AFRIQUE :: Extrémismes doctrinaux,blocage des mutations sociopolitiques:Expériences historiques,enseignements :: AFRICA
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AFRIQUE :: POINT DE VUE
  • Correspondance : Pr. SHANDA TONME
  • vendredi 17 mai 2019 09:39:00
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AFRIQUE :: Extrémismes doctrinaux,blocage des mutations sociopolitiques:Expériences historiques,enseignements :: AFRICA

Tous les souverains sont confrontés à un moment ou à un autre de leur règne, et ce nonobstant la nature de leur régime et de leur système de gouvernance, au dilemme que représente le sentiment de l’existence d’une incompréhension voire d’une relative fracture avec leurs sujets. Les attitudes qu’ils adoptent et les réponses qu’ils proposent, ont un impact très important dans l’ordonnancement du destin de leur peuple. Toutefois, c’est moins ces attitudes et réponses, et beaucoup plus la manière dont s’effectuent la réception dans l’opinion, qui constitue l’indicateur à la fois de la maturité de la société, et des chances d’une reconstruction des liens d’un consensus sans lequel, il faut convenir à une sorte de perdition et partant, de cul de sac dommageable pour tout le monde.

C’est de l’observation des affaires internes des Etats et des difficultés que connaissent leurs dirigeants, que se nourrit notre analyse. Bien que les cas d’école soient légion, deux cas précis tiennent la vedette dans notre choix. Il s’agit d’Emmanuel en France et de Paul Biya au Cameroun. Mais l’alibi dans une démarche scientifique n’est jamais qu’un moyen, une excuse, une planche de salut pour embrasser d’autres échantillons plus larges, et mettre en exergue des motivations qui tout en semblant variées, puisent dans la même source comportementale et génèrent les mêmes conséquences. La vraie question en débat est l’extrémisme, ce qu’elle sert comme armement didactique dans la projection et la stabilisation des rapports des forces, et son apport dans l’expression, la validation et la promotion de solutions effectives aux attentes sociétales.

A - Premier référentiel, la France d’Emmanuel Macron

C’est un président français qui n’a presque pas changé de ton ni de langage et ni de programme, qui s’adresse à ses compatriotes en ce mois d’Avril 2019, après plusieurs semaines de révoltes et de marches dans tout le pays, sous la bannière d’un mouvement citoyen né spontanément et baptisé « Gilets Jaunes ». C’est pourtant un homme qui a quelque peu laissé de côté, l’arrogance de golden boys avec lequel il a mené tambour battant son gouvernement jusque-là. Bien décidé à réformer la France de fond en comble. Auréolé du statut du plus jeune président de toute l’histoire du pays et affublé des épithètes d’économiste libéral rigoureux, l’enfant prodigue a engagé une application sans faille ni répit ambitieux, méticuleux et risqué programme. Aux nombreuses critiques qui s’élèvent des quatre coins de l’hexagone, ce seigneur des cultures androïdes oppose la même réponse avec un refrain déroutant : « J’ai reçu la confiance des français pour réformer la France et je ne dérogerai point ».

Mais seulement voilà, la France ce n’est pas n’importe quel pays, et les Français ne sont ni les Anglais ni les Américains ni les Japonais, et encore moins les Africains. La France c’est la terre des plus rebelles voire des plus marquantes des révolutions, et les Français sont connus pour être un peuple de frondeurs, de grévistes encadrés par des syndicats rodés aux tactiques de paralysie des entreprises et de négociations sans pitié avec le patronat. L’histoire des grands bouleversements du monde se confond par moments avec l’histoire de la révolution française, et les droits de l’homme semblent sortir à tort ou à raison, par pure travestissement politique ou par simple fanfaronnade idéologique, aux entrailles de leurs génies.

N’en déplaise à tous ces frondeurs, puisque Emmanuel Macron, fort d’une majorité parlementaire exceptionnelle, a coup sur coup bousculé les vieux préceptes que personne n’avait jamais osé toucher : réforme de la retraite, du chômage, de l’école, des impôts, de la fonction publique et plus encore. Le voici qui s’attaque même à une des plus terribles symboles de la culture élitiste et administrative de la république, en l’occurrence l’Ecole nationale d’Administration dont il souhaite la disparition pure et simple. C’est pour tout cela, et dans ce contexte, qu’une cohorte de révoltes et de révoltés, rien à avoir avec une vraie révolution, s’est mise débout, pour lui barrer le chemin et lui rappeler qu’on est en zone planétaire conservatrice. Et les sondages ont plis la courbe descendante, jusqu’à frôler les 65% d’insatisfaits. Conséquence, la guerre civile dans les villes, et Paris leur capitale, leur cité prestige, leur ville dite la plus visitée du monde et leur champs Elysées vantée à longueur de discours et de publicité comme la plus belle avenue du monde, ont été transformées en champ de bataille : casses ; fracs ; sang ; cagoules ; matraques ; pleurs ; dégâts ; remords et condamnations.

Que faire ? Le président a essayé de reprendre les choses en mains, lançant une consultation publique en forme de grand débat national, engageant une tournée dans le pays pour s’expliquer et refaire les liens distendus. Pour finir, une adresse à la nation, avec des regrets s’il n’a pas été suffisamment entendu ou s’il n’a pas été compris, s’il a été parfois trop loin et trop vite sans la préparation nécessaire. Bref, une main tendue, une demande de pardon pour tout ce qui a été mal fait ou pas très bien fait ou expliqué.

