Cameroun, Poésie : Tambours :: CAMEROON
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Cameroun, Po?sie : Tambours :: CAMEROON
Cameroun, Po?sie : Tambours :: CAMEROON
Quand je quittais le Cameroun, dans l’avion, à l’escale de Douala, le téléphone s’est mis à sonner rageusement, et je ne décrochais pas, ça pouvait être la police ou la gendarmerie à mes trousses, qui sait ? D’où ce poème :

à Douala nous stoppâmes

dring ! driiiinnnngg !!! driiiiinnnngggg !!!

ô téléphone

laisse-moi tranquille

l’aéronef est un territoire étranger

l’aéronef est un territoire différent

l’aéronef est un territoire autre

mais toi

téléphone

tu peux révéler ma présence

dans ses entrailles à Douala ici

oh laisse-moi tranquille

dring ! driiiinnnngg !!! driiiiinnnngggg !!!

ô téléphone

laisse-moi tranquille

je pars tel un clandestin

ici encore

me rattraper

ils peuvent

ô téléphone

laisse-moi tranquille

dring ! driiiinnnngg !!! driiiiinnnngggg !!!

ô téléphone

laisse-moi tranquille

bon sang

n’as-tu pas compris que ces gens

d’avis peuvent changer

telle la pluie qui sans crier gare s’abat

sur la ville endormie

et bouscule la lune et les étoiles

ô téléphone

laisse-moi tranquille

dring ! driiiinnnngg !!! driiiiinnnngggg !!!

ô téléphone

laisse-moi tranquille

ils peuvent ici venir

encore

hé toi ! le fugitif dans la carlingue blotti

descends !

alors

pour une dernière fois ô téléphone

ma supplique mes dix doigts serrés

laisse-moi tranquille avec tes numéros

que je ne connais pas qui sonnent

sonnent sonnent sonnent sonnent

ah là là !

C’EST QUOI MEME !

………………………………………………………………….

Partir

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

la révolution

peut-on la mener si loin de toi pays bien-aimé

la révolution peut-on la réussir loin de tes cris

de tes larmes de tes pleurs ô mon pays

je suis un poète de la révolution

mais je vais devenir un poète de l’errance

adulé à Darmstadt à Francfort à Karlsruhe à

Berlin à Vienne à Graz partout là-bas si loin

de toi ô ma terre éternelle

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

je vais assumer mon habit

de poète de l’exil honni par les siens

après le vêtement purulent de poète

du pénitencier

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

mais

comment éclore sous tes arbres

tropicaux ô terre bien-aimée

ils sont nombreux

ceux qui sont venus et sont repartis

ceux qui sont venus et ont été combattus

ceux qui sont venus et ont été vaincus

ceux qui sont venus et ont été assassinés

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

ils venaient pour changer le monde

ils venaient pour changer la vie

ils venaient pour changer le chagrin en joie

ils venaient pour changer les larmes

en ricanements infinis

et ils sont repartis

ils ont été combattus

ils ont été vaincus

ils ont été assassinés

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

partir est toujours une déchirure

partir est toujours mourir

partir pour longtemps

partir pour très loin

partir partir partir

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

mais

partir quand tout est noir

partir quand tout est triste

partir quand tout est désolation

partir quand tout est médisance

partir partir partir oui partir

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

partir comme les jeunes qui te fuient ô terre

partir comme les vieux qui se sauvent aussi

partir comme les hommes qui détalent

partir comme les femmes qui s’enfuient

partir comme tout le monde en rêve

partir partir partir partir

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

partir au loin

partir pour très loin

et revenir peut-être

rien que par le corps

inanimé

AH !!!!!! TRISTESSE

partir partir partir partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

quand la terre sera belle

quand la terre sera accueillante

quand la terre sera réjouissante

et que les gens y élèveront

des chants de joie

peut-être

les gens ne partiront plus

ils demeureront à tes côtés

ô terre qui m’a donné la vie

à jamais

partir

ai-je bien fait de partir

je ne sais pas

…………………………………………………………

Terre de refuge

poète ! oh !

vous avez dit poète !

et il vient d’Afrique ! Attention !

tu es de notre race

tu es de notre sang

tu es de notre âme

tu es nous-mêmes

tu es le bienvenu au pays des livres

tu es le bienvenu au pays des libres

tu es le bienvenu au pays des stylos

tu es le bienvenu au pays des crayons

tu es le bienvenu au pays des gommes

tu es le bienvenu au pays des porte-plume

tu es le bienvenu au pays de encriers

tu es le bienvenu au pays des buvards

ton âme fait avancer la terre

ton âme fait avancer le monde

nous te chérissons

poète ! oh !

vous avez dit poète !

et il vient d’Afrique ! Attention !

ta race

est race de réfugiés

sous le nazisme

sous le racisme

sous le colonialisme

sous le totalitarisme

sous l’intolérance

DE TOUTES LES COULEURS

et l’Afrique

ô poète

ta terre natale

est encore

terre d’intolérance

ici

d’autres sont venus comme toi au 19ème siècle

d’autres sont venus comme toi au 20ème siècle

ils sont toujours venus

ils sont toujours venus

ils sont toujours venus

les indésirables chez eux

nous te proclamons juste

et te décernons fièrement

les lauriers de combattant

de la

liberté

ici est née la Négritude

ici est née l’indépendance

ici est née la démocratie

ici est terre d’épanouissement

pour toi

poète ! oh !

vous avez dit poète !

et il vient d’Afrique ! Attention !

tu es de notre race

tu es de notre sang

tu es de notre âme

tu es nous-mêmes

……………………………………………………

Je bats mon tambour

je bats mon tambour

avec vacarme

en joie

je bats mon tambour

loin de toi

ô terre

je bats mon tambour

le cœur en peine malgré tout

mais je bats mon tambour

libre

désormais

mes mains le battront longtemps

mes mains le battront longuement

mes mains le battront indéfiniment

mes mains le battront jusqu’à mon retour

oh écoute mon tambour que je bats

oh écoute ma mélodie que je bats

oh écoute ma complainte que je bats

oh écoute la complainte de mon âme en peine

je bats mon tambour jour et nuit

pour pleurer ma tristesse

mais je le bats mon tambour

en liberté

désormais

« Tambours » réunit des poèmes écrits, pour la plupart, au lendemain de mon départ du Cameroun, consécutif à ma sortie du bagne de Kondengui.

C’est une complainte, une évocation d’un temps douloureux, suivi du soulagement de l’exil, devenu synonyme de liberté recouvrée.

www.amazon.com taper Enoh Meyomesse

© Correspondance : Enoh Meyomesse

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