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© Source : Publié En Collaboration Avec Afrikactuelle.com
- 17 Nov 2016 11:29:34
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Cameroun: Vous avez dit qu'il y a de plus en plus de mendiants au Cameroun? :: CAMEROON
On a toujours un petit pincement au cœur si on n'arrive pas à donner une petite pièce de monnaie à un indigent qui ne demande qu’à pouvoir mettre quelque chose sous la dent. Mais il y a de quoi s’inquiéter face à l’ampleur que prend le phénomène dans les grandes villes camerounaises. La récurrence de ce phénomène oblige que l'on s'y attarde. Regards...
Madame Zenabou a eu la chance de mettre au monde deux enfants en une grossesse. Mais dans la réalité, ses gosses ne répondent pas à la qualification de vrais jumeaux selon la science. Qu’à cela ne tienne, madame va exploiter la situation à fond. Aujourd’hui avoir des jumeaux ou du moins deux enfants sensiblement égaux est une aubaine pour une femme qui n’a rien à faire ou qui ne veut rien faire pour gagner son pain quotidien. Zenabou qui vivait à Mbanga dans le département du Moungo décide de venir dans la capitale économique. Du quartier Ndobo où elle habite, elle parcourt chaque jour la ville pour demander l’aumône au nom des jumeaux. Les pièces qui tombent dans le bol de plastique sont conservées avec soins après avoir donné le minimum vital aux enfants.
Quelle ne fut la surprise du voisinage quand un jour "Magni"(la mère des jumeaux) comme on l’appelait dans le quartier a acheté une moto neuve qu’elle utilise désormais pour se rendre à son lieu de "travail". Les efforts de chacun visent à améliorer ses conditions de vie mais avouons que ça frise l’indécence.
Elombat est un faux marabout. Il est allé à l'école jusqu'en classe de troisième mais c’est un gros paresseux. L’homme rechigne à la tâche et préfère vivre sur le dos des autres. Pour bien faire voir à ceux qui croient que lui donner quelque chose leur ouvrira les chemins du ciel, Elombat s’est fait indigent. "Il a perdu l’usage de ses yeux"et porte des lunettes noires pour bien le montrer. Les usagers de la voie qui mène au feu rouge Bessengue de Douala à partir du rond point Deido le voient assis sur sa peau de mouton promettant le paradis ou une vie meilleure à qui veut lui donner quelque chose. Le problème c’est que Elombat a des yeux pour conduire le vélo qu’il a acquis au son de sa voix jusqu’à son domicile sans l’aide de qui que ce soit.
Lorsqu’on sillonne les rues de Yaoundé et de Douala, on rencontre plusieurs catégories de mendiants. Parmi eux, des handicapés physiques, des malades mentaux, et même des femmes traînant derrière elles des enfants. Mais ceux qui suscitent des interrogations, sont ceux qui sont apparemment en bonne santé, sont assis dans les bureaux et qui tendent aussi la main. Cette catégorie spéciale des mendiants est constituée des policiers et gendarmes qui tendent le panier, même si l’automobiliste n’a commis aucune infraction. De même, les fonctionnaires véreux font aussi partie de cette catégorie, car ils monnayent le service public. Cette forme de mendicité est généralement ce que nous appelons en d’autres termes: l’arnaque ou la corruption.
La mendicité s'est aussi modernisé ces dernières années au Cameroun. Les hommes politiques y ont fait leur intrusion, sans peut-être le savoir. Les motions de soutien et de déférence au Chef de l’Etat, les marches de ceci ou de cela pour soutenir le Chef de l’Etat, le fait de paraphraser à temps et à contre temps le Président de la République, constituent autant de formes de mendicités qui ne disent pas leur nom.(1)
Ces exemples montrent comment des citoyens peuvent utiliser des subterfuges pour jouer sur la sensibilité des autres. Nous ne disons pas que tous ceux qui arpentent les rues des villes du matin au soir pour chercher de quoi tromper leur faim sont des malhonnêtes. La majorité a un handicap réel qui fait d’eux des êtres dignes du soutien de la société.
A la chaîne des quémandeurs à la moralité douteuse, il faut ajouter ces enfants supposés être des enfants abandonnés. Ils donnent un visage encore plus laid à la mendicité. Voir des garçonnets de moins de 10 ans se lever avec le soleil, qui commencent à sillonner la ville à la collecte de jetons donne le haut le cœur. Pourtant aucune prescription ne recommande une telle mendicité . Au contraire. Ces sangsues doivent donc être combattus pour le mal qu’ils font à leurs semblables.
Quand vous abordez ces bambins, ils vous disent que leurs géniteurs ne vivent plus et qu'ils dorment au bord de la rue.
Les autorités doivent faire quelque chose
Pour le Sociologue J. Nkonkep, la mendicité des enfants "est une situation intolérable qui n’est pas près de disparaître", même si "l’Etat du Cameroun s’est engagé à éradiquer ce phénomène, parce qu’il lui manque la volonté pour le faire. Je suis sûre qu’on peut mettre fin à la mendicité des enfants en un temps record, si on en a la volonté. L’Etat en a les moyens" .
Le phénomène de la mendicité est en train d’atteindre un seuil critique au Cameroun. Dans les coins de rue vous voyez des hommes et des femmes parfois accompagnés d ‘enfants en très bas âge comme les jumeaux ou supposés tels qui implorent les passants soit du regard ou de la voix.
Quand un homme perd jusqu’à la dignité tout lui devient faisable. Il faut se pencher sérieusement sur la situation pour trouver ne serait-ce qu’un début de solution.
Laisser les vrais et les faux mendiants écumer les centres urbains comme on le voit actuellement, c’est exposer les honnêtes citoyens à un danger potentiel.Il est toujours mieux de soigner le mal à la racine pour éviter de mettre à mal tout le corps.
(2)"Si certains parmi nous peuvent se rabaisser, sans gêne, jusqu’à ce niveau, il faudrait peut-être revoir le contenu de nos programmes à l’école, au collège et à l’Université. A l’école primaire, on doit apprendre aux enfants, très tôt, le sens de l’honneur. A leur âge, ils doivent savoir qu’il n’est pas permis de tout faire pour vivre. Au collège, on doit leur apprendre le savoir-vivre. Il faut se respecter et respecter les autres. A l’Université, retour au service militaire obligatoire ou au stage de probation dans les hôpitaux, les campagnes ou dans l’enseignement. Ainsi les jeunes pourront être initiés à la culture de l’effort, de la persévérance, du courage et du mérite. A la maison, on pourra aussi commencer à apprendre aux parents à être responsables jusqu’au bout. C’est parce qu’on appelle facilement tout le monde « papa » ou « maman », chez nous, qu’on peut aussi facilement tendre la main à tout le monde dans la rue. On y perdra certainement quelque chose, mais ça vaut la peine."
1- Nana David in La mendicité nouvelle au Cameroun, Ed le Cocotier, PP 12,13
2- J. B. P. NLEND, L'Effort Camerounais du 17 au 30 novembre 2010
Article original publié sur ce lien en dessous
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