B - Deuxième référentiel, le Cameroun de Paul Biya

A quelques jours et quelques kilomètres de distance, c’est un autre pays et c’est un autre souverain. Il s’agit du Cameroun et de Paul Biya, son président. Jusque-là considéré comme absent de la scène, peu engagé dans les batailles quotidiennes formatées par une actualité délicate qui impose au pays une situation de guerre civile, de sécession et de fracture ouverte, l’homme a peut-être compris qu’il est temps de monter en première ligne. Mais c’est un pays généralement donné pour tranquille, stable et sans histoires. C’est un pays riche, riche de ressources naturelles, du sol et du sous-sol. C’est un pays éduqué, fortement alphabétisé où les têtes bien faites pullulent. C’est un pays qui en dépit des relents de sectarisme tribaux et claniques, est resté solide et respecté. Le président était arrivé avec de belles promesses, des annonces et des ambitions immenses qui l’on plébiscité à jamais aux yeux de ses compatriotes, suscité la jalousie des voisins et des paires, et enchanté les partenaires internationaux de tout type. Trois décennies et plus après, le bilan n’est surtout pas celui attendu.

L’homme, pétri de considérations de patriarche et d’instinct de catéchiste providentiel, a peut-être décidé du seul sursaut qui compte et qui sauve. Réputé à tort ou à raison insensible aux critiques et aux trahisons, le père de la nation a utilisé les moyens de communication les plus modernes, pour inviter au pardon, pour relever, enfin, les rapports de toute nature dans son pays, au firmament de la tolérance et de l’humilité. On n’avait jamais connu cela de lui. On n’avait jamais vu ça et on était loin de s’attendre à un tel geste et de cette façon. Certes, tout laissait voir que les voies d’une reprise en mains devenaient réduites de jour en jour, et que les chants de l’unité et de l’intégrité nationales, ne pouvaient plus à eux seuls ébranler la résolution des groupes armés du nord comme des régions anglophones du pays. On a trop souhaité un geste du chef de l’Etat, on l’a trop voulu et imploré pour aller vers l’avant, pour resouder les liens, pour reconstruire les rapports de toute nature, pour inviter à une nouvelle fraternité. Et voici que l’homme l’a fait, a pris l’initiative, poussant les langues à se délier et des voix à commencer le changement de décor, du décor de la guerre et de la division voire de la cassure, vers le décor espéré et suppliée d’une conférence de réconciliation, d’un grand forum dont les contours resteraient à déterminer, et l’ordre du jour à convenir.

Ce qui inquiète dans le cas précis de ce pays, c’est que plus de trente ans après une faute grave qui a façonné un destin des plus imparfaits et conflictogène à souhait pour le pays, le même scénario semble se reproduire, et sans que les principaux acteurs se montrent réellement capables d’en tirer toutes les conséquences, justement pour n’avoir pas été en mesure d’assimiler les leçons. Lorsqu’en 1992, après la première élection présidentielle pluraliste du pays, Paul Biya tend la main à l’opposition pour la formation d’un gouvernement d’union nationale, il recevra un véritable camouflet de la frange la plus radicale emmenée par le leader du Social and Democratic Front arrivé second. Un seul mot d’ordre est alors repris en cœur comme une pilule bénie du diable qui veut vous voiler les yeux et vous conduire dans un abîme sans nom : « Paul Biya must go. Paul Biya rend nous notre pouvoir volé ». La suite, nous la vivons, et trente ans après, nous semblons toujours n’avoir pas compris, presque rien compris de l’urgence du pragmatisme et de la nécessité d’une démarche transversale intégrant les bords, les rebords, les consistants et les superficiels, les diversités et les variations.

C – Opposition de principe

La typologie d’ensemble des réactions quand un dignitaire se fait humble, renvoi plutôt à une démonstration de surenchère qui se détache parfois complètement des intérêts de la société. On constatera qu’il y a absolument polarisation, d’avantage liée à l’expression d’animosités doctrinales qui traduisent la concurrence pour le pouvoir. Les partisans d’une chute du dignitaire n’ont pas à se satisfaire de ses gestes d’humilité et préfèrent d’ailleurs qu’on oublie vite ce qui à leurs yeux passe pour un non-événement. Le président de la république, le roi ou le premier ministre n’est rien d’autre qu’un concurrent dont aimerait voir la parole et les actes mis en doute, dénoncés et décriés par les citoyennes et citoyens. On pourrait parler de règles d’un combat sans pitié où comme dans un jeu d’échec, le triomphe viendra de la mise à mort du roi.

