Tatiana Matip : « Le cinéma camerounais n’est pas organisé »
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Tatiana Matip : « Le cinéma camerounais n’est pas organisé » :: CAMEROON

Détectée très jeune par ses enseignantes, la talentueuse actrice est aussi formatrice en écriture des scénarios, qui est pour elle, la base d’un bon film.

Est-ce que¨petite vous rêviez de faire du cinéma ?
J’avais peur. Ce sont mes maîtresses Mme Njoki et Mme Momaso qui m’ont dit vas-y ! Tu peux le faire. Elles m’ont encouragé. Après c’est une demoiselle pour intégrer le club cinéma en 3ème au lycée. Comme mon mari Ruben Binam qui m’a encouragé à apprendre aux enfants, à écrire des scénarii. Ce n’était pas dans mes ambitions de faire du cinéma. Mais des amis, des connaissances ont vu un potentiel en moi. Je me suis retrouvée dans cette industrie par la force des choses. C’est depuis deux ans seulement que je veux faire uniquement du cinéma. J’aime le cinéma et je veux le meilleur pour ceux qui viennent d’arriver dans le métier. 

Vous êtes décrit comme quelqu’un d’humble, d’altruiste. Vous reconnaissez-vous dans cette description ?
Humble, oui c’est ce qu’ils disent tous, altruiste oui, Ils le disent aussi. Si tout le monde dit quelque chose de vous certainement c’est vrai. Je ne saurais dire c’est comme ça que je suis. C’est donc certainement cela. Je me souviens de quelqu’un avec qui je parlais il y’a quelque temps, un camarade de 20 ans que j’ai vu récemment. Je parlais avec lui, il me dit mais ce n’est pas possible Tatiana mais tu es complètement humble ! Regarde du sommet où tu es, tu viens, tu parles avec moi comme si on s’est séparés hier devant la salle de classe. 

Le public vous découvre en 2006 dans le film « Confidences ». Comment décrochez-vous ce rôle ? 
Il faut de l’argent pour ma pension à l’université de Ngoa-Ekelle, je suis en 2ème année Biochimie, je ne sais pas comment l’avoir. Alors je me souviens de mon talent depuis la maternelle. Je fais rire tout le monde et dès mon premier essai j’avais obtenu le premier rôle. Les gens disaient, elle fait comme dans le cinéma. Alors, je vois une annonce pour un film, je me dis film c’est cinéma. Je peux me faire des sous et payer ma pension. Le casting était au Centre culturel camerounais et je ne savais pas où ça se trouvait. Après les renseignements, j’y suis arrivée toute en sueur et Cyrille Masso m’avait remarquée. Je lui ai demandé de quoi il était question et il était tout émerveillé. Il s’agissait d’une publicité de Nestlé. Il a mis 3 étoiles sur mon nom et il m’a dit que lorsqu’il tournerait un film il fera appel à moi. 

Deux semaines plus tard, je le contacte et il est en pleine préparation du tournage de son film. Lorsque le scénario sort, il me dit : il n’y a pas beaucoup de rôle pour les filles, tu vas certainement jouer le rôle d’une fille de mauvaise éducation. Il y’avait le rôle de Rita qui est d’ailleurs mon tout premier rôle dans le cinéma. Il me dit si tu veux jouer ce rôle, il faut que tu sois plus forte que l’actrice professionnelle qui est là. C’est ce rôle qui me plaisait. J’ai prié pour que cette fille ait un travail ailleurs pour que j’aie ce rôle. Et c’est ce qui s’est passé. 

Votre histoire avec le cinéma…
Dans « Confidences », les gens ont adoré. Pendant 4 ans, je fais des courts métrages, de Thierry Ntamack. J’ai commencé à écrire et je cherche des acteurs, qui ne savent pas jouer comme je veux. M. Binam me dit, forme les ! C’est ainsi que Tatian’art ciné est né. C’est lui qui donne le nom, premier acte. J’ai écrit le scénario de « Ta fille n’est pas ta femme » de X-Maleya. Deux de mes étudiants ont été choisis pour jouer les premiers rôles. Le clip est sorti mais pas encore le film. J’ai été directeur artistique de ce film. J’ai passé mon temps à prier en attendant. Je n’avais pas de téléphone. Axel Abessolo m’appelle. Il y’avait un casting ivoirien et je suis prise sur le champ après 14 ans, « Capitales africaines : Yaoundé ». Je suis ensuite sollicitée par Thierry Ntamack qui me dit : j’ai besoin d’émotions. Il s’agissait du film « Ne crains rien je t’aime ». J’ai tourné ce film étant malade. Léa Malle m’appelle à la rescousse pour jouer le rôle de l’avocat dans son film « Innocent (e)». Je travaille dans l’équipe du festival Yarha. J’ai remporté trois prix avec « Je ne crains rien je t’aime ». Les gens aiment mon jeu d’acteur. J’ai aussi été maîtresse de cérémonie pour les Ecrans noirs, le festival Yarha. La deuxième édition de Tatian’art ciné se prépare. Nous travaillons au Musée, le Minac nous a offert cet espace. 

