CAMEROUN :: Conseil juridique et Despotisme Legal à Yaoundé :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance : CL2p
  • vendredi 21 juin 2019 17:01:00
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Maître Basile Ader a été empêché par le régime de Yaoundé de rendre visite à ses clients le Pr. Maurice Kamto et Maître Michelle Ndoki incarcérés arbitrairement à la prison centrale de Yaoundé.

L’empêchement de toute visite opposé à des avocats de renommée internationale n’est pas une nouveauté pour le régime de Yaoundé. En fait, c’est son modus operandi et l’histoire politique du Cameroun est ainsi marquée par le blocage de grands ténors du barreau parisien dont l’ancien président François Mitterrand, empêché de défendre le chef des Upecistes, Ernest Ouandie, et plus récemment, Maîtres Paul Lombard et Olivier Baratelli pour leur client Pierre Désiré Engo.

Pris ensemble, nous avons là des exemples patents, opportunistes, et cyniques d’un despotisme juridique qui augurent souvent des peines punitives infligées en toute opacité et de manière expéditive, exposant la vie de ces accusés à la merci du régime en place, dont de Paul Biya.

Plus fondamentalement, en bloquant ces avocats, le régime de Yaoundé redéfinit explicitement comme bon lui semble les paramètres juridiques des droits de l’Homme, de manière à ce qu’ils ne s’appliquent pas aux prisonniers politiques reconnus par des organisations telles que la CL2P. Il est important à ce sujet de reconnaître que le gouvernement camerounais ne reconnaît pas ces accusés comme des prisonniers politiques et tient à les cantonner au statut de détenus dits de « droit commun ». Pourtant, pour un gouvernement qui prétend défendre et renforcer la base juridique de la séparation des pouvoirs, il ne devrait pas avoir la possibilité de faire des incantations politiques interprétant et réinterprétant la loi au gré des humeurs du Chef de l’Exécutif.

Car définir et interpréter les lois est du ressort des tribunaux, du parlement camerounais et peut-être du ministre de la justice sur des cas bien déterminés. Il est en ce sens tout à fait illégal d’usurper le rôle des entités formellement engagées dans la définition et les interprétations de la loi. Ainsi, le fait que le gouvernement déclare les limites des droits humains et des paramètres juridiques constitue de mauvais précédents et se révèle très inquiétant. Cela montre simplement qu’avec le despotisme légal, l’État n’existe pas, il se limite à une illusion collective manipulée par des réseaux d’intérêts particuliers et clientélistes.

Néanmoins le CL2P doit à l’expérience préciser que le blocage récurrent des avocats étrangers n’a pas uniquement trait aux personnalités comme le Pr. Kamto, Maître Ndoki, Pierre Désiré Engo ou Ernest Ouandie, mais interpelle en profondeur sur la question de savoir si les prisonniers politiques peuvent ou non bénéficier d’un procès équitable à Yaoundé, sous un régime mondialement connu pour faire de la propagande au-delà des frontières en achetant pour cela régulièrement des publi-reportages dans la presse étrangère ; afin de se présenter comme une « démocratie apaisée ». En réalité, nous savons que nous sommes en présence ici un gouvernement qui ment souvent à propos du respect des procédures judiciaires, et ne veut guère offrir des procès équitables à ses victimes.

De plus, pour mettre fin à la confusion entretenue à Yaoundé, Maître Ader, Lombard et Baratelli ne sont pas ceux qui enfreignent la loi. C’est le gouvernement camerounais qui enfreint la loi. Ces avocats ne sont pas la force motrice derrière ce qui se passe, c’est le gouvernement camerounais.

Aussi force est de reconnaître que la dictature camerounaise et toutes celles qui obéissent à son modèle ne sont absolument pas intéressés à l’idée d’améliorer les libertés civiles ou de renforcer la liberté individuelle. Ils parlent du respect des libertés civiles du bout des lèvres, d’abord pour occulter puis se protéger de leurs propres abus de la justice. Au fond ils ne croient pas aux libertés civiles. Il s’agit dans l’ensemble d’un ramassis de narcissiques qui n’ont jamais rien créé ni proposé de constructif en matière de libertés et de droits.

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques – CL2P

http://www.cl2p.org 

21juin
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