-
© Camer.be : Paul Moutila
- 01 Aug 2026 11:29:31
- |
- 294
- |
Monde Entier - ONU : Macky Sall déjà distancé par deux femmes
Macky Sall n’a recueilli que six voix sur quinze au premier vote indicatif du Conseil de sécurité. Rebeca Grynspan et Carolyn Rodrigues-Birkett le devancent. Décryptage.
L’ancien président sénégalais essuie un revers dès la première consultation informelle du Conseil de sécurité. Deux candidates latino-américaines creusent l’écart. La route vers New York s’annonce semée d’embûches.
Six voix « encourage ». Sept voix « décourage ». Deux abstentions. En diplomatie onusienne, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Macky Sall, fort de son expérience à la tête du Sénégal et de l’Union africaine, espérait marquer des points dès la première manche. Mais le Conseil de sécurité a choisi une autre direction. Deux femmes, issues d’Amérique latine, caracolent en tête. La tradition de la rotation régionale, l’aspiration à une première secrétaire générale, les équilibres géopolitiques… Tout semble se liguer contre le candidat africain. Plongée dans les coulisses d’une élection qui promet d’être historique, et impitoyable.
Un premier « straw poll » qui ne sourit pas à Macky Sall
Le 30 juillet 2026 restera une date amère pour Macky Sall. Ce jour-là, les quinze membres du Conseil de sécurité se sont réunis à huis clos pour leur premier vote indicatif, appelé « straw poll » dans le jargon diplomatique. Objectif : mesurer les forces en présence parmi les sept candidats déclarés à la succession d’António Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026.
Les résultats, rapidement divulgués malgré le caractère confidentiel du scrutin, ont placé l’ancien président sénégalais en cinquième position, loin derrière les favoris.
Sur les quinze bulletins, Macky Sall n’a obtenu que six mentions « encourage » , contre sept « décourage » et deux « sans opinion ». Un solde négatif qui place le candidat africain dans une situation délicate, alors que la barre pour être recommandé à l’Assemblée générale est fixée à neuf voix favorables, sans aucun veto des membres permanents.
Rebeca Grynspan, la surprise du chef
La grande gagnante de cette première manche est Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica et actuelle secrétaire générale de la CNUCED. À 70 ans, elle a engrangé dix bulletins « encourage » , un seul « décourage » et un « sans opinion ».
Son score confirme une tendance qui se dessinait depuis plusieurs mois : la volonté des États membres de porter une femme à la tête des Nations unies pour la première fois depuis la création de l’organisation en 1945. Grynspan, qui a négocié en 2022 l’« initiative de la mer Noire » pour faciliter l’exportation des céréales ukrainiennes, incarne une multilatéraliste réformatrice.
Derrière elle, la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett, ambassadrice auprès de l’ONU, recueille neuf soutiens, deux oppositions et quatre abstentions. L’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, considéré par certains experts comme le favori, n’est que troisième avec sept voix favorables.
Macky Sall, cinquième sur sept
Le classement est sans appel. Derrière le trio de tête, l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet se classe quatrième avec six encouragements et cinq découragements. Macky Sall est cinquième. Il devance l’Équatorienne María Fernanda Espinosa et l’Ougandais Olara Otunnu, qui ferme la marche avec seulement deux encouragements.
Pour l’ancien président sénégalais, le constat est amer. Candidat déclaré le 2 mars 2026, porté par le Burundi puis par le Sénégal, il défend une vision axée sur la réforme du multilatéralisme et le renforcement de la représentation des pays du Sud. Mais son expérience à la tête de l’Union africaine ne semble pas avoir pesé suffisamment face aux dynamiques géopolitiques et aux traditions non écrites qui régissent cette élection.
Les règles du jeu : une mécanique impitoyable
Le « straw poll » du 30 juillet n’est qu’une première étape. D’autres votes indicatifs suivront, à raison d’environ un par mois jusqu’en septembre. Chaque État membre du Conseil attribue à chaque candidat l’une des trois mentions : « encourage », « décourage » ou « sans opinion ».
Mais la véritable épreuve viendra plus tard. Lors des prochains scrutins, les cinq membres permanents (P5) États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni utiliseront des bulletins de couleur différente pour signaler leurs intentions. Un « décourage » venant de l’un d’eux équivaudra à la menace d’un veto lors du vote final.
Pour être recommandé à l’Assemblée générale, le futur secrétaire général devra réunir au moins neuf voix au Conseil de sécurité et éviter tout veto des P5. Un équilibre délicat, qui explique pourquoi cette élection est souvent le fruit d’âpres négociations entre les grandes puissances.
Pourquoi Macky Sall est-il en difficulté ?
Plusieurs facteurs expliquent le score décevant de l’ancien président sénégalais.
La rotation régionale : une tradition non écrite veut que le poste de secrétaire général alterne entre les régions du monde. Après les mandats de Kofi Annan (Ghana), Ban Ki-moon (Corée du Sud) et António Guterres (Portugal), le tour de l’Amérique latine et des Caraïbes est venu. Cette région compte plusieurs candidats bien placés, dont Grynspan, Rodrigues-Birkett et Grossi.
La parité : de nombreux États membres militent pour l’élection de la première femme secrétaire générale de l’histoire de l’ONU. Les deux candidates latino-américaines en tête du scrutin incarnent cette aspiration.
L’absence de soutien régional : contrairement à certains de ses concurrents, Macky Sall n’a pas bénéficié d’un soutien unanime de l’Union africaine. Sa candidature, portée initialement par le Burundi, a été officialisée sans le soutien explicite de l’organisation continentale, ce qui a affaibli sa légitimité africaine.
La route est encore longue
Malgré ce revers, la course est loin d’être terminée. Les précédentes élections ont montré que les premiers straw polls ne sont pas toujours prédictifs du résultat final. En 2006 et 2016, le candidat arrivé en tête du premier vote indicatif a certes remporté l’élection, mais des retournements de situation restent possibles.
Pour Macky Sall, la tâche s’annonce toutefois particulièrement ardue. Avec sept voix « décourage » dès la première manche, il devra non seulement convaincre de nouveaux soutiens, mais aussi espérer que les membres permanents ne se joignent pas à ses opposants. Un veto de l’un des P5 mettrait fin à ses ambitions.
L’ancien président sénégalais peut encore compter sur son expérience diplomatique et sa connaissance des arcanes onusiens. Mais le temps presse. Les prochains straw polls, prévus en août et septembre, seront décisifs.
Un enjeu pour l’Afrique
La candidature de Macky Sall ne se résume pas à une ambition personnelle. Elle porte aussi les espoirs d’un continent qui n’a pas vu l’un de ses fils accéder au poste de secrétaire général depuis Kofi Annan, en 2006. Si l’Afrique devait être écartée de cette élection, ce serait un signal fort sur sa place dans le système multilatéral.
Mais les règles du jeu sont impitoyables. La diplomatie onusienne est un exercice d’équilibre où les intérêts géopolitiques, les traditions et les aspirations à la parité se conjuguent pour dessiner les contours du futur leadership mondial.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique GéOPOLITIQUE
Les + récents
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 246449