Certes, le jeu démocratique voudrait qu’à la prise de parole solennelle du chef de l’exécutif, suive la réaction la plus officielle que possible du chef de l’opposition. Mais nous n’en sommes pas là, car dès lors que le but recherché par une réaction, s’inscrit dans la logique de destruction, nous sommes loin des civilités acceptables et des convivialités régulières qui caractérisent une société civilisée. A ce propos, la référence à la société civilisée n’est plus ce qui préoccupe, tant les enjeux qui résultent des réactions parfois trop aigues pour ne pas dire virulentes dans la critique, n’a plus rien ni d’intelligence ni de raison et de sagesse. Dans ce registre, la pire des réactions consiste à soutenir que le souverain a parlé pour ne veut rien dire. Dès que Macron avait annoncé qu’il s’adressera aux Françaises et aux Français pour leur dire ce qu’il a tiré comme enseignements de la synthèse du grand débat national et des changements ainsi que des mesures nouvelles pour répondre aux préoccupations, ses opposants n’ont pas attendu pour le ridiculiser, banaliser d’avance sa sortie et juger insignifiant ses éventuelles propositions. Comment donc pouvaient-ils lire dans la tête de leur président, sinon qu’ils sont ancrés dans un combat systématique qui n’accepte et ne valorise rien venant de leur ennemi ? Les lendemains de la sortie du président furent quelque chose de très instructif pour les enseignements de science politique. D’abord, les lignes de démarcation idéologiques et partisanes, ensuite le sens des commentaires des journalistes sensés se tenir à équidistance des acteurs endoctrinés, mais qui au final, jouent d’influence au profit de groupes d’intérêts aisément repérables. Enfin les corps de métier puis les chapelles syndicales. En remontant leur histoire, il était loisible de rattacher chacun à un homme politique, à une classe sociale ou à un projet.

De l’extrême gauche à l’extrême droite, il était difficile de trouver une synergie fédératrice des positions dans l’intérêt des attentes populaires. En fait, il n’était plus vraiment question des intérêts nationaux de la France, mais des manipulations des querelles préexistantes et latentes à des fins totalement privées.

Revenu dans le cas camerounais, c’est exactement la même envolée attentatoire à l’expression et à la promotion des intérêts nationaux qui est apparue dominante dans les réactions avec le tweet du président Paul Biya. Voici dans sa pleine substance, ce que déclare le président camerounais : « oublions nos ressentiments, nos dissensions, nos divisions. Restons attachés à notre idéal d’unité et regardons l’avenir avec confiance. C’est à cette conditions que nous pourrons vivre en paix ».

Lorsque l’on mettrait en avant les niveaux de développement qui ne sont pas les mêmes, on s’apercevrait néanmoins que partout, les jugements émis sur les positions des dignitaires et le traitement journalistique, recoupent une même réalité, en l’occurrence celle d’une compétition nourrie de rancœurs feutrées et de relents de vengeance. Des individus ayant porté et promené trop longtemps des idéologies d’opposition systématique, systématisent conséquemment la rebuffade face à toute avancée, à toute esquisse de progrès et à tout changement relatif ou effectif dans la voie de l’apaisement. Quoi qu’il en soit, il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard pour le dialogue, pour se parler, pour s’écouter, pour s’asseoir vraiment et franchement.

C – De la relativité des conséquences des extrémismes

Les deux cas, français et camerounais mis en exergue comme échantillons d’école, nous permettent d’apprécier les conséquences à court terme, relativement au façonnement du destin des populations. Il ne s’agit pas d’une projection de long terme, et encore moins d’une simple prospective emportant des hypothèses de travail. Ce dont il est question, parlant des conséquences, touche au vécu direct, actuel, matériel et même psychologique des populations. Il est clair que dans un pays à développement très avancé comme la France, le train des effets directs et indirects ne peut pas déboucher sur le genre de drame que l’on connaîtrait dans un pays moins avancé, pauvre et souffrant de plusieurs maux dont les imperfections institutionnelles constituent la principale source.

Quand on agit dans un contexte où les fondamentaux en termes de structures indispensables pour la vie des gens, leur prise en charge au plan de l’éducation, de la sécurité et de la santé sont à peu près solides, bâtis, consacrés et reconnus de tous, il y a lieu d’accepter, de tolérer quelques écarts dans la formulation des réponses politiques. Mais si d’hasard, c’est l’inverse, on plonge dans la pure démagogie volontairement entretenue par une élite politique et intellectuelle qui pratique la copie pure, simpliste et maladroite de l’art de la confrontation puisée dans des images venues de vieux pays industriels.

Si le refus de négociation, le blocage des avancées, la contestation et l’opposition systématisée ne sont ni destructeurs ni incapacitantes des bases démocratiques de la société et de l’ensemble de ses rapports usuels chez les pays technologiquement et structurellement avancés, à l’inverse ce sont des lendemains de véritable catastrophe qui se présentent dans les pays pauvres. L’expérience des conférences nationales ratées en Afrique a démontré à suffire, que les élites n’avaient pas une réelle compréhension du contexte et une perception pragmatique des rapports des forces. C’était pour eux leur révolution bolchevick ou leur révolution culturelle chinoise. Hélas, ils se trompaient lourdement de contexte, d’époque, de moyens, de voies et d’objectifs accessibles. La discussion ne porte pas sur la justesse ou non de la cause, elle concerne la connaissance des acteurs et de leurs forces, de leurs soutiens et de l’environnement géopolitique dans lequel ils évoluent. Il y a une différence quand on joue à la politique dans un pays où les codes de conduite et les lois demeurent largement soumis à des usages féodaux, patriarcaux et volontiers obscurantistes, et quand on joue dans des cadres largement structurés et consacrés où les préceptes institutionnels ont depuis des siècles, formaté les droits et devoirs des citoyens, les repères des participations populaires et les implications de l’expression individuelle face à l’autorité publique.

