Laudation de Djaili Amadou Amal : Quand ça tourne à l'atalakou
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Le sacre de Djaili Amadou Amal au prix Goncourt des lycéens et prix Orange du Livre en Afrique n'a décidément pas fini de faire parler. En voici pourtant une nouvelle mouture dont on aurait bien pu se passer Et qui vient encore une fois, par ironie du sort, illustrer la grosse comédie qui s'est jouée et continue de se jouer, alors même que les spectateurs ont déjà entraperçu le mouchoir qui débordait de la manche du magicien.

En dernière sortie, un article publié sur la toile, où les mots par endroits sifflaient comme des balles. Un genre de "règlement de comptes à Ok Corral". Ça tirait un peu dans tous les sens. La cible à abattre, les lecteurs qui sur les réseaux sociaux ont eu l'outrecuidance de dire ce qu'ils pensaient du « livre culte » de Djaili Amadou Amal. Comme s'ils étaient plus intelligents que certains auteurs et autres personnes ressources qui ont salué sa récompense et dit beaucoup de bien sur le livre, même s'il paraît qu'on s'est mis à plusieurs pour l'écrire et réécrire, ce « chef-d'œuvre », sous la très généreuse supervision de la Fondation Orange.

Seulement voilà, il n'y a pas que la plèbe sur les réseaux sociaux. Il s'y trouve aussi des écrivains de renom, des universitaires, ou encore des critiques littéraires, comme (prêtons-lui la casquette) un certain Monsieur Alliance Nyobia, signataire de cet article pourfendeur des usagers des réseaux sociaux. Il est, excusez du peu, journaliste à Cameroon Tribune, le journal officiel, chef de quelque chose là-bas, il a tenu à le faire savoir. Justement, quand la pensée unique devient le propre de la Mainstream, il ne reste plus aujourd'hui à l'honnête homme que les réseaux sociaux pour pouvoir s'exprimer, y compris pour Monsieur Nyobia.

Le 9 janvier dernier, sur WhatsApp, Monsieur Nyobia aurait, de source crédible et démontrée, réagi à des commentaires critiques sur le sacre de Djaili Amadou Amal au prix Goncourt des lycéens 2020 par le pouce levé, cela veut dire, pour ceux qui ne sont pas familiers de la chose, qu'il a approuvé ces critiques. Mais peut-être s'était-il mépris avec son clavier ; essayons ceci : le 12 janvier, selon la même source (démontrée), à la suite du lien d'un article intitulé « Le désenchantement des lecteurs de Djaili Amadou Amal », et d'un petit commentaire ironique qui l'accompagnait, M. Nyobia est parti d'un éclat de rire en écrivant « Lol » (Laughing out loudly). De même, le 25 du même mois, en-dessous d'un autre lien similaire accompagné d'un petit mot critique, il n'a pas manqué d'écrire « Merci ». Pas besoin d'un dessin pour comprendre... Mais voici que lorsqu'il écrit cet article « officiel », M. Nyobia n'a plus sur le même sujet la même opinion qu'il avait sur WhatsApp, il la combat même avec hargne (Cf. Pierre reniant le Maître) : c'est là, ma foi, que nous pourrions peut-être avoir besoin d'un croquis.

Pour ceux qui connaîtraient M. Nyobia, ils savent peut-être aussi que son profil WhatsApp est sans image, du moins à ce jour, et que son numéro de téléphone en usage sur ce réseau social se termine par le chiffre 3. Voilà deux petits indices pour dire que des éléments probants ont bel et bien été soumis à notre appréciation, et nous ont décidé à partager avec vous cette curiosité.

Ceci pourrait être un cas d'école, si l'on n'était pas déjà accoutumé à ce genre de manœuvre. On se souvient que nous avons, en 2017, publié un article intitulé « La littérature africaine ne manque pas de génies mais de critiques ». Le texte avait été relayé sur diverses tribunes, dont Jeune Afrique et Africultures. Nous y déplorions alors comment, avec une quelconque monnaie d'échange, on pouvait se mettre les critiques littéraires et même certains universitaires sans scrupules dans la poche, avoir son livre encensé sur les tribunes les plus officielles, reconnu comme chef-d'œuvre par des intellectuels « gombistes », ou même, le nec plus ultra, lui payer tout bonnement une place parmi les manuels de nos programmes scolaires. C'est peut-être le moment de relire cet article, à la lumière de ce nouveau cas de figure.

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