) ; à des chirurgies vaginales plastiques.

De lourdes conséquences

Les sites en ligne ne cachent aux internautes les dangers auxquels ils s’exposent par ces pratiques. Kayatoo par exemple précise que l’utilisation de la pierre blanche n’est pas une méthode sans danger. En l’utilisant, elle risque de détruire la flore vaginale donc devenir vulnérable aux Mst et Ist. La pierre blanche est constituée d’aluminium, il a été prouvé que l’aluminium pourrait être toxique si absorbé en grande quantité par la peau.De plus, son utilisation pourrait causer des irritations, des lésions immédiates dans le vagin et provoquer une sècheresse plus tard.L’aluminium a tendance à absorber toute humidification.

Une utilisation abusive au lieu de resserrer le vagin peut avoir une action contraire.« Rien ne doit être introduit dans le vagin qui n’a été prescrit par le gynécologue car, c’est une zone fragile », rappelle la présentatrice. Le Docteur Nong, gynécologue à l’hôpital de la cathédrale précise : « il est impossible de retrouver sa virginité. Lorsqu’on l’a perdu, c’est une fois pour toutes parce que l’hymen est rompu lors de la première pénétration. Médicalement, ces pratiques entrainent beaucoup de complications, notamment des infections ». Le professeur Foumane, gynécologue à l’hôpital gynécoobstétrique de Yaoundé relève les risques auxquelles s’exposent ces femmes. « Ces corps étrangers peuvent entraîner des infections localisées au niveau du vagin, des brûlures. Les cicatrices résultant des brûlures réduisent le diamètre du vagin et peuvent même fermer totalement le vagin. Ces obstacles cicatriciels sont très souvent à l’origine des césariennes. Dans certains cas, j’ai dû enlever l’utérus pour permettre aux règles de circuler », confie- t-il.

24août
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