Il est clair que la systématisation de l’opposition ne mènera jamais à la destruction des acteurs du refus dans un contexte où les préceptes régaliens du pouvoir et de l’autorité, sont régis, régentés et supervisés par des institutions relativement solides. Il y a certainement de la fierté voire du mérite citoyen à s’opposer à Emmanuel Macron, parce que dans la substance, l’Etat et la République là-bas, ne sauraient se passer de telles sorties, de telles démarches, sans souffrir d’obscurantisme. Par contre, dès lors qu’il faut tout faire ou tout refaire ailleurs, les clés d’analyse des démarches radicalisant changent de nature. Il y a dès le départ une idée différente du chef, de l’autorité qui crée et entretien un véritable mur de séparation. Jacques Chirac soutenait que la démocratie, les élections libres n’étaient pas faites pour les Africains. On a beaucoup critiqué cette position, mais avait-on réellement bien compris le fond de la pensée de l’homme d’Etat multidimensionnel ? Il y a sans aucun doute un constat d’enfermement qui renvoi à la façon dont nous engageons l’avenir, dont nous nous positionnons au quotidien pour le pouvoir, avec le pouvoir et face au pouvoir. C’est davantage de cela qu’il s’agit et non de réfutation dans l’absolue de la capacité voire de la prédisposition de l’Africain à assumer la dimension concrète et pratique de l’alternance démocratique, du suffrage universel sincère et de la gouvernance propre.

En analysant le champ macroéconomique, c’est-à-dire une prise en compte globale au niveau du pays de l’absence de toute démarche d’humilité, on s’étonnera que ceux qui croient porter ou représenter le flambeau d’une transformation de la société pour plus de justice, pour plus de développement et un mieux être collectif, ne s’affranchissent point et vite du discours dévastateur. Quand tout est saccagé et brûlé sur l’avenue des champs Elysée ou sur une avenue quelconque de Londres, Genève, Madrid, Bonn ou Cambera, combien de temps cela prend-t-il pour la réparation, la reconstruction si nécessaire, le renouvellement et la relance des activités ? Allons comparer avec un pays africain et procédons à une banale simulation. On constatera que d’un côté, c’est vite fait et bien fait, pendant que de l’autre, je ne veux pas dire chez nous, on lancera des cris de détresse à travers le monde pour solliciter des aides. Il ne faut même pas parler de ressources que nous n’aurons même pas la capacité de bien gérer.

L’opposition systématique au dialogue et à la main tendue signifie l’acceptation d’un recul, d’une volonté de fermer les portes et de s’embastiller dans un obscurantisme doctrinal aux conséquences terribles.

D – Implications et significations aux plans personnels

Disons que vécue dans une société où les libertés ainsi que les droits fondamentaux de la personne humaine sont garantis et protégés, le poids d’un entêtement granitique fait de refus catégorique à toute ouverture, à toute démarche et à toute proposition d’apaisement, ne produit que peu de conséquences sociales et professionnelles pour les individus. Hélas, les choses se présentent autrement, dès lors qu’il faut envisager la situation personnelle dans un contexte différent. Les systèmes de gouvernance imparfaits et dominés par des pratiques obscurantistes ne concourent pas à la préservation de la dignité et de l’amour propre des individus, si ces derniers se retrouvent en opposition consacrée, par rapport aux idées et privilèges de leurs acteurs non seulement irascibles, mais également désinvoltes, insolents et condescendants.

On revoit ces moments de presque fantaisie infantilisante, où ceux que l’on prend ou prenait pour des révolutionnaires et de combattants aguerris, ne vivent plus qu’avec de petits postes de radio collés aux oreilles. En effet les grands militants qui officiellement croient à leurs forces et sont si sûrs de leur victoire, guettent les petites phrases sortis de la bouche d’étrangers en qui ils font plus confiance qu’à leurs parents, leurs familles et leurs épouses. On attend ce que va dire RFI, la Voix de l’Amérique, la BBC. Un jour on crie sur tous les toits que des députés européens ou encore des membres obscurs de quelques ONG, auraient soutenu la cause. Le lendemain, on est surexcité parce qu’un ministre américain va fouler le sol du pays. Tout cela ne dure que l’instant d’un petit rêve, d’une distraction qui est vite passée. La pire des humiliations ou mieux des embarras, c’est quand le fameux visiteur sensé donner des ordres au président du pays, se montre dans une audience fortement conviviale au palais du roi, au centre du pouvoir et avec le pouvoir.

On a beau être engagé et militant radicalisé, on a certainement perdu de vue que les relations d’Etats ne s’accommodent point de sarcasmes. Donc, il faut se chercher dans autre chose et par d’autres voies, que par une tentative désespérée de se faire tenir la main automatiquement par des intrus qui au fond, se moquent de vous. Comment peut-on élaborer un programme de révolte sur la base de la dénonciation de la main mise des puissances étrangères, et passer ses nuits à implorer le soutien des mêmes puissances pour renverser votre président et prendre sa place ? Nous ne sommes plus sérieux dans ce cas, et cela commence à trop durer, à nous transformer en de faux nationalistes donc la seule ambition est d’entretenir une infiniment triste kermesse dans la cité. Les gens de l’autre côté des mers et des océans ne se gênent point quand l’occasion se présente, de s’interroger sur notre genre de militantisme pour la démocratie. Au fait, ils ne sont pas souvent chiches quand il faut poser la question de savoir, pourquoi nous ne sommes pas en mesure de construire nos propres synergies en vue de changer les pouvoirs que nous haïssons et combattons. C’est ici qu’intervient le plus ennuyeux des constats. Tenez, vous avez un président qui appelle au dialogue, et vous répliquez qu’il n’est pas sérieux, qu’il faut une médiation internationale, qu’il faut l’ONU et consorts. Alors, ce sont donc les mêmes qui viendront gérer à votre place, ou avec vous comme de simples faire-valoir, des pantins, des fantoches ?

