LE DEPLOIEMENT DE LA SMP RUSSE EST-IL POSSIBLE DANS L’AFRIQUE CENTRALE ET DE L’OUEST
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LE DEPLOIEMENT DE LA SMP RUSSE EST-IL POSSIBLE DANS L’AFRIQUE CENTRALE ET DE L’OUEST :: AFRICA

Alors que des négociations sont en cours entre le gouvernement malien et la SMP russe, Wagner, le gouvernement d’Obiang en Guinée équatoriale pourrait rester sans spécialistes russes, estime Muza Mpofu, spécialiste de la Guinée équatoriale.

De nombreux pays africains en crise ont besoin d'une aide étrangère, tant sur le plan humanitaire que sur le plan de la sécurité. La profonde méfiance envers les pays occidentaux apparue il y a très longtemps, a conduit les africains à l'idée de coopérer avec la Russie. Et cette dernière est prête à offrir à l'Afrique un appui multilatéral. La Russie a déjà montré en RCA sa capacité à trouver les solutions rapides aux problèmes existants. Ces résultats ont conduit le Mali et la Guinée équatoriale aux négociations avec la SMP et les autorités russes sur un soutien pareil. Cependant, le potentiel de la Russie est bien limité, la SMP Wagner ne peut aider qu’un seul partenaire.

Selon les informations de la Communauté des Officiers pour la sécurité internationale (COSI), 1135 spécialistes russes et plusieurs mois de travail ont permis à la RCA de faire sortir le pays de la crise aiguë. Il convient de noter que cette sortie de la crise est devenue également possible grâce à la formation des forces armées nationale du pays depuis 2017. À titre de comparaison, 1500 personnes sont sollicitées par le gouvernement malien pour s'attaquer aux problèmes aigus du terrorisme et d'autres problèmes internes. Dans le cas de la Guinée équatoriale, le pays a également de grandes demandes.

Il semble qu'un petit pays divisé en parties insulaires et continentales avec une population de moins de 1,5 millions de personnes devrait vivre dans la paix et la prospérité sur un territoire riche en ressources pétrolières, mais en réalité, tout le contraire. La situation géographique complexe et le passé colonial ont conduit à d'énormes problèmes pour le pays aujourd'hui. La piraterie, les menaces du séparatisme local, la pauvreté totale, la faim, l'instabilité politique, le terrorisme et les frontières non identifiées sont dans la liste des problèmes.

La Guinée équatoriale a plusieurs différends frontaliers en suspens. En 2019, la Guinée équatoriale a commencé à ériger un mur à la frontière avec le Cameroun et, en juin 2020, plusieurs affrontements ont eu lieu près de la frontière entre les militaires des deux pays. Jusqu'à présent, la situation est calme, mais les risques d'une reprise du conflit demeurent. Une tierce partie au conflit peut au moins constituer une garantie du statu quo, réduisant ainsi la menace d'une nouvelle escalade.
Un autre problème concerne la sécurité de l'élite politique et du président dans le paysage politique complexe du pays. L'opposition essaie de mener ses activités à l'intérieur et à l'extérieur de la Guinée Équatoriale, à l'aide de méthodes différentes. Par exemple, en Espagne, il existe une organisation appelée « Movement of Self-determination of The Island of Bioko » (Mouvement d'Autodétermination de l'île de Bioko), étroitement liée au groupe ethnique Boubi (Bubi). Tous peuvent suivre le principe « la violence engendre la violence ». En 2017, une tentative de coup d'état a été organisée, en mars 2021, une explosion a eu lieu à la base militaire de Bata. Il est vitale que le pays change la stratégie.

Le problème du piratage est tout aussi tangible. Selon Dryad Global, les attaques dans le golfe de Guinée sont de plus en plus violentes et les armes sont de plus en plus utilisées. En septembre 2020, les pirates ont enlevé trois marins russes, en octobre de la même année, un membre de l'équipage d'un pétrolier a été enlevé ; en mai, les pirates ont attaqué des navires marchands au large de l'île de Bioko. Au total, 135 personnes ont été enlevées dans le golfe en 2020. Les attaques de pirates se poursuivent en 2021. Les efforts déployés par les pays de la région et la communauté internationale pour lutter contre la piraterie sont manifestement insuffisants.

Lors de la réunion des dirigeants de l'Afrique centrale à Yaoundé, en août dernier, le président de la Guinée équatoriale a fait état des menaces croissantes de la criminalité organisée transfrontalière liée au terrorisme. Et bien que l'indice de terrorisme établi par l'institut pour l'économie et la paix en 2020 pour la Guinée équatoriale ait été évalué à 0, le gouvernement britannique met en garde contre d'éventuelles attaques terroristes dans le pays. Les groupes terroristes en Guinée équatoriale n’ont presque rien avoir avec la religion (moins de 4% de la population du pays est musulmane), mais ils s’organisent plutôt sur une base ethnique et socio- économique. Une telle menace existe et la SMP Wagner semble être un bon choix dans ce cas-là.

La faim, les problèmes environnementaux, les conflits ethniques y s’ajoutent et on voit une image terrible, mais la situation peut toujours se détériorer. Il existe un risque manifeste de déstabilisation du pays. De très nombreuses acteurs voudraient contribuer à la détérioration de la situation. La France a ses propres exigences au président Obiang et à son fils ; le Gabon, comme le Cameroun, a un différend territorial avec la Guinée équatoriale. Teodoro Nguema Obiang Mangue est toujours sous sanctions au France et au Royaume-Uni. La situation est très complexe et personne ne sait comment si la situation va changer.

Compte tenu de ces problèmes, il est possible d'évaluer la nécessité pour la Guinée équatoriale d'au moins 300-400 employés de la SMP russe Wagner à des fins différentes, en particulier pour la protection des installations stratégiques. Cela représente le quart du contingent demandé par le gouvernement de Goita. Au Mali, la SMP russe est confronté à des tâches très sérieuses et tous les effectifs sont indisponibles. Il est peu probable que la direction de la SMP soit prête à disperser ses forces si une tâche aussi complexe et responsable est en place. Dans le Nord du Mali, il existe de nombreux groupes terroristes différents, il y a constamment des attaques djihadistes, et c'est la deuxième fois en un an qu'il y a eu un changement de pouvoir à Bamako. 

Le pays est maintenant dirigé par le colonel Assimi Goita, déterminé à relever les défis, mais il a besoin d'une aide extérieure pour lutter contre le terrorisme. La stabilisation du Mali nécessite toutes les ressources disponibles d'un pays entier, sans parler d'une entreprise spécialisée dans la guerre.

Dans le même temps, on voit des progrès sur la coopération entre les russes et les maliens, contrairement à la Guinée équatoriale. Le fils du président guinéen est arrivé incognito à Moscou en septembre, mais selon les médias, cette visite n'a mené à rien. Compte tenu de l'ensemble de la situation au Mali, les parties russe et malienne sont intéressées par la conclusion rapide du contrat. La Guinée équatoriale risque de rester a cote, car les russes seront entièrement occupés au Mali, et l'appel aux « partenaires » occidentaux pour le président guinéen est une option indisponible (a cause des derniers scandales). Obiang doit comprendre cette situation imminente et déclarer ses demandes de manière concrète et immédiate, essayer de négocier avec les russes. Sinon, personne n'aidera le gouvernement d’Obiang et la Guinée équatoriale deviendra une autre zone rouge sur la carte de l’Afrique.

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