Révélations sur la «lycéenne kamikaze» de Chibok
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CAMEROUN :: Révélations sur la «lycéenne kamikaze» de Chibok :: CAMEROON

Arrêtée par le comité de vigilance de Limani dans le Mayo-Sava, elle se présente comme l’une des 219 filles enlevées en avril 2014 au Nigeria.

Grosses prises pour le comité de vigilance de Limani ? Assurément. D’abord par la charge que les deux femmes kamikazes transportaient ce 26 mars 2016 et qui était destinée à faire un carnage sur le sol camerounais. Ce sont au total 32 charges explosives qui ont été retrouvées sur les deux kamikazes, réparties comme suit : 17 sur la plus âgée et 15 sur la seconde. Ensuite, par l’espoir suscité par les déclarations de l’un des deux kamikazes au sujet des 219 lycéennes de Chibok au Nigeria, dont le kidnapping en avril 2004 par des membres de Boko Haram avait ému le monde entier.

«La plus âgée des deux kamikazes, actuellement en soins à l’infirmerie de la garnison du 42e bataillon d’infanterie motorisée (BIM) de Mora, a indiqué avoir fréquenté le lycée de Chibok au Nigeria. Elle dit s’appeler Aïssatou Musa», affirme une source au sein du secteur n°1 de la Force Multinationale Mixte (FMM) dont le quartier général est installé à Mora. C’est d’ailleurs dans cette unité qu’est détenue l’autre kamikaze, Mariam de son nom a-ton appris auprès de l’armée. Son âge oscille entre 15 et 17 ans.

En tout cas, depuis l’annonce de son appartenance au groupe des lycéennes de Chibok, les autorités camerounaises sont partagées entre optimisme et scepticisme. «Selon les informations qui m’ont été rapportées par les militaires, la fille serait l’une des lycéennes enlevées à Chibok. On va l’interroger davantage. Ensuite, nous allons demander aux autorités nigérianes des informations sur sa filiation pour savoir si son nom figure ou pas sur la liste des lycéennes enlevées», déclare le préfet du département du Mayo-Sava, Babila Akaou.

«Sauf à accuser l’environnement dans lequel elle a vécu, la femme qui a fait cette déclaration me paraît d’un certain âge; sauf si au Nigeria, les filles qui ont la trentaine peuvent encore fréquenter les lycées», a renchéri un de ses collaborateurs. Cependant, le fait que Aïssatou Musa s’exprime dans un anglais compréhensible, en plus du mandara et du haoussa, incite à l’optimisme. «Elle parle une langue étrangère et cela est très rare chez les kamikazes. Nous en avons déjà arrêté un grand nombre, mais jusqu’ici, aucun ne s’exprimait en anglais, même pas dans un anglais balbutiant. Il y a des vérifications en cours et nous attendons l’arrivée de Nigérians qui ont des paramètres que nous n’avons pas», admet pour sa part un officier de l’armée en poste à Mora. L’attitude d’Aïssatou Musa, qui tenait visiblement à sa vie, est un indicateur qui renforce l’optimisme de certains.

ARRESTATION

Tout part d’une information reçue par les autorités administratives du Mayo-Sava le jeudi, 24 mars 2016. «Ce jour, autour de 20 h, nous avons été informés de ce que trois kamikazes rôdaient autour de Banki, Limani et Amchidé. Nous avons pris des dispositions et les membres des comités de vigilance ont immédiatement été placés en alerte», renseigne Babila Akaou, préfet du département du Mayo-Sava.

Suivant les instructions du préfet, les six unités du comité de vigilance de Limani se lancent à la chasse aux kamikazes. «Vers 5h du matin, nous avons aperçu deux filles. A bonne distance de nous, je leur ai demandé en Kanuri ce qu’elles fouinaient dehors si tôt. Quand j’ai voulu les interpeller, une des deux kamikazes a voulu s’enfuir. Voyant son geste suspect, j’ai demandé à mon collaborateur de me passer l’arme pour l’abattre.

C’est à ce moment qu’elle m’a supplié de ne pas la tuer. Elle a dit être porteuse de charges explosives, mais a promis de ne pas les déclencher. Je n’étais pas rassuré et par mesure de prudence, nous nous sommes mis à lui lancer des pierres. L’une l’a touchée à la tête et elle est tombée. Avec précaution, un de mes éléments s’est approché d’elle et a enlevé les charges qu’elle portait. Le deuxième kamikaze ne s’est pas montré particulièrement agressif.

La jeune fille a désactivé elle même ses charges et nous les avons récupérées. C’est alors que nous avons fait appel aux militaires qui sont venus les récupérer », explique David Tolki, président du comité de vigilance de Limani. Les militaires ont mis une trentaine de minutes pour arriver sur les lieux. Un temps qu’a mis à profit David Tolki pour échanger avec les kamikazes. «La plus âgée des deux s’exprime en Kanuri, Haoussa et en anglais et la plus jeune parle Kanuri et un peu le Mandara», précise-t-il. Et d’indiquer que les deux kamikazes, selon leurs déclarations, avaient été déposés à la lisière de Limani par deux hommes.

«Elles ont dit avoir été transportées par deux hommes qui les ont déposées à l’entrée de Limani. Les deux hommes leur ont confié pour mission de ne déclencher leurs charges que quand elles se trouveront au milieu d’une foule ou d’un grand attroupement où il y a des grandes personnes. Par contre, on leur a interdit de déclencher leurs charges au milieu des enfants, et que si elles le faisaient, elles n’auraient pas une grande bénédiction».

Au sujet de Chibok, David Tolki a également écouté le kamikaze. «Elle nous a dit qu’elle est l’une des filles enlevées à Chibok. Et que leurs ravisseurs les utilisent pour commettre des attentats. Elle a précisé que toutes les filles ont été dispatchées dans différentes localités pour des missions précises», précise-t-il. Les regards sont désormais tournés vers les autorités nigérianes, seules à même d’apporter de précieux éléments à l’enquête. Pour identifier Aïssatou Musa, elles ont annoncé la venue au Cameroun de deux visages connus du combat pour la libération des filles de Chibok : Yakubu Nkeki et Yaha Galang.

Reste toutefois une question : dans l’hypothèse où Aïssatou Musa est effectivement l’une des filles enlevées à Chibok, quel serait le sort à elle réservé par le Cameroun ? Echapperait-elle, sous le coup de l’émotion, à la loi anti-terroriste ?

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