CAMEROUN :: Coronavirus: scènes de vie dans un centre de dépistage :: CAMEROON
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CAMEROUN :: SANTE
  • Mutations : Lucien Bodo
  • mardi 23 juin 2020 08:39:00
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CAMEROUN :: Coronavirus: scènes de vie dans un centre de dépistage :: CAMEROON

A l’Hôpital central de Yaoundé, plusieurs personnes accourent pour s’enquérir de leur statut vis-à-vis de cette maladie.

L’atmosphère est pesante dans le centre de dépistage de l’Hôpital central de Yaoundé. Dans la cour exiguë de cet espace aménagé pour dépister des cas suspects de COVID-19, quelques personnes effectuent des va-et-vient, le visage recouvert du masque de l’inquiétude. Sur le site, des médecins et infirmiers en blouses blanches ou vertes s’affairent avec de la documentation et des cartons. L’endroit est désinfecté régulièrement à l’aide d’un pulvérisateur à dos.

Le centre est bondé de monde ce 29 mai 2020. Il est environ 09h du matin, le dépistage n’a pas encore démarré. L’heure n’est encore qu’à la mise en place. Certains usagers commencent à se plaindre de la longue attente. « C’est depuis 05h30 qu’on est là. Comment vous punissez les gens comme ça ? » S’exaspère une dame. Pendant que les uns et les autres font part de leur impatience, une clameur plus forte s’élève de la foule. Une liste de présence serait en circulation. « On a déjà mis nos noms sur une liste par ordre d’arrivée », prévient quelqu’un. « Non, celle-ci c’est pour ceux qui viennent d’arriver », lui répond-on.

Ce bref échange est suivi d’une scène de bousculade, chacun voulant inscrire son nom sur la liste nouvellement créée. Les esprits s’échauffent. Un infirmier en appelle au calme à plusieurs reprises. Un cri dans le désert. Dans cet important espace dans la lutte contre le coronavirus, la distanciation physique n’est pas une réelle préoccupation. Du fait de la forte demande, la promiscuité s’installe très rapidement ici.

Du reste, les nouvelles ne sont pas bonnes. Plusieurs minutes plus tard en effet, une infirmière informe que les personnes dont les noms figurent sur la nouvelle liste doivent revenir le lendemain. L’annonce est mal accueillie. « On a un stock limité de tests », explique l’équipe médicale du centre de dépistage. « Il y a des personnes qui étaient là hier (le 28 mai, ndlr) et qui n’ont pas pu être servies. On doit commencer par elles avant d’enchaîner avec celles qui sont arrivées plus tôt ce matin. On doit également gérer les cas d’urgence », ajoute une infirmière en appelant une fois de plus au calme.

Celle-ci devra s’y prendre à plusieurs reprises du fait d’un refus total de collaborer de la part de certains patients. Les éclats de voix vont durer plusieurs minutes. Dans le même temps, plusieurs personnes venues se faire dépister spontanément sont refoulées à l’entrée. « Vous devez d’abord vous faire consulter avant de venir ici. C’est le médecin qui doit vous prescrire l’examen du COVID-19. Dans le cas contraire, on ne peut pas vous servir. Ici c’est uniquement le dépistage sur prescription du docteur », explique encore l’équipe médicale.

Celle-ci essaye tant bien que mal de faire preuve de tact et de patience devant des usagers très courroucés. Elle doit également affronter le trafic d’influence. En effet, pour essayer de se faire servir avant les autres, certaines personnes utilisent les noms de quelques médecins et responsables de l’Hôpital central comme laissez-passer ; sous le regard menaçant de ceux qui attendent depuis plusieurs heures. « Il faut vous aligner comme tout le monde s’il vous plaît. Ou alors revenez demain », répond à chaque fois avec fermeté une dame en blouse blanche chargée de faire entrer les patients.

Dans ce centre de dépistage, malgré le port des masques faciaux, l’on note une assistance hétéroclite. Des enfants, des adolescents, des adultes et des personnes âgées de tous les sexes. Un autre mélange inquiète certains. Au même endroit en effet l’on retrouve à la fois des cas suspects et des cas confirmés venus pour réaliser un test de contrôle après avoir subi le traitement. Plusieurs usagers en font la remarque. « Quelqu’un va même venir ici bien portant après il va rentrer avec la maladie chez lui », lance une femme assise à même le sol, lasse d’attendre.

Spectre

Le lendemain, ceux qui avaient pu inscrire leurs noms sur la liste évoquée supra sont les premiers à arriver. Le centre vient d’ouvrir ce samedi matin et le nombre d’usagers a quelque peu diminué. Ceci même si les uns et les autres ont toujours tendance à s’agglutiner devant l’entrée principale. Plusieurs personnes préfèrent attendre à l’extérieur. Le relatif silence du jour rompt avec l’ambiance chaotique de la veille. Seul point commun, cette ambiance toujours pesante et ces visages dont on peut lire l’inquiétude malgré le port des masques faciaux.

Le calme est rompu par l’un des patients pris d’une violente et bruyante quinte de toux. Des regards inquisiteurs et apeurés se tournent alors spontanément vers lui. Cette réaction commune provoque un éclat de rire généralisé de l’assistance qui détend quelque peu l’atmosphère.

Moment de répit de courte durée. Ce centre de dépistage est en effet situé juste en face de la morgue de l’Hôpital central de Yaoundé. Alors que les uns et les autres surfent encore sur la vague de la décrispation créée tantôt, deux personnes avec des équipements anti-COVID sortent en courant de la morgue avec un brancard. Elles essayent de courir aussi vite qu’elles peuvent vers une ambulance stationnée quelques mètres plus loin, le moteur déjà en marche. Malheureusement, la distance et la curiosité font que tout le monde a le temps de deviner le contenu de leur colis. Un corps inerte entièrement recouvert.

Face au spectre de la mort, un silence lourd s’installe à nouveau au centre de dépistage. Plusieurs personnes poussent des soupirs dans l’assistance. Une vague de murmures éclabousse l’assistance. Ce jour-là, l’équipe de dépistage commencera enfin à recevoir les usagers vers 10h. Celle-ci va mener les mêmes combats que la veille pour essayer de maintenir l’ordre tout en restant pédagogique.

Décentralisation du dépistage

Si tout se passe bien, la distanciation physique devrait être de plus en plus respectée dans cet espace qui accueille des centaines d’usagers par jour. C’est du moins ce que l’on peut espérer après les récentes annonces du ministre de la Santé publique (Minsanté), Malachie Manaouda. En effet, de nouveaux centres de prélèvements sont opérationnels, notamment à Yaoundé. Il s’agit du Centre de santé intégré de Simbock, du Palais des sports de la ville, du Centre médical d’arrondissement d’Oyom-Abang, du Centre médical d’arrondissement d’Ahala, du Centre de santé intégré d’Ekounou et l’esplanade du stade omnisports.

A ceci s’ajoutent deux sites spéciaux : l’infirmerie de la Délégation générale à la sûreté nationale et l’infirmerie du ministère de la Défense. Le Minsanté annonce également que le Cameroun vient d’acquérir 100 000 tests rapides antigènes. Un saut quantitatif dont le gouvernement espère qu’il participera à décongestionner les centres de prélèvement qui existaient jusqu’ici. Et cela malgré un nombre sans cesse croissant de contaminations.

23juin
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