Crise post-électorale au Gabon, réaction d'Alice SADIO Présidente de l'AFP
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CAMEROUN :: Crise post-électorale au Gabon, réaction d'Alice SADIO Présidente de l'AFP :: CAMEROON

Quel regard portez vous sur la présidentielle gabonaise en général ?
D’abord, je me veux respectueuse du choix souverain du peuple gabonais tel qu’exprimé librement je l’espère, dans les urnes et publié fidèlement, je l’espère aussi,  par la Commission Electorale Nationale Permanente, tout en émettant des réserves que me dicte mon expérience de la gestion calamiteuse des processus électoraux en Afrique centrale notamment. Néanmoins, on peut, au regard des résultats de la CENAP qui donnent Ali Bongo vainqueur d’une courte tête, avec une marge de seulement 1% sur son principal adversaire Jean Ping, qu’il se sera agit d’une élection hautement disputée.

Aussi, sachant comment les partis gouvernants en poste usent et abusent des instruments et des fonds de l’Etat chez nous pour se maintenir au pouvoir, il ya lieu de dire que si jamais ces résultats étaient validés en l’état, par les instances compétentes, le candidat Jean Ping n’aurait pas du tout démérité avec un score de 48,23 %.  Ce score à lui seul lui confère une aura dont Ali devrait tenir compte si la Cours Suprême le confirmait vainqueur. Toutefois, les performances de ces deux favoris, fait aussi d’eux les principaux responsables devant l’histoire du sort de ce pays pour les jours à venir. J’espère pour le peuple Gabonais que les deux auront le sens de la mesure et du patriotisme, dans l’intérêt supérieur du Gabon.  
     
Pensez-vous que la France et les autres puissances européennes et américaines avaient un rôle à jouer dans le processus électoral au Gabon ?
Ecoutez, ça devient redondant et contreproductif de remettre à chaque fois sur le plancher cette rengaine de l’ingérence française ou américaine sur les processus électoraux en Afrique. Arrêtons de toujours jouer les benjamins de l’humanité et regardons les choses en face, froidement. Je vous mets au défit de me citer une seule époque dans l’histoire de l’humanité relative à la géopolitique internationale où les gouvernants ne se seraient pas entr’aliénés d’une manière ou d’une autre. Même dans les élections à l’intérieur d’une petite association familiale ou de village, vous verrez toujours des gens faires des tractations plus ou moins orthodoxes pour voir passer leur candidat-ami.

C’est exactement la même chose qui se passe au niveau de la géopolitique mondiale. Sauf que là, des tractations et jeux d’influences atteignent parfois leur paroxysme, justement parce que les enjeux sont plus colossaux. Je ne le dirai jamais assez, c’est à nos dirigeants de juguler l’impact de ces jeux d’influences en s’appropriant les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour moderniser une fois pour toutes nos processus électoraux. Ceux qui indexent tout le temps la France et les Etats Unis sont curieusement les mêmes qui refusent mordicus d’instaurer un dispositif électoral moderne comme en occident qui puisse permettre, du point de vue technologique et juridique de connaitre le vainqueur d’une élection quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote.

Or, une telle avancée pourrait servir de bouclier à nos jeunes nations qui tourneraient alors résolument la page des contestations  et  violences post-électorales. Et puis sur le plan purement humain, il ne faut pas perdre de vue la question que la qualité des hommes qui aspirent au pouvoir chez nous.

Pourquoi est-ce si difficile pour certains dirigeants africains de copier le bon exemple d’un Goodluck Jonnathan qui, bien que tenant encore les leviers du pouvoir, félicite son challenger avant même que les institutions juridiques ne se soient prononcées ? Il faut donc arrêter de toujours pointer le doigt accusateur sur l’occident qui n’en n’a que foutre du bien être de notre continent lorsque nous nous montrons chroniquement incapables de prendre des mesures préventives nécessaires à notre autodétermination. Vous me poseriez peut- être la question de savoir pourquoi la France et les USA ne se mêlent pas de leurs affaires que je vous répondrais que leur promptitude à réagir du tic au tac participe de la liberté de ton caractéristique de la culture politique et démocratique occidentale. Vous avez remarqué tout comme moi que les ténors de l’Union Européenne avaient un parti pris dans le Brexit en Grande –Bretagne et l’ont même affiché d’une manière ou d’une autre. Cela a-t-il pas empêché les leaders de l’UE de s’exprimer au soir du vote en leur défaveur. Etait-ce de l’ingérence ? Et si c’en était une, a-t-elle réussi à influencer le sens du vote du peuple britannique ? Non ! Donc arrêtons de prendre les vessies pour des lanternes pour mieux tourner les africains en bourrique.  

