Yaoundé confisque le cadavre d'Anicet Ekane :quand le Cameroun enterre ses héros dans la controverse
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Yaoundé confisque le cadavre d'Anicet Ekane :quand le Cameroun enterre ses héros dans la controverse :: CAMEROON

Le 29 décembre devient une date symbole. Ce jour-là, les avocats des ayants droit d'un nationaliste camerounais décédé en prison se heurtent à un refus catégorique du ministère de la Défense. Impossible de récupérer la dépouille pour organiser des obsèques dignes. Pour Maître Emmanuel Simh, conseil de la famille, cette confiscation d'un cadavre révèle une dérive autoritaire sans précédent.

Un mort qui dérange encore

Anicet Ekane n'est pas un inconnu dans l'histoire récente du Cameroun. Militant de la cause anglophone, il incarnait cette génération d'activistes prêts à tout pour défendre leurs convictions. Sa mort en détention dans des circonstances troubles avait déjà soulevé l'indignation. Mais c'est aujourd'hui, post-mortem, que l'État camerounais franchit une nouvelle ligne rouge.

En refusant la restitution du corps, les autorités empêchent toute cérémonie, tout rassemblement, toute commémoration. La stratégie est claire : éviter qu'un enterrement ne se transforme en tribune politique. Le pouvoir craint les foules, les symboles, les martyrs.

Quand la justice devient otage

Maître Simh dénonce une instrumentalisation de la procédure administrative. Aucune raison légale ne justifie cette rétention. Aucun texte n'autorise l'État à séquestrer indéfiniment une dépouille. Pourtant, les familles restent dans l'impasse, coincées entre deuil personnel et bras de fer institutionnel.

Cette affaire illustre une pratique de plus en plus courante dans les régimes autoritaires : contrôler jusqu'à la mort de leurs opposants. En confisquant les corps, on confisque aussi la mémoire, les récits, les hommages. On efface symboliquement l'existence même de la dissidence.

Un Cameroun asphyxié

Plus largement, cette crise institutionnelle s'inscrit dans un contexte explosif. Depuis huit ans, les régions anglophones du Cameroun vivent une guerre civile larvée. Répression militaire, déplacements massifs, économie effondrée : le pays se fragmente sous les coups d'une politique sécuritaire brutale.

L'affaire Ekane devient alors un révélateur. Elle montre jusqu'où un régime peut aller pour museler toute forme de contestation. Y compris celle des morts. Y compris celle des familles en deuil. Le message envoyé est glaçant : même dans la mort, vous ne serez pas libres.

Une bataille pour la dignité

Face à cette situation, les avocats envisagent toutes les options juridiques. Recours devant les tribunaux nationaux, saisine des instances internationales, mobilisation médiatique. Mais chacun sait que la bataille sera longue. Et peut-être vaine.

Car au-delà du cas individuel, c'est toute une population qui se reconnaît dans ce combat. Celle des familles brisées par la répression. Celle des communautés qui pleurent leurs disparus sans pouvoir les enterrer. Celle d'un pays qui étouffe sous le poids d'un autoritarisme assumé.

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