«Tatian’art ciné » se prépare. Mais vous continuez de former. Vous avez par exemple donné un master-class lors de la Semaine du Cinéma début avril…
Durant ce master-class, j’ai parlé de ma vie aux participants, de ce que j’ai vécu. Ce n’est pas parce que le premier film est sorti que je me considérais comme une star. Je leur enseigne à bosser dur. Pour effectuer ce travail de formatrice, je me documente beaucoup. Je lis des tas de livres sur le cinéma et je prie également le Seigneur qui a fait briller Tatiana Matip. Aujourd’hui, ces jeunes connaissent mon parcours. 

Dans votre parcours, on remarque une longue absence. Vous revenez au-devant de la scène en 2018. Quelles sont les raisons de cette absence?
J’étais à la maison avec mon bien-aimé. J’étais en formation avec M. Ruben Binam qui est d’ailleurs un excellent formateur. Il fallait que l’enfant quitte pour que la femme arrive. C’était le temps du mûrissement parce qu’il me formait pour ça. Je créais cette Tatiana Matip qui va évoluer en force avec la grâce de Jésus Christ.  

Pour tous, le film « Ne crains rien je t’aime » est une renaissance. Votre avis.
Je crois que c’est la prestation et les gens sont heureux. C’est comme ça depuis mon enfance, depuis la maternelle. Quelqu’un a ce don là et il reste avec. J’ai fait 14 ans sans donner de nouvelles, je suis revenue et mon travail a encore ébloui le public. 

Vous n’acceptez pas tous les rôles qui vous sont proposés. Alors comment choisissez-vous vos films ?
Il faut d’abord que le scénario respecte les normes internationales. Ensuite, il faut que l’histoire soit belle, intrigante. Si elle n’est pas passionnante écrite, elle ne le sera pas à l’écran. Lorsqu’elle est pleine d’intrigues et qu’on me donne un rôle conséquent, qui soit intéressant en ce moment, je dis oui. J’accepte de jouer. Pour préparer ce rôle, je lis d’abord le scénario et je mets tout ce que le personnage est dans le texte dans le contexte. Je prends les modifications du directeur artistique et du réalisateur et puis je crée mon film. Quand j’ai fini de créer, je joue. Quand je joue, s’il y’a encore des modifications je corrige à nouveau pour donner le jeu final. Quand le projet de film est bon, je joue autant le rôle de composition que la comédie. Si on ne peut pas les créer pour moi, moi-même je les crée. 

Quel votre regard sur le cinéma camerounais en général et la place des femmes dans cette industrie ?
Le cinéma camerounais est en pleine évolution. On a le film «The Fisherman's Diary » qui a été rtenu pour représenter le Cameroun aux oscars. Avant, on n’aurait pas pensé à ça. Le cinéma camerounais évolue mais il n’est pas organisé. On ne saura pas combien un acteur peut gagner au Cameroun, un technicien. Les enfants arrivent, ils ne savent pas où donner de la tête. On ne sait comment sont gérés les droits voisins du droit d’auteur. On ne sait pas qui gère les salles de cinéma. On ne sait rien. On a le temps pour la production. C’est nous les artisans qui devons réformer le cinéma pour qu’il soit accessible à tous. Il faut commencer au primaire. On joue par passion. On fait déjà des oeuvres avec une qualité technique. 

Le son est bon. Les images sont belles seulement, le contenu ne vient pas. Il faut former les gens à écrire les scénarios comme je le fais. Les labels doivent suivre un organigramme. Il faut que les gens soient à leur place si non qu’ils quient. Les femmes sont en train de prendre des initiatives. Sylvie Nwet du Yahra festival, Syndy Emade ; Françoise Ellong, avec les Lfc Awards ; Lucie Memba, Emy Dany Bassong qui n’ont pas le soutien des réalisateurs. Mme Ngo Ndap qui est costumière. Nous sommes là et nous évoluons. Chacune de nous a sa place. Au fur et à mesure nous allons évoluer selon que le temps nous le permet et le milieu. Nous allons transformer le milieu. 

Quels sont vos projets à court, moyen et long termes?
Les projets à court terme : il faut que j’aie mon diplôme de réalisatrice. Que je sorte un film. Plusieurs personnes l’attendent même les producteurs. A long terme, j'écrirai des séries avec les enfants que je forme. 

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