Voyages à l'étranger : le calvaire du test Covid-19
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Sans le résultat avec la mention : « Absence d’ARN du Covid-19 », il est impossible d’embarquer à bord d’un avion. Récit d'un parcours chaotique. 

Hôpital Laquintinie de Douala ce jeudi 03 décembre 2020. Il est 6h30. Le climat est frais. Le bruit des oiseaux et le frémissement des feuilles des grands arbres est bien perceptible. Cette harmonie est vite rompue avec des pleurs en provenance du pavillon de ‘’Neurologie’’. Un patient vient visiblement de rendre l’âme. « Nous avons un mort ici. Appelez le médecin de garde. Qu’il vienne retirer la perfusion», lance une voix au loin. Des lamentations s’en suivent. A plusieurs lieux de là, devant le centre d’isolement de Covid-19, c’est encore le calme plat. La grande cour est déserte. Pas l’ombre d’une personne sous les deux bâches blanches dressées ici. Une chaise en plastique disposée devant le centre accueille les deux seuls visiteurs qui s’annoncent sur les lieux à l’instant. 

Ils sont venus pour passer un test Pcr Covid-19. Ce document avec un résultat ‘’négatif’’ est exigible pour le voyage qu’ils doivent effectuer hors du pays dans les deux prochains jours. Une feuille de papier format A4 est posée sur la chaise en plastique. Il faut y inscrire son nom et attendre l’ouverture des bureaux à 8h pour être ensuite reçu pour les prélèvements, selon l’ordre d’inscription sur la liste. Même s’il n’y a pas une âme visible autour, les deux premiers venus occupent les numéros 10 et 11 sur la liste qui affiche déjà neuf noms. «Il y a des personnes qui voient ceux qui travaillent ici. Ils écrivent leur nom sur la feuille la veille. En déposant la fiche tôt le matin, il y a déjà leur nom dessus », explique l’un des deux premiers usagers à arriver ce jeudi matin. Il a remarqué sur la liste le nom de son ami médecin inscrit en numéro 3. Il faut attendre quelques minutes avant de voir les autres usagers arrivés progressivement, le pas alerte. 

A 7h40, l’endroit grouille déjà de monde. La fiche a atteint les 71 noms. Tandis que les nouveaux arrivants inscrivent encore leur nom, d’autres s’occupent comme ils peuvent en attendant l’arrivée de l’équipe de prélèvement. Quatre asiatiques ont pris position près de leur véhicule stationné dans un coin de la grande cour. Ils discutent entre eux. D’autres usagers ont pris place sur des parpaings disposés le long du couloir qui mène au centre d’isolement. Les quelques vingt chaises disposées sous les tentes sont toutes prises. Il faudra attendre 8h20 pour voir passer l’équipe de prélèvement munis des kits. A 8h30, l’appel commence. A l’écoute de son nom, l’usager doit se précipiter pour récupérer une fiche à renseigner. La fiche est numérotée. Il y renseigne des informations telles la date du jour, son nom, sa date de naissance, son âge. Pas besoin de cocher les cases relatives aux symptômes. A la lecture, les deux premiers noms sur la liste manquent à l’appel. Les numéro 6 et 7 aussi ne sont pas présents. Une fois les fiches remplies et retournées, on est classé sous la première bâche par ordre. A l’appel d’un nom, le patient se lève et se dirige vers la deuxième tente. Il prend place sur une chaise, baisse son cache nez au niveau de la bouche et incline la tête. 

Les 48 heures qui fâchent

Les deux agents chargés du prélèvement sont vêtus de blouses blanches et de gants. Ils enfoncent un écouvillon (une sorte de coton tige) dans chacune des deux narines et conserve le prélèvement dans un tube à essai qui porte le nom du patient. L’opération dure à peine dix secondes. Les patients sont reçus par vague de quatre. Même si l’opération de prélèvement en elle-même ne dure que quelques secondes, il arrive que l’équipe de prélèvement passe un peu plus de 5 minutes avec un groupe de quatre. Comme c’est le cas à l’instant. Alors que nous sommes jeudi, une dame qui vient de passer le prélèvement apprend qu’elle doit récupérer les résultats dans 48 heures, soit samedi. « Mais mon vol c’est samedi. Ce n’est pas possible !

Et je dois envoyer mon test 24 heures avant en ligne, et remplir un formulaire sans quoi je ne peux être accepté à bord de l’avion», avance la dame d’un ton colérique. «Vous voyagez à 10h n’est-ce pas ? Le test est valable 72 h. Vous pouvez passer récupérer votre résultat à 8h jeudi avant de vous rendre à l’aéroport », informe l’un des deux agents en poste. La dame dépitée se lève et prend congé, en secouant la tête. Elle marmonne quelques mots en s’éloignant. « Il faut être à l’aéroport au moins deux heures avant ! », lance -t-elle, entre autres paroles empruntes de colère. Ils sont plusieurs à avoir la même réaction lorsqu’ils apprennent la nouvelle. 

Magouilles

Peu avant son prélèvement, un jeune homme visiblement gêné par la date annoncée pour le retrait des résultats est abordé par l’un des deux vigiles en faction. «Il y a un soucis ? Venez », demande le vigile qui entraine le jeune homme à l’écart. Il lui tend ensuite un papier format et lui demande d’y inscrire son nom et son numéro de téléphone. «Ton résultat sera disponible demain en soirée. Je vais t’appeller moimême pour te le remettre », indique le vigile au jeune homme avec qui il vient visiblement de passer un deal. Le même vigile a été aperçu dans la même journée toujours à l’écart, avec d’autres patients qui inscrivaient leur nom sur « sa » liste. Impossible d’aller voir ailleurs, dans un autre centre de la ville. L’hôpital Laquintinie est le seul site recommandé pour passer les tests Pcr Covid-19 à Douala et délivrer les résultats exigibles pour toute personne qui désire voyager par avion. Le test Pcr Covid-19 est gratuit. Il faut présenter un résultat avec la mention : « Absence d’ARN du Covid-19 » pour être désormais accepté à bord d’un avion, selon la réglementation. 

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