Et puis, la conscience des imperfections du cadre institutionnel, doit bien aider à tout faire pour éviter le pire pour vous-même, ce pire étant bien évidemment ou très logiquement, le châtiment que constitue toute sorte de mécaniques répressives exposant à la détention dans des lieux peu recommandés pour une santé fragile ou pour un esprit nostalgique. Il vaudra mieux négocier même avec le plus petit espoir et pour la plus petite avancée sociale et politique dans le pays, que de se murer derrière des portes négationnistes et permanemment dénonciatrices. C’est aussi cela et peut-être surtout cela, qu’âtre révolutionnaire et militant du changement veut dire. Cependant il est clair que si l’agenda caché ne tient qu’à la promotion et à la gloire personnelles et égoïstes au détriment de la collectivité, la stratégie mène automatiquement à la perdition et à mille remords à terme.

Une fois de plus, le Français ou l’Allemand ne risquera que quelques questions, et au pire une banale garde à vue, d’ailleurs avec élégance, courtoisie et grands soins, car là-bas, toute brutalité, tout dérapage des préposés sécuritaires, entraîne une levée de boucliers dont les dirigeants redoutent les conséquences électorales. Et puis, même si vous étiez conduit dans un centre pénitencier, mais dis-donc, quels soins et quels égards ! Par rapport à nos mouroirs des nations sous-développés ou peu enclins à la considération pour des individus dits opposants, c’est le ciel sur terre. On voit venir une fois encore ceux que les opposants désignent comme étant des amis, tenant le rôle de conseiller en humilité politique. Ce sont justement ces gentils bonshommes qui vous diront d’aller négocier, d’accepter la main tendue, au lieu de choisir la prison et la souffrance comme lauriers, comme médaillon de grandeur incitant à la pitié pour mobiliser des interventions d’étrangers dans les affaires de votre pays.

Il faudrait ainsi comprendre, et une fois pour toute, la logique de la situation personnelle, c’est-à-dire au niveau micro, avant le niveau macro concernant la cité globalement. C’est à chacun de mesurer la dimension du dialogue et l’impact pour lui-même, pour sa famille et pour ses amis, quand un souverain lance un appel à cet effet. Il est des occasions qui, lorsqu’on n’a pas su les saisir, on gâche définitivement son destin et le destin d’une nation. Malheureusement la leçon reste marginale.

Dans nos précédentes analyses, nous avions déjà fait remarquer que les mouvements de contestation en cours en Algérie et au Soudan, commençaient à plonger dans une forme de confusion sans nom. A vouloir en effet jouer aux extrêmes dans la conquête des réformes, les acteurs directs et indirects de ces mouvements, étaient en voie de créer les conditions d’une compromission de leurs gains et d’une désorientation des populations. La loi des systèmes de gouvernance est absolument et toujours, l’expression du caractère profond d’un peuple, construit avec le temps et conforme à une culture propre du milieu. La revendication d’éradication d’un système comme thème ou comme conditionnalité dans l’opérationnalisation du changement voire d’une complète mutation sociopolitique, procède d’une demande irréaliste. Voudrait-on entendre pas changement, l’extinction de corps entiers de commis de l’Etat, de préposés et des agents des services publiques de toute nature, de la diplomatie à la police, à la magistrature, à l’éducation et autres ? Il faut s’éloigner de ce discours, de cette demande chimérique que véhicule un discours et des ambitions lourdement dangereux. Personne ni aucune révolution, n’a jamais inventé ni fabriqué un nouvel personnel entièrement dégagé des liens historiques, factuels et matériels qui forment l’ossature de l’administration d’une aire territoriale nationale et étatique. Même après les révolutions bolchévique, chinoises, cubaines et vietnamiennes, les structures fondamentales de l’administration publique ne furent jamais totalement remises en cause ou nettoyés au casher. La révolution culturelle en Chine sous Mao, la nouvelle économie politique sous Lénine en Russie et la révolution totale des Khmers rouges de Pol Pot au Cambodge, ne furent pas en mesure d’accomplir une telle folie, en dépit de leurs cortèges de victimes des purges radicales.

Les morts enregistrés au Soudan dans la surenchère des leaders improvisés des manifestations, sont des morts de trop, des morts du discours et de la pratique extrémistes. Une fois que le président El Béchir a été renversé par les militaires, le reste aurait pu se construire dans un dialogue sans exigence de renvoyer tout le monde, tous les fonctionnaires, toute l’armée.

