World news CAMEROUN :: Cameroun/Afrique : Changement du système ou changement dans le système ? :: CAMEROON CAMEROUN INFO - CAMEROUN ACTU
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CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance : Par Louis-Marie Kakdeu, PhD & MPA
  • samedi 26 septembre 2020 15:12:00
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World news CAMEROUN :: Cameroun/Afrique : Changement du système ou changement dans le système ? :: CAMEROON CAMEROUN INFO - CAMEROUN ACTU

Lorsqu’on parle de changement du système, tout le monde est d’accord. Pourtant, à l’évidence, beaucoup travaillent, consciemment ou non, pour le changement dans le système.

Par exemple, en Côte d’Ivoire, l’élection présidentielle va probablement opposer dans un mois Alassane Ouattara à Henri Konan Bédié : En cas d’alternance, même démocratique, s’agira-t-il d’un changement de système ou d’un changement dans le système ? Aussi, une transition vient d’être déclenchée au Mali : Observe-t-on les signes de la rupture ? De façon générale et au regard de la paupérisation avancée et continue du continent, peut-on dire que les Africains se battent pour rien ?

Dans le cadre de cette réflexion, je me propose d’expliquer la notion de système et de donner quelques indicateurs de la rupture de système.

Dans un article paru dans Espace Temps en 1999, Jean-Jacques Roche pose cette question pertinente de « Changement de système ou changement dans le système ? ». Pour faire simple, on entend par système, un tout cohérent ; un ensemble d’éléments reliés entre eux et qui interagissent réciproquement selon une règle, une loi, un principe. Cela suppose que si l’interaction ou la liaison est rompue, alors le système cesse de fonctionner (loi des systèmes). On parle alors de rupture. Je reprends : la rupture est l’interruption du lien qui tenait les différents éléments d’un système et leur permettait d’interagir. Ce qu’il faut dire enfin est que le système est constitué de sous-systèmes qui sont liés et qui concourent à l’accomplissement de la même mission. Vous comprenez donc qu’un système a sa structure organisationnelle (en cercle fermé), ses règles de fonctionnement, sa mission, la répartition des fonctions/responsabilités et ses ressources (humaines, matérielles, financières). En un mot, c’est une machine, un appareil.

Les éléments se tiennent dans un système sans que l’un ne puisse dire qu’il peut fonctionner sans les autres. Dans l’appareil circulatoire humain, le cœur est peut-être l’élément le plus important ; mais, le cœur ne saurait faire seul fonctionner le corps humain. Dans une voiture, le moteur est peut-être l’élément le plus important ; mais, le moteur ne saurait faire seul fonctionner une voiture. Dans un pays, le président de la république est certes la personnalité la plus importante ; mais, le président ne saurait faire fonctionner à lui seul un pays. On remplace les éléments défectueux d’un système ; on ne supprime pas leurs fonctions. On parle alors de renouvellement du système.

La notion de système est utilisée dans une vingtaine de disciplines mais, il utilise plus ou moins le même principe. Nous nous limitons ici à parler du système politique et éventuellement économique.

Un système politique, pour faire simple, est le mode d’organisation et de fonctionnement d’un Etat. Généralement, il se décompose en sous-systèmes : régime politique (régime Biya par exemple), modèle économique (mécanisme de création et de distribution des richesses), modèle social (mode d’organisation des interactions entre les différentes entités de la société), etc. De quel changement parlons-nous souvent : le changement d’un sous-système ou le changement de tout le système ? Pire encore, va-t-on dans un sous-système changer un élément ? Par exemple, veut-on aller dans le régime Biya changer un individu ?
Lorsqu’on parle de système ou de régime Biya, il s’agit de quoi ? Il s’agit d’un régime néo-présidentiel (hyper présidentiel) caractérisé par l’hyper concentration du pouvoir entre les mains d’un seul individu. Une des dérives a été la création d’un réseau de clientélisme hiérarchisé (Miscoiu & Kakdeu, 2020). C’est-à-dire que Biya a créé un réseau de clientèles (citoyens soumis) qui va de la base au sommet, et qui fonctionne selon un rapport hiérarchique rigoureux permettant de tenir les gens politiquement (soumission) et débouchant sur lui, Biya, au sommet. Au niveau de chaque localité au Cameroun, il existe un réseau de clientèles qui remonte jusqu’à Biya au niveau central à Yaoundé. Dans le clientélisme, la soumission se fait contre rétribution : C’est l’idée selon laquelle il faut « entrer dans le RDPC, parti au pouvoir, pour devenir quelqu’un ou faire quelque chose au Cameroun ». C’est d’ailleurs ce que le Premier ministre Achidi Achu expliquait en 1994 lorsqu’il lançait le « politics na njangui » (Kakdeu, 2010).

