Mayo-Tsanaga sous Boko Haram : Mozogo, Tourou, le silence des élites et l'État absent
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Mozogo hier. Tourou avant-hier. Et demain ? Personne ne le sait. Personne ne peut le promettre. Dans le département du Mayo-Tsanaga, au nord du Cameroun, Boko Haram frappe avec une régularité qui n'a plus rien de sporadique. C'est une offensive méthodique contre des populations civiles abandonnées à leur sort.

La réalité du terrain : incendies, fuite, terreur ordinaire

Les faits sont simples, et c'est leur simplicité qui terrasse. Des habitants de l'arrondissement de Mayo-Moskota, dont Mozogo est le chef-lieu, ne dorment plus dans leurs maisons. Ils fuient avant la nuit tombée. La peur d'être surpris, égorgés ou brûlés vifs est devenue une donnée quotidienne de leur existence.

Ce n'est pas une zone de guerre dans le sens où l'entend la couverture internationale; pas de lignes de front formalisées, pas de belligérants reconnus signant des cessez-le-feu. C'est autre chose, peut-être pire : une violence diffuse, imprévisible, qui s'infiltre dans le tissu social et le désintègre lentement. La région de l'Extrême-Nord porte cette blessure depuis des années. Le Mayo-Tsanaga en est aujourd'hui l'épicentre le plus exposé.

Le silence politique : une abdication calculée

Ce qui frappe autant que la violence elle-même, c'est l'inaction de ceux qui devraient répondre. Les élites locales parlementaires, responsables régionaux, relais du pouvoir central sont présentes et visibles lorsque les intérêts partisans ou électoraux sont en jeu. Les meetings se tiennent. Les discours s'enchaînent. Mais lorsque Mozogo brûle, ces mêmes figures restent muettes.

Ce silence n'est pas anodin. Il est structurel. Il révèle une organisation du pouvoir dans laquelle les populations rurales exposées à la violence jihadiste ne constituent pas un levier politique suffisant pour déclencher une réponse urgente. Yaoundé est loin. Le département agonise. Et la distance géographique, sociale, politique entre les élites et les victimes s'est transformée en gouffre.

Comment la terreur s'installe durablement

Le mode opératoire de Boko Haram dans cette zone repose sur un principe simple : frapper vite, frapper fort, disparaître. Les incursions nocturnes dans des villages peu ou mal protégés entretiennent un climat de peur permanente. La population ne sait jamais où le prochain coup tombera. Cette incertitude est une arme en soi.

L'État camerounais a déployé des forces militaires dans la région. Des opérations ont eu lieu. Des résultats ont été annoncés. Mais la réalité du terrain contredit les bilans officiels : les attaques continuent. Les villageois fuient encore. La sécurisation de l'Extrême-Nord reste une promesse incomplète, répétée sans être pleinement tenue.

L'absence de présence dissuasive permanente dans des localités comme Mozogo ou Tourou laisse un vide que les groupes armés exploitent. Les populations civiles ne peuvent pas compenser l'absence de l'État par leur seule résilience.

Ce que les prochains mois vont révéler

La pression va s'intensifier sur les autorités camerounaises pour qu'elles démontrent une capacité opérationnelle effective dans le Mayo-Tsanaga. Les voix qui s'élèvent de plus en plus nombreuses et de plus en plus documentées. Le silence des élites devient, à mesure que les attaques se multiplient, politiquement intenable.

L'enjeu est celui de la désertion territoriale. Si les populations continuent de fuir, si les villages se vident, si l'agriculture et les échanges commerciaux s'effondrent faute de sécurité, c'est toute une économie locale qui disparaît. Le Mayo-Tsanaga risque une dépopulation accélérée, avec des conséquences durables sur l'équilibre démographique et économique de la région de l'Extrême-Nord. Ce scénario n'est pas hypothétique. Il est déjà en cours.

Une question qui ne peut plus attendre

La sécurité est un droit constitutionnel. Cette formulation, juridiquement exacte, cache une réalité plus crue : au Mayo-Tsanaga, ce droit est suspendu. Suspendu par la violence de Boko Haram, mais aussi et c'est là l'accusation la plus grave par l'indifférence de ceux qui ont le pouvoir d'agir et choisissent de ne pas le faire.

Combien de Mozogo faudra-t-il encore avant que la réponse de l'État soit à la hauteur du drame ?

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