Cameroun: L’affaire Kamto et la politique de réconciliation :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance : CL2p
  • lundi 18 février 2019 10:02:00
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Cameroun: L’affaire Kamto et la politique de réconciliation :: CAMEROON

Il faut d’emblée dire que le Professeur Maurice Kamto et les leaders de son Mouvement pour la Renaissance du Cameroun , le MRC, ne sont pas des masochistes qui ont absolument voulu défier la loi pour gagner une quelconque notoriété internationale et leurs tickets de grands résistants à une tyrannie, séquestrés qu’ils sont dans le cachot de M. Biya de Kondengui sous des accusations fallacieuses montées de toutes pièces de « rébellion, insurrection et hostilité contre la patrie », accusations pour lesquels ils sont passibles de la peine de mort

Une fois que cela est dit, tout bon observateur de la politique camerounaise reconnaîtra que les déboires judiciaires du Pr. Kamto sont un véritable baromètre du progrès ou non de la démocratie et de la défense des droits humains au Cameroun. Cette appréciation peut se faire à deux niveaux:

– Premièrement, il faut reconnaître que le «prophète», au pouvoir depuis 36 ans dans ce pays, se soucie uniquement d’être le nègre en chef et de garder son pouvoir à tout prix. Cette question – garder son pouvoir à tout prix – est aussi importante que son utilité pour lui. Toutes ses actions démontrent qu’il est littéralement consumé par sa propre ambition, son égoïsme et sa cupidité sans limite, malgré la belle façade qu’il cultive en direction de l’opinion publique d’une affabilité de séminariste et d’une sollicitude envers le peuple camerounais, qui masque pourtant un profond dédain envers ces derniers et leur pays. En effet, comme le CL2P l’a noté à plusieurs reprises, l’homme Biya vit dans un splendide éloignement des hordes de camerounaise ces derniers temps reclus dans son palais de Mvomeka’a ou dans sa suite présidentielle du luxueux hôtel cinq Etoiles de l’Intercontinental de Genève. Ce qui traduit à suffisance son mépris souverain pour ses compatriotes camerounais, alors même qu’il s’accroche à sa fonction dans un désespoir devenu pathétique et une emprise qui faiblit chaque jour à mesure qu’il est rattrapé par l’horloge biologique, ce qui le rend encore plus violent.

Ainsi, la marche blanche du MRC le 26 janvier sauvagement réprimée par ses tontons macoutes fait ressortir le débat sur notre très longue histoire de méfiance politique envers un leadership qui ne respecte jamais les règles élémentaires de vivre ensemble et s’est davantage spécialisé dans les vols électoraux parmi tant d’autres tares.

– Deuxièmement, un débat sur l’avenir du Cameroun qui passe par une politique de réconciliation nationale. En effet, pour un pays comme le Cameroun, marqué par une histoire de violence, de violations des droits de l’Homme et d’oppression, et d’institutions conçues pour blesser et humilier les Camerounais ordinaires, la réconciliation est une nécessité absolue. C’est une nécessité pratique née du fait que, sauf si vous êtes un psychopathe ou un sociopathe, il est urgent de mettre en place un processus politique inclusif afin de promouvoir une société fondée enfin sur l’égalité et la justice sociale.

La réconciliation est un concept attrayant décrivant un avenir prometteur, mais à quoi doit-elle ressembler réellement?

Cette réconciliation devrait commencer par une évaluation de l’ampleur des dommages moraux causés par des siècles d’oppression systémique coloniale et néocoloniale dans les relations politiques entre les Camerounais et l’État. Il faut tenir un véritable registre sur les drames humains endurés, drames que l’État doit traiter avec une grille d’analyse objective après que le pouvoir ait préalablement créé un contexte de confiance politique. La confiance politique est basée sur l’urgence morale de respecter et de reconnaître tous les membres de la communauté politique et de leur donner les outils nécessaires pour devenir des participants efficaces à la vie sociale, économique, culturelle et politique de la communauté nationale. De ce processus naîtra une forme de réconciliation entre l’État et la nation, avec des amendements nécessaires de notre loi fondamentale, donc une reconnaissance inscrite dans notre constitution.

De plus, cette réconciliation impliquera inévitablement une société dans laquelle aucun Camerounais ne devra plus justifier son appartenance ethnique, ni aura encore honte de la perception stéréotypée et déformée enracinée dans un certain inconscient collectif de ce à quoi devrait ressembler un Camerounais «normal». Cela signifie une société inondée de représentations positives des Camerounais ordinaires dans les médias et sur les réseaux sociaux, où personne n’est plus automatiquement ciblée ou identifiée par le tribalisme et/ou une discrimination instinctive.

Les organisations de défense des droits de l’homme, telles que la CL2P, reconnaissent que la règle de droit contient pour cela des formes d’engagements moraux en termes de représentation morale et de réciprocité. Cela traduit l’importance de nous valoriser mutuellement dans notre communauté politique. Le CL2P valorise une politique de confiance et de réciprocité morale. Ce n’est pas naïf, mais le fait de savoir que, pour construire une société performante et productive, nous n’avons pas d’autre choix que de nous respecter et de nous faire confiance dans notre capacité à prendre des décisions productives.

En conclusion, c’est faire le constat que si le régime de Biya avait déployé autant d’efforts et de forces en vue de la réconciliation nationale qu’il a mis pour enfermer ses ennemis supposés et désignés, le pays aurait indiscutablement avancé sur un plan démocratique et serait économiquement rayonnant. Tout le contraire de ce que nous voyons.

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques – CL2P

http://www.cl2p.org 

18févr.
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