PÉTITION AU CONGRÈS AMÉRICAIN : La phase cachée
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Tout sur la lettre controversée adressée le 22 févier aux élus des Etats-Unis par 62 députés camerounais.

Ce n’est pas la grande sérénité dans les rangs des 62 députés pétitionnaires qui, le 22 février dernier, exprimaient leur consternation face à l’acharnement de leurs homologues parlementaires américains à entretenir « une image extrêmement négative du Cameroun », en multipliant des « mensonges » sur le caractère massif des violations des droits de l’homme de la part de l’armée camerounaise dans le cadre de la guerre qu’elle mène depuis quatre ans contre les séparatistes anglophones dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. S’ils ne regrettent pas d’avoir haussé le ton dans cette pétition – ils considèrent d’ailleurs que les remarques des membres du Congrès américain vis-à-vis du Cameroun sont des plus hostiles et désobligeantes -, les signataires se demandent comment le document s’est retrouvé sur les réseaux sociaux. « Ce n’est pas nous qui avons mis le document sur Internet. 

Nous avons, en tant qu’élus du peuple, écrit aux représentants américains en utilisant les canaux de communication adaptés à la diplomatie interparlementaire, pour leur dire que les faits qu’ils décrivent dans la lettre envoyée au président Joe Biden ne cadrent pas avec la réalité », explique le président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale,  Banmi Emmanuel Dingha. 

Au sujet des vives critiques qu’essuient ses collègues et lui-même relativement à leur initiative qui tombe comme un cheveu sur la soupe étant donné qu’aucun débat sérieux n’a été inscrit à l’ordre du jour du Parlement camerounais sur la question anglophone depuis quatre ans, le député du Ngoketunjia-sud dans le Nord-Ouest, qui fait partie des chefs de file de la pétition controversée, se défend en soutenant qu’il n’a jamais été question de polir le gouvernement, encore moins de dire que les forces de défense et de sécurité étaient incapables d’exactions sur des civils. 

« Il y a des bavures, et ceux-ci ne restent pas impunis. Vous avez les cas de Ndu et Ngarbuh [Nord-Ouest, Ndlr], où les responsables ont été sanctionnés et mis aux arrêts. On ne peut pas ériger les manquements des individus en règle de gouvernement ; c’est pourquoi nous n’acceptons pas que les congressistes américains tentent de faire croire à l’opinion internationale, sur la seule base des fausses informations reçues des Ong et des financiers de la sécession au Cameroun, que les exécutions sommaires sont une règle dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest », fulmine Banmi Emmanuel Dingha. A l’en croire, n’eût été la situation sanitaire actuelle qui rend difficile les déplacements à l’international, des émissaires de l’Assemblée nationale auraient simplement été dépêchés à Washington rencontrer leurs homologues au Congrès. 

Enigme

L’une des curiosités de la pétition du 22 février, c’est qu’elle n’a pas été signée par la majorité des députés. Beaucoup ont analysé, a priori, que même le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), qui jouit d’une majorité obèse de 152 élus sur 180 à la chambre basse du Parlement, était divisé sur une telle initiative. Mais selon nos informations, tout est parti d’une réunion informelle à l’hôtel des députés entre le président de la commission des Affaires étrangères et quelques députés, tous élus dans les circonscriptions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il s’agit, au départ, de faire signer la pétition par l’ensemble des députés. 

« Mais étant donné que nous sommes dans l’intersession [la session au Parlement s’ouvre le 11 mars prochain, Ndlr], il nous a semblé impossible de pouvoir joindre tout le monde. Nous convenons donc d’associer uniquement les députés qui sont présents à Yaoundé et ses environs au moment de la rédaction du document », rapporte l’un des initiateurs. C’est ce qui explique, apprend-on, que la majorité des élus anglophones qui ont élu domicile à l’hôtel des députés depuis le déclenchement de la crise aient apposé leurs noms au bas du texte. 

A côté de cet indice, il y a la signature du président du groupe parlementaire Rdpc à l’Assemblée nationale, Jean Bernard Ndongo Essomba, qui aurait joué un rôle déterminant dans la mobilisation de ses camarades, notamment ceux qui résident de manière permanent dans la capitale. La grande énigme reste le processus ayant conduit à la signature de la lettre par deux élus du Social Democratic Front (SDF), notamment Joshua Osih et Njong Evaristus Ndim. De source bien informée, le premier qui est par ailleurs premier vice-président de ce parti, aurait été informé de l’initiative d’une pétition alors qu’il se trouvait dans sa circonscription électorale, Douala. Mais dans le même temps, les initiateurs de la pétition ont esquivé Jean-Michel Nintcheu (Wouri) et Benilde Djeumeni (Moungo), deux autres députés SDF. De même que Cabral Libii du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn) et ses quatre autres camarades qui siègent à l’auguste chambre. 

En tout cas, dans une réponse qu’il apportera à la suite des critiques dont il a fait l’objet y compris de la part de ses camarades de parti qui le soupçonnent de collusion avec le pouvoir, Joshua Osih maintient qu’il s’agissait d’une démarche « diplomatiquement correcte ». 

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