Affaire Kamoise : 120 heures de garde à vue illégale révèlent la justice camerounaise
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Affaire Kamoise : 120 heures de garde à vue illégale révèlent la justice camerounaise :: CAMEROON

Une garde à vue de 120 heures. Un mandat d'amener émis par un tribunal incompétent. Une confrontation impossible avec des accusateurs réfugiés aux Émirats arabes unis. L'affaire Aïcha Kamoise cristallise les dérives d'un système judiciaire au bord de l'implosion.

Une procédure viciée dès l'origine

L'affaire Aïcha Kamoise débute par une anomalie de taille. Le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi juridiction compétente en matière criminelle se saisit d'une affaire qualifiée de simple délit par le code pénal camerounais. Cette incompétence matérielle flagrante constitue le premier vice de procédure.

Malgré cela, ce parquet émet un mandat d'amener contre dame Wété Aïcha, alors même qu'elle n'a jamais été convoquée par aucune unité de police ou de gendarmerie. Une convocation préalable est pourtant une exigence procédurale élémentaire. L'irrégularité est  assumée, et jusqu'ici impunie.

Le 21 avril 2026 : une liberté d'abord décidée, puis confisquée

Le 21 avril 2026, le dossier est renvoyé devant la juridiction compétente : le Tribunal de première instance de Yaoundé-centre administratif. Aïcha Wété y est entendue, puis transférée à la Direction de la Police Judiciaire pour une confrontation avec ses accusateurs.

Problème : ces accusateurs résident aux Émirats arabes unis. Leur retour en territoire camerounais est hautement improbable à court terme. La confrontation est donc suspendue à une improbabilité géographique, pendant que la prévenue reste détenue.

Ce même 21 avril, une décision de classement sans suite avait pourtant été prise par le Procureur compétent. La libération de dame Wété Aïcha était acquise. Elle ne surviendra pas. Une intervention du Parquet Général du Centre renverse la décision. La détention se poursuit.

Une séquestration déguisée en procédure légale

Me Djemeni Yannick, avocat de la défense, qualifie la situation sans ambiguïté : il s'agit d'une séquestration. La garde à vue dépasse les 120 heures cumulées. L'article 246 G du Code de procédure pénale camerounais autorise pourtant la libération sous caution ou sous garant. Les requêtes déposées en ce sens sont restées sans effet.

La justice camerounaise, dans cette affaire, ne répond plus à ses propres textes. Elle répond à des injonctions hiérarchiques opaques. L'indépendance de la magistrature principe constitutionnel cède devant une chaîne de commandement informelle.

Le cabinet d'avocats a multiplié les démarches auprès des autorités judiciaires. Aucune n'a abouti. Ce blocage systémique interroge le fonctionnement réel du Conseil de la magistrature camerounais, dont la convocation est désormais réclamée comme impératif institutionnel.

Quand la justice devient instrument de pression

L'affaire révèle un mécanisme connu mais rarement documenté : l'instrumentalisation de la procédure pénale à des fins de neutralisation. Le mandat d'amener illégal, la garde à vue prolongée hors délais légaux, la confrontation rendue impossible par la géographie chaque étape contribue à maintenir une pression maximale sur la prévenue.

Le communiqué du cabinet est explicite : il s'agit de "mater" dame Wété Aïcha, au profit d'individus "se prévalant d'une illusion de puissance". La formule est juridiquement mesurée, politiquement lourde.

Les enjeux : crédibilité d'un système en crise

À court terme, l'issue de cette affaire conditionnera la confiance des justiciables dans les recours légaux. Si une libération sous caution expressément prévue par la loi peut être bloquée par une simple intervention hiérarchique, le droit perd toute effectivité.

À moyen terme, l'État de droit au Cameroun se trouve évalué par ses propres actes. Les organisations de défense des droits humains, les barreaux internationaux et les partenaires institutionnels du pays observent. Une justice aux ordres est une justice sans crédit.

Quelle justice reste-t-il quand les textes ne s'appliquent plus ?

L'affaire Aïcha Kamoise n'est pas un cas isolé. Elle est le révélateur d'un système où la hiérarchie judiciaire peut court-circuiter la légalité ordinaire. Me Djemeni Yannick pose la question sans détour : si la justice cesse de fonctionner selon ses propres règles, que reste-t-il comme recours aux citoyens ordinaires ?

La réponse, pour l'heure, se fait attendre.

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