E – Le versant diplomatique des extrémismes
Quand l’Afrique du sud et l’Egypte nous enseignent

Pour la majorité des Africains, intellectuels, scientifiques, chercheurs et simples citoyens, Nelson Mandela représente une fierté au-delà de l’imaginable. C’est certainement le cas aussi à l’étranger, de haut en bas et vice versa. Mais seulement, l’admiration ne se fonde pas sur les mêmes critères, les mêmes éléments dévaluation et de considération. On célèbre l’homme en Afrique à juste titre comme un résistant, un leader hors normes qui a conduit son peuple jusqu’à la victoire et souffert du martyr d’un long emprisonnement. On ignore le contenu des négociations secrètes qui aboutirent à la libération de Mandela et l’accession de la majorité noire au pouvoir avec des élections libres, une personne une voix. En fait, ce qu’il faut savoir dorénavant, c’est que les noirs n’ont pas accédé au pouvoir parce qu’ils avaient triomphé militairement du régime d’apartheid et des racistes blancs. Ils y sont parvenus, parce que leur principal leader et son équipe, avaient fait preuve de sagesse et de pragmatisme.

La célébration de Mandela par l’Occident et la gente diplomatique, tient plutôt à sa sagesse, à son sens de compréhension et de prise en compte des rapports des forces. Le principe de la messe dite « vérité et réconciliation », est le résultat direct d’un arrangement qui excluait toute vengeance, tout déballage, toute chasse aux sorcières, toute révolution brutale qui aurait tourné et retourné de nombreux rapports internes et externes, mis en danger le destin de moult connexions, accords et situations acquises ou conquises. C’est le prix qu’il fallait payer et Mandela et l’ANC ont accepté de payer ce prix. Une des raisons de la discorde entre Nelson et Winnie, provient de l’attitude ultraradicale de madame qui s’était opposé à cette démarche et militait ouvertement pour la vengeance, pour que l’on coupe les têtes des blancs, que l’on leur arrache tout et tout de suite. On voit où en est arrivé le Zimbabwe avec ce genre de brutalité. Or dans le cas de l’Afrique du sud, trop de secrets devaient être préservés à jamais, par exemple la bombe atomique, les réseaux de violation de l’embargo imposé par les instances internationales, les rapports avec l’Etat d’Israël, les rapports sur les trahisons des élites traditionnelles et intellectuelles noires, le rapport sur l’assassinat du leader noir Steve Biko, le rapport sur l’assassinat à Paris, de la militante anti-apartheid blanche Dulcie September et d’autres.

Dans le cas de l’Egypte, les Etats unis ont vite pris les choses en mains, dès lors qu’il était apparu que le soulèvement populaire risquait de faire la part belle aux islamistes. Washington a tout réglé comme sur une horloge pour un arbitrage au sein de l’armée et la mise à l’écart de Mubarak avec toute sa famille, mais en préservant son système et en écrasant les extrémistes islamistes. La suite, nous la connaissons et l’appréhendons et l’apprécions concrètement dans le maintien d’un équilibre géopolitique régional favorable à Washington.

Ces deux exemples sont, s’il était encore besoin, une source précieuse pour la conduite des leaders dans un contexte de soulèvement. Les islamistes avaient bien conquis le pouvoir, mais l’empressement à prêcher le bouleversement, a amené les partenaires stratégiques à les écarter en dépit de leur légitimité acquise dans les urnes. En réalité chaque fois que les acteurs contestataires ont cru avoir un boulevard devant eux et ont poussé le bouchon trop loin sans aucune retenue, ils ont perdu la partie à très court terme et ont été ensuite balayés. Extrémistes donc, ils ont dans certains cas été liquidés et rangs dans les caissons froids des morgues au pire, ou au mieux ont été contraints de changer de résidence pour gagner des prisons pénibles. La logique de la compétition pour le contrôle du pouvoir induit des luttes sans pitié, même en contexte dit civilisé et évolué. Savoir que celui qui tient le manche de la machette domine à priori l’ordonnancement du rapport des forces et dresse l’ordre du jour des jeux, est une évidence qui continue d’échapper à l’intelligence de quelques fous agités, dotés de peu de compréhension de l’arène politique, et ml instruits ou pas instruit du tout de la signification de la force et de la faiblesse, de la ruse et de la sagesse, de l’intelligence et du nécessaire machiavélisme.

D – Blocage du dialogue et invention du terrorisme

Nous avons précédemment traité des différences d’impacts du radicalisme et de l’opposition systématisés, en mettant notamment en exergue, le fossé immense qui sépare les populations en termes de souffrances résultant d’un refus voire d’un blocage volontaire du dialogue. Il faudrait maintenant s’appesantir la signification globale pour l’évolution l’ensemble des rapports mondiaux, des comportements de chaque classe sociale. Au moins deux postulats transparaissent de prime abord :

Ce sont les classes lettrées et fortement instruites qui ont formulé les dogmes et les thèses des idéologies révolutionnaires, mais elles l’ont fait en observant et en décrivant très  Correctement, les souffrances et les misères des masses rurales pauvres et des ouvriers surexploités des usines.
Les masses n’ont pas commencé les révolutions ni conduit les révolutions, elles ont fait confiance aux élites fort en thème et riches en récitals doctrinaires et idéologiques.

Ces deux postulats renvoient de fait, à la détermination des responsabilités dans le blocage voire l’échec des mutations sociopolitiques. L’expérience historique montre à suffire que dès lors que le peuple a validé à tort ou raison les options du changement simplement par son admiration du courage, du verbe et de l’agitation des leaders instruites et apparemment engagés, il plonge derrière ces derniers aveuglement, convaincu que sa cause est défendue et que la stratégie n’est nullement questionnable. La réalité c’est d’ailleurs que le peuple impatient de modification des rapports des forces et soucieux d’une correction en profondeur des modes de distribution des richesses, n’a ni les moyens ni les outils et encore moins la capacité d’interprétation des paramètres contextuels, pour asseoir une critique juste.

