LES MILITAIRES AU POUVOIR AU BURKINA FASO : Les urgences n’attendent pas
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LES MILITAIRES AU POUVOIR AU BURKINA FASO : Les urgences n’attendent pas

96 heures après l’éviction de Roch Marc Christian Kaboré (RMCK) du pouvoir par les militaires regroupés au sein du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) dirigé par le lieutenant-colonel Sandaogo Paul Henri Damiba, la vie semble à l’arrêt au Burkina Faso. Rien qu’à observer la circulation, l’on ne sent pas la frénésie habituelle des quartiers périphériques qui déversent chaque matin, leur trop-plein de monde dans le centre-ville qui constitue le poumon économique et administratif de Ouagadougou. L’Administration publique fonctionne au ralenti et les écoles et universités maintiennent closes leurs portes. Beaucoup de commerces gardent encore clos leurs volets. Les débits de boissons qui déversaient leur trop-plein de clients dans les artères principales de Ouagadougou en raison des matchs de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2022), se hâtent de fermer à l’approche de 21 heures, heure du couvre-feu instauré par la junte militaire au pouvoir. 

Les Burkinabè sont dans l’expectative avec beaucoup de questions

Et pendant que la vie sociale et économique est en apnée, c’est le mutisme total du côté du camp Général Baba Sy où est installé le Quartier général (QG) des nouveaux maîtres du pays. Certes, les nouveaux tenants du pouvoir ont déjà rencontré la haute hiérarchie militaire et les Secrétaires généraux des départements ministériels, mais ces rencontres se sont tenues à huis clos. Rien n’a donc filtré de ces premières prises de contact et les Burkinabè sont dans l’expectative avec beaucoup de questions qui, pour l’instant, sont sans réponse. Et tout cela en rajoute à la psychose des populations qui gardent encore les souvenirs et les stigmates des événements de 2014 et de 2015. Pire, cette situation fait le lit de nombreuses rumeurs qui sont loin de tendre vers la sérénité à laquelle ont invité les hommes en treillis lors de leur première apparition sur le plateau de la Télévision nationale du Burkina (TNB).

Mais une chose est certaine : pendant que le sommet de l’Etat se hâte lentement, les conséquences de cette léthargie de la vie nationale, risquent de constituer un lourd fardeau sur les épaules des Burkinabè. L’on sait, par exemple, que l’interruption prolongée de l’année scolaire, peut être lourde de conséquences sur l’achèvement de l’année et, par conséquent, sur les taux de réussite scolaire. Du côté de l’enseignement supérieur, l’équation du chevauchement des années académiques risque de se complexifier davantage avec de nouvelles variables inconnues.  Au plan économique, le ralentissement de la machine administrative va, sans doute, se solder par une baisse des recettes fiscales alors que plus que jamais, les nouvelles autorités qui doivent craindre des restrictions dans les financements extérieurs, en ont besoin pour financer la guerre contre l’insécurité et assurer aux populations qui sont déjà dans la précarité du fait de la mauvaise campagne agricole, le minimum vital en termes d’alimentation, de santé et d’éducation.

Il est plus urgent d’agir

Sur le front de la lutte contre l’insécurité, tandis que les militaires déploient leurs tentes à Kosyam, les groupes djihadistes, eux, n’observent pas de trêve. Les hommes armés continuent de mener la vie dure aux populations et il faut même craindre que profitant du temps mort, ils ne conquièrent de nouveaux espaces d’où il sera difficile de les déloger. En tout cas, la litanie habituelle des morts suite aux attaques est loin de s’interrompre et la soif de vaincre le signe indien des violences djihadistes, tarde à s’étancher.  

Cette situation suscite légitimement des interrogations. Y a-t-il des choses qui coincent dans la machine du MPSR ou la junte se donne-t-elle le temps de bien faire les choses ? Faute d’être dans les secrets militaires, il est difficile de répondre à ces interrogations mais il est certain que cette léthargie ne joue pas en faveur des nouveaux tenants du pouvoir. Et pour cause. Les populations peuvent nourrir un certain scepticisme quant à la vision des nouvelles autorités qui doivent se rendre à l’évidence que leur lourd silence fait le terreau d’opportunistes en tout genre qui peuvent exploiter la peur et les inquiétudes des populations. Si donc, en apparence, le temps semble être l’allié de la junte au pouvoir en ce sens qu’il permet aux Burkinabè de se remettre de leur surprise face au coup de force qu’ils ont opéré, il peut être un redoutable adversaire. Il est donc plus urgent d’agir en prenant des mesures conservatoires fortes mais surtout de dévoiler la feuille de route qui devrait conduire à la restauration de l’intégrité territoriale et au retour de l’ordre constitutionnel normal. A moins que tout simplement, la lourde atmosphère qui prévaut ne soit le calme précédent la tempête et que Sandaogo Paul Henri Damiba et ses compagnons d’armes prennent le temps d’analyser les indices de cette météo politique.

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