Comment comprendre le silence de l’Union Africaine en revanche ?
Ce silence coupable participe de cette politique de la chauve souris dont je viens de vous parler. J’ai toujours dit que nos dirigeants refusent de faire le job pour lequel ils ont été élus. Justement parce qu’ils sont mal élus pour la plupart, et le savent pertinemment. La conséquence étant que, durant leurs mandats, au lieu de diagnostiquer efficacement les maux de leurs pays et de travailler à y apporter des solutions, ils préfèrent entretenir des copinages inavouables avec les puissances extérieures, ce qui les met à terme, dans une position de faiblesse du point de vue du rapport de force et d’influence.

Sinon, comment comprendre que la France et les USA aient déjà suggéré un recomptage des votes et qu’on n’ait jusqu’ici pas entendu la voix de l’instance africaine la plus autorisée alors que ça brûle déjà à Libreville ? Les deux candidats qui se sont autoproclamés gagnants sont mal placés pour nous dire le véritable verdict des urnes. Maintenant que les résultats de la CENAP sont contestés par la rue, vers qui le peuple gabonais va-t-il se tourner pour y voir clair puisque les pairs africains se sont verrouillés dans un mutisme à la limite irresponsable et que ce sont les autres qui s’expriment à leur place ? Qui doit désamorcer la bombe au Gabon ? Est-ce la France ou alors les Etats-Unis d’Amérique ? Même Paul Biya à qui Ali Bongo est venu rendre hommage lors de sa première ascension à la Magistrature Suprême aurait pu s’impliquer davantage pour aider ce pays frère et voisin à éviter l’escalade de la violence. Mais hélas !  

Redoutez-vous un cycle de violences postélectorales dans ce pays voisin ?
L’Assemblée Nationale gabonaise est en feu. Donc les violences ont déjà commencé.  Nous à l’Alliance des Forces Progressistes croisons les doigts et prions pour que l’horreur qu’on a connu en Côte d’Ivoire ne s’empare du Gabon. Nous en appelons à la grandeur des principaux protagonistes pour faire preuve de sincérité et de patriotisme. Car à dire vrai, que ce soit Ali Bongo ou Jean Ping, aucun des deux candidats n’a démérité. Les deux hommes auront fait une véritable démonstration de force au cours de cette présidentielle, comparée aux présidentielles des autres pays africains, notamment le Cameroun pour ne pas le citer, où on nous a habitués aux « ras-de-marrées » à n’en point finir.

Pensez-vous que si Jean Ping avait pris le pouvoir au Gabon, la gouvernance se serait améliorée pour le peuple gabonais ?  
Ne perdons pas de vue que Jean Ping et Ali Bongo ont été nourri à la même mamelle idéologique et systémique, à savoir Omar Bongo Ondimba et le PDG. Ceci revient à dire que les deux hommes se connaissent très bien pour avoir connu, soutenu et implémenté le système politique néocolonial connu sous l’appellation de la France-Afrique. Mais cela étant dit, ce serait leur faire insulte que de renier à l’un ou à l’autre la capacité d’opérer une mue idéologique et systémique. Ce sont des hommes d’Etat, dotés de bon sens. Alors s’ils ne s’en servent pas, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Tout dépendra du courage et de la volonté politique des deux protagonistes à avoir l’audace de couper le cordon et tracer une nouvelle trajectoire pour le Gabon dont le degré de sous-développement contraste drastiquement avec les richesses naturelles qu’il regorge.

Quelles leçons le Cameroun peut-il donc tirer de ce scrutin qui a déchainé les passions ?
La première leçon c’est que la courte marge qui sépare pour le moment les deux candidats montre s’il en était encore besoin que le regroupement des forces au sein de l’opposition est la voie la plus intelligente en contexte d’élections à un tour. C’est pour cela que nous avons mis sur la table la plate-forme dénommée le Pacte-Républicain qui prône justement le principe de partenariat gagnant-gagnant, sagement négocié entre protagonistes politiques pour tordre le cou au parti dominant qu’aucun aspirant, tout seul, ne pourra battre en l’état. 

La deuxième leçon c’est que l’homme Biya peut encore s’en inspirer pour opérer un sursaut de conscience patriotique, en léguant en héritage un processus électoral moderne aux camerounais afin de quitter en beauté le tapis rouge. La postérité, j’en suis sure, lui en saurait gré. Mais comme vous le savez, je ne me fais pas trop d’illusion et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, je m’en vais vous dire que la troisième leçon pour nous c’est qu’en 2018, le Cameroun ne sera pas à l’abri des violences qui viennent de s’emparer de Libreville.

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