Il est à noter que si on peut planter le même décor d’une mobilisation aveugle du peuple au nord comme au sud, le seuil de formation et d’éducation, le niveau des infrastructures de solidarité et de protection sociales, génère un fossé incontestable dans le seuil de ce qui peut être considéré comme une soumission inacceptable. En somme, on notera que l’invention du terrorisme, si elle est l’expression du mécontentement et la consécration aléatoire, d’une certaine colère, elle ne trouve pas toujours de racines dans le sentiment ou l’ambition effective de justice sociale et politique, de dignité et de citoyenneté non discriminatoire. La remarque est importante, parce qu’elle met en garde contre des divagations dangereuses célébrées comme la révolution. Prenons les plus actives, les plus violentes et les plus inoubliables des mouvements radicaux qui ont défié les pays riches particulièrement. Les brigades rouges en Italie, dont l’un des principaux faits d’arme fut l’enlèvement et l’assassinat du président du patronat italien. Citons aussi le cas d’Action directe en France, et ici, l’enlèvement du patron de Renault. Mentionnons également l’armée rouge qui a sévit au Japon, et enfin les tupamaros en Amérique Latine. Tous ces groupes sont apparus et ont évolué à un moment et dans un contexte de transformation du capitalisme, lors du passage de sociétés purement industrielles traditionnelles et archaïques, impliquant une main d’œuvre très nombreuse, aux sociétés dotées d’un système de production et de commerce technocratique, moins mécanisée et plus numérisée. C’était l’arrivée des ordinateurs, l’ère du règne de l’Américain International Business machines (IBM), et l’émergence des Microsoft et autres. L’homme lançait à peine l’exploration de la lune et de l’espace extra-atmosphérique.

On verra que si les actions spectaculaires des groupes violents ont pu préoccuper les esprits et meubler quelque peu l’actualité, elles n’eurent jamais un impact déterminant dans l’évolution des rapports mondiaux et sur l’agencement concret des rapports des forces. La décennie 1945 – 1955 fut marquée par une guerre froide sans merci dont la guerre de Corée fut un des théâtres majeurs d’expression. La décennie 1955 – 1965 fut marquée par la décolonisation et l’augmentation du nombre de membres de l’ONU grâce à l’accession sur la scène internationale de nouveaux Etats fraîchement décolonisés. La décennie 1965 – 1975 fut marquée par la quête d’un dépassement des normes anciennes des rapports mondiaux sous la pression des pays du sud qui revendiquaient un nouvel ordre économique international, soutenus par les pays du camp socialiste. La décennie 1975 – 1985 fut marquée par la course effrénée aux armements suivie des premiers efforts de désarment subséquents entre les deux superpuissances (Léonid Brejnev et Richard Nixon). La décennie 1985 – 1995 est marqué par l’effondrement du mur de Berlin et la transformation de l’URSS en RUSSIE tout court, les pays Baltes ayant retrouvé leur indépendance, la course aux armements connaissant un répit effectif et l’accent étant mis sur la construction de nouvelles alliances moins dogmatiques. La guerre du Vietnam a pris fin aussi avec la débâcle des troupes américaines, tout comme leurs rivaux de Moscou quitteront l’Afghanistan par la petite porte. Deux chef d’Etat qui se succèdent à la tête de l’URSS près Brejnev, meurent brutalement (Tchernenko et Andropov). Un président socialiste arrive aussi au pouvoir en France dans ce contexte et s’appelle François Mitterrand.

Cette histoire est placardée pour montrer le caractère insignifiant en termes d’influence, des groupes violents dont la plupart militent ouvertement pour la destruction du système capitaliste et se cramponnent à cet objectif comme un fond de commerce. Il faut noter, et c’est important, que les leaders qui portent le mouvement qui prends des allures de terrorisme urbain voire de guérilla urbaine, viennent presque tous des familles riches voire aisées. C’est ains le produit d’une petite bourgeoisie qui pose les bombes, conduit des enlèvements, commettent des crimes en plein jour, au nom de la défense d’une classe ouvrière avec lesquels il n’est pas vraiment connecté. On vit dans le prisme d’un apriori d’impossibilité de tout dialogue, de toute négociation et de tout accord sur le projet de société.

Rendu chez nous au sud, quelles leçons et surtout quelles implications ? D’abord, il faut apprendre à tout négocier sur place, et cesser de croire que le Conseil de sécurité décrètera un changement de régime en Afrique depuis sa majestueuse salle de palabre de New York. La tentation qui est celles de la plupart des oppositions africaines du refus de dialoguer et subséquemment d’accepter la main tendue par le détenteur du pouvoir, est une terrible erreur. Le fait de disposer des images en temps réel des événements qui se produisent à Paris, Londres ou Cambera, ne signifie en rien, mais alors en rien, que la cause de quelques manifestants arrêtés et fouettés correctement à Dakar, Yaoundé, Brazzaville ou Khartoum, fera les choux gras des médias là-bas. Par ailleurs, les proclamations diplomatiques des dignitaires étrangers de même que les recommandations et décisions des instances multilatérales, en commençant par le Conseil de sécurité justement, demeurent des actes d’administration courants dans le déroulement de la diplomatie fonctionnelle et planétaire.

