« L’incompétence n’est pas une fatalité » : Makon
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Cameroun - « L’incompétence n’est pas une fatalité » : Makon

Richard Makon dresse un réquisitoire sans appel contre le gouvernement camerounais : dette, effondrement industriel, exode, recensement. Décryptage des faits et des chiffres.

Dans une charge virulente, le politologue Richard Makon accuse le gouvernement camerounais d’incompétence, pointant une dette abyssale, un effondrement industriel et un recensement « honteux ». Derrière l’émotion, que disent les chiffres ?

« L’incompétence n’est pourtant pas une fatalité. » Par cette phrase, Richard Makon ouvre un réquisitoire qui fait trembler la toile camerounaise. Dette publique à 15 416 milliards de FCFA, notation souveraine dégradée à « B » avec perspective négative par Fitch, 51 % des jeunes qui envisagent d’émigrer, un recensement qui vire au fiasco… Le tableau est sombre. Mais où s’arrête le constat factuel ? Où commence la polémique politique ? Plongée dans les coulisses d’une crise de confiance entre le peuple camerounais et ses dirigeants.

Richard Makon, un politologue qui ne mâche pas ses mots

Richard Makon n’est pas un inconnu dans le paysage médiatique camerounais. Universitaire, politologue, il intervient régulièrement sur les plateaux de Canal 2 International et dans la presse écrite pour décrypter la vie politique du pays. Ses analyses, souvent tranchées, ne laissent personne indifférent.

Dans son dernier texte, publié sur les réseaux sociaux, il assène : « Notre Gouvernement n'est pas à la hauteur de sa mission. » Il énumère une série de griefs : effondrement industriel, montée du tribalisme, exode des jeunes, dégradation des indicateurs macroéconomiques, endettement record, corruption. Et il conclut : « L'incapacité ne devrait pas être une fatalité ! »

Un effondrement industriel et un exode massif

Makon affirme que « notre industrie s'est littéralement effondrée » et que « l'exil des Camerounais est devenu la seule bouée de sauvetage ». Ces deux affirmations trouvent un écho dans les données disponibles.

Sur l’exode : une enquête Afrobarometer de 2024 révèle que 51 % des jeunes Camerounais ont envisagé d'émigrer, poussés par la recherche de travail et les difficultés économiques. La diaspora camerounaise est estimée à environ 6 millions de personnes, soit près d’un cinquième de la population. Les transferts de fonds de la diaspora ont atteint 652 milliards de FCFA en 2026, en progression de 8 % sur un an un signe que l’exil n’est pas seulement une fuite, mais aussi une bouée de survie économique pour les familles restées au pays.

Sur l’industrie : le secteur secondaire ne représente plus que 25 % du PIB, et la production pétrolière a chuté de 180 000 barils/jour en 1985 à environ 58 000 barils/jour en 2024. L’incendie de la raffinerie SONARA en 2019 a porté un coup dur à la souveraineté énergétique du pays. Si le secteur gazier connaît une croissance, l’industrie manufacturière souffre de coûts de production élevés et d’un accès insuffisant à l’électricité.

Une dette qui inquiète, une notation qui dégrade

Makon dénonce un endettement « explosé » et des taux d’emprunt « prohibitifs de 9 à 10 % ». Les chiffres sont parlants.

Au 31 mars 2026, l’encours de la dette publique camerounaise s’élève à 15 416 milliards de FCFA, soit 44,3 % du PIB. Ce ratio reste inférieur au seuil communautaire de 70 % fixé par la CEMAC, mais il a doublé en une décennie.

Le service de la dette atteint un pic historique : le Cameroun devra mobiliser 2 100 milliards de FCFA (3,54 milliards de dollars) pour honorer ses échéances dans les deux prochaines années. Une pression inédite sur les finances publiques.

Les agences de notation ont tiré la sonnette d’alarme. Fitch Ratings a confirmé, le 24 avril 2026, la note souveraine du Cameroun à « B », avec perspective négative. Moody’s maintient une note Caa1 avec perspective stable, pointant l’absence de plan de succession et la forte concentration des décisions.

Makon affirme que les bailleurs refusent de prêter au Cameroun et que le pays emprunte à des taux de 9 à 10 %. Si les emprunts sur les marchés financiers internationaux sont effectivement coûteux, le Cameroun bénéficie encore de financements concessionnels de la Banque mondiale (42,9 % de la dette extérieure) et de la BAD (25,5 %).

Le recensement, symbole d’un État dépassé ?

Makon fustige le recensement en cours, qu’il qualifie de « honte » et d’« opération élémentaire que le gouvernement n’arrive pas à réaliser ». Si les détails de cette polémique sont encore flous les recherches n’ont pas permis de trouver des articles détaillant précisément les difficultés du recensement de 2026 , le reproche s’inscrit dans une critique plus large de l’incapacité de l’État à mener des opérations techniques de base à l’ère du numérique.

Ce que disent vraiment les chiffres : un bilan contrasté

Le discours de Makon est sans appel. Mais les données disponibles offrent un tableau plus nuancé.

Croissance : le FMI prévoit une croissance de 3,3 % en 2026, après 3,1 % en 2025. L’économie camerounaise reste la plus importante de la CEMAC, avec un PIB nominal de 52,5 milliards d’euros.

Inflation : elle est redescendue à 2,7 % en mai 2026 (en glissement annuel), contre 4,2 % un an plus tôt. Le FMI prévoit un recul à 2,9 % en 2026.

Finances publiques : le déficit non pétrolier a atteint 2,6 % du PIB en 2025, dépassant l’objectif budgétaire de 1,4 %. Une détérioration liée à des recettes non pétrolières insuffisantes et à des dépenses courantes en hausse.

Dette : si le ratio dette/PIB (44,3 %) reste sous les seuils communautaires, le FMI estime que le Cameroun présente un « risque élevé de surendettement ».

Une critique politique dans un contexte tendu

Richard Makon s’inscrit dans une tradition d’opposition intellectuelle au régime. Il a déjà affirmé que « rien dans la gouvernance actuelle ne peut changer » et que ceux qui poussent le président à se représenter « n’aiment pas le Cameroun ».

Son réquisitoire intervient dans un contexte politique tendu : les élections présidentielles de 2025 ont été marquées par des perturbations, et les agences de notation pointent l’absence de plan de succession comme un risque majeur.

La responsabilité du gouvernement en question

Makon conclut : « Quand on est dépassé, on demande de l’aide. L’incapacité ne devrait pas être une fatalité. » Cette phrase résume l’essence de son message : le gouvernement camerounais serait non seulement incompétent, mais aussi incapable de reconnaître ses limites et de solliciter l’assistance nécessaire.

Si les critiques de Makon sont souvent radicales, elles touchent un nerf sensible dans une population qui subit la cherté de la vie, le chômage des jeunes et l’insécurité dans les régions anglophones.

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