Celui qui dit vouloir changer le système Biya doit militer pour le changement du système hyper présidentiel et la rupture de son réseau de clientèles. Or, en 2020, aucune personnalité politique ne propose autre chose que l’hyper présidentialisme. Mamadou Koulibaly proposait par exemple en Côte d’Ivoire le système parlementaire. Je sais que vous allez me ramener le débat sur le fédéralisme ici. Or, il s’agit d’une forme de l’Etat et non d’un régime politique. Vous avez des Etats fédéraux hyper présidentialistes ! Un bon système fédéral rime avec un régime parlementaire.

Même en faisant tomber un régime politique, vous avez encore et surtout le problème de création et de redistribution des richesses à résoudre. En 2020, l’esprit communautariste domine encore dans nos pays. Cela nous rapproche du collectivisme connu dans les pays communistes. Il faut défendre la « liberté de propriété des biens de production ». Je ne vois pas comment cela peut se faire sans la défense de la « citoyenneté résidentielle » dans la mesure où cette liberté doit être individuelle. En 2020, aucune personnalité politique ne propose la citoyenneté résidentielle. Nous continuons tous, à raisonner en termes de Bamiléké, Béti, Douala, Bassa, Nordistes, Anglophones, etc. Même Cabral Libii ne croit pas en la liberté individuelle ; il propose plutôt un fédéralisme qui serait communautaire. Ce faisant, au-delà de la forme, il change alors quoi dans le fond ? Rien !

Au-delà des questions économiques, il faut encore penser au changement de notre modèle social : Par exemple, allons-nous briser les barrières culturelles pour offrir les mêmes facilités aux hommes et femmes? Ils ont supprimé en 2012 la chefferie de famille attribuée automatiquement de par la loi aux hommes en Côte d’Ivoire. A ce jour, les conjoints doivent s’entendre et n'importe quel clochard ou irresponsable ne devient pas chef de famille pour la simple raison qu'il est du sexe masculin. A quand le code de la famille au Cameroun ? On veut nous faire croire que n'importe quel clochard est plus intelligent ou important que d'autres pour le simple fait qu'il est originaire d'une région ou parce qu'il est autochtone ! L'unité de mesure de la valeur est l'origine, ce qui est discutable ! Voilà des sujets de fond qui fondent notre société. J’ai déjà eu à parler du foncier aussi. En 2020, toutes les personnalités politiques du Cameroun fuient ces sujets et nous disent qu’ils veulent changer Biya : what for ? Plus grave, d'autres proposent pire que Biya et on appelle tout cela changement juste parce qu'ils ne sont pas au gouvernement. En 2020, le critère d'évaluation d'une personnalité politique est son entrée ou non au gouvernement, ce qui est inadéquat. Aussi, les nationaux et les étrangers auront-ils le même traitement ? Faut-il chasser les Français ou les Chinois comme le pensent certains ou faut-il leur donner des droits et les laisser prendre des responsabilités, même dans la société traditionnelle, comme au Ghana ? Les autochtones et les allogènes auront-ils les mêmes droits et devoirs ? Et la diaspora ? Vous voyez qu’il faut encore régler tous ces problèmes.

En 2020, beaucoup de personnalités politiques vous disent avoir des projets de société qui sont en fait des projets de changement dans le système. Et à l’intérieur du régime, beaucoup semblent s’intéresser uniquement au départ de Biya. Or, si un élément du système saute, comme je l’ai indiqué, on le remplace et le système continue son fonctionnement.

Le but de cette réflexion était de permettre à chacun de savoir où il se trouve dans la lutte pour le changement. Si l’on ne sait pas avec exactitude qui défend quoi, alors il y aura toujours prolifération de ce sentiment de méfiance qui empêche l’émergence de toute action concertée.

Pour ma part, je suis pour le changement du système politique dans sa totalité c’est-à-dire du régime politique, du modèle économique et du modèle social. Nous parlons donc de changement structurel. Il ne sert strictement à rien de se limiter au changement d’un seul élément du système car, il va se renouveler.

Bon weekend !

26sept.
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