Il y a de ce fait, et pour autant que des leaders politiques et des animateurs de la presse d’opinion, se focalisent sur les actes des instances internationales pour légitimer leur démarche, une tricherie par rapport à l’exécution de leur programme futuriste de gouvernance. Il ne me semble pas prescrit, ni possible et ni acceptable, que dans un programme politique, on y mentionne que l’on comptera sur l’intervention de « la communauté internationale » pour conquérir le pouvoir. Construire un quotidien de jeux politiques et de promesses de bonheur sur l’apport d’autrui, son soutien et son financement, procède d’une rocambolesque conception du politique. Il faut en déduire que les peuples sont floués, abusés et trompés par des leaders incapables de développer des stratégies propres à partir des réalités de leur milieu d’évolution, pour s’imposer. On a voté pour vous parce qu’on vous croyait capable de nous mener, selon vos dires, vers « une vraie indépendance, une réelle fierté nationale, une effective réalisation démocratique », or vous nous dites maintenant que vous comptez sur la communauté internationale, que vous attendez vos amis de la France, de la Chine ou de la Russie pour arracher le pouvoir et faire le changement. C’est un abus de confiance, pire que de la fourberie dans tous les sens du terme.

Il y a donc un impératif de battre campagne pour une union des esprits et une solidarité des cœurs, à partir des réalités nationales, ce qui suppose une prédisposition concrète à saisir toutes les offres objectives de dialogue en vue de la paix et du développement. Les Gilets jaunes français n’ont à aucun moment appelé ni les Etats Unis ni le Sénégal ni la Russie pour leur venir en aide, pour populariser et matérialiser leur cause. Pourquoi serions-nous toujours enclins au recours à la tentation de l’appui extérieur ? Serions-nous incapables de porter haut et fermement, nos projets de société et de les négocier avec différents partenaires politiques internes ? L’expérience historique des luttes est cruelle dans ses enseignements et conclusions, car même à supposer que la fracture sociale et politique soit définitive, elle ne pourrait en aucun cas être actée et institutionnalisée qu’à l’issue de négociations sérieuses, honnêtes et transversales. De l’ETA en Espagne aux FARC en Colombie, on n’a pas fait autre chose que se parler, négocier, saisir la branche de la paix et valoriser la main tendue du pouvoir et des pouvoirs. Le monde n’offre plus d’autre alternative que cette démarche de sagesse qui induit des capacités réelles et admirables de pragmatisme et de transversalité.

Il faudrait convenir sans détours ni malice et ruse aucune, que toutes les proclamations ostentatoires, sectaires et volontiers alambiquées portées par des égos surdimensionnés, échoueront devant les portes des réalités dures et impitoyables d’un monde qui n’est plus celles ni de la révolution bolchevique, ni de la révolution chinoise, ni de la révolution cubaine, ni des triomphes des dernières luttes de libération anticolonialistes dont les anciennes colonies portugaises d’Afrique témoignaient des anachronismes. Du Venezuela à la Syrie en passant par l’Iran et la Sahara occidental, la surenchère des armes et le chantage des idéologies de puissance ont échoué.

En fin, jamais les démarches extrémistes n’ont puisé leurs sources dans les valeurs de solidarité, de compassion et d’humilité qui fondent la dialectique du social et du politique. Les deux réalités forment un couple intimement lié, et tellement dépendant que si le second est projeté avant le premier ou sans la maturité de celui-ci, toute prétention de leadership abouti à la moquerie, à l’aventurisme et tôt ou tard à une retentissante répulsion populaire. Or à l’observation, cette conduite de perdition semble être celle privilégiée par la plupart des chefs d’opposition sur le continent. En somme, ils ont proclamé indirectement la primauté de l’élitisme dans un contexte de misère, de souffrance et de pauvreté absolue, alors qu’ils auraient jouer d’humilité, de solidarité et d’égards intenses et honnêtes envers les populations. Comment monter, grimper, se hisser au sommet comme un missile balistique qui fend les nuages et va se loger dans une orbite extra-atmosphérique, sans voir solidifié les rampes de lancement, ni envisagé avec calculs pragmatiques et réalistes, les conditions d’un arrimage tranquille, les buts à atteindre et la température de tous les éléments célestes ?

Quand on tourne le dos aux réalités, on plonge dans cette imbécile prétention qui ne sait pas ou ne veut pas dialoguer, et qui de fait, fonce vers la perdition et l’autodestruction, avec les conséquences les plus négatives sur les perspectives de mutations sociopolitiques. La plus cruelle des déception quand il s’agit de l’Afrique, surtout, c’est que des masses d’élites formées depuis un demi-siècle, confondent le politique et le social, l’académie et le terrain, et croient qu’il suffit d’avoir une tête bien faite à l’école, pour diriger une nation et ériger des cathédrales chancelants dans leurs rêves, envers et par devers les populations pour lesquelles, elles aspirent ou ambitionnent à défendre la cause, et prétendent protéger contre les régimes politiques et les systèmes de gouvernance décrétés inadéquats. C’est le règne des ruptures, ruptures de bas en haut, ruptures dans l’agencement et le traitement de presque tous les repères et ruptures des référentiels culturels, anthropologiques et éthiques./.

* SHANDA TONME est universitaire camerounais et diplomate de carrière, spécialiste du Droit international et de Science politique, auteur d’une soixante d’ouvrages et de plus de trois cent articles d’expert.

17mai
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