Marafa Hamidou Yaya: du prisonnier politique à la transition politique
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Le culot du «président» de facto du Cameroun Ferdinand Ngoh Ngoh est une preuve que la plupart d'entre-nous sommes confus sur les transitions politiques en Afrique. Ceci est aggravé par le fait qu’en réalité aussi bien notre indépendance que l'accession au pouvoir du parti-unique d’État UNC/RDPC se sont faites au Cameroun par décret colonial et en toujours sont le produit.

À la fin des années 80, une société civile montante et des militants politiques sous la houlette du Président du Social Democratic Fund (SDF) Ni John Fru Ndi ont certes forcé la porte à la démocratie multipartite. Le président Biya s'était alors rendu au parlement pour affirmer qu'il «nous a conduits à la démocratie» comme Moïse avait conduit les Juifs hors du désert.

C'était bien sûr un mensonge, un grossier mensonge régulièrement asséné par la propagande de son régime. Au fond le président a ainsi essayé de contrôler la transition politique pour finir par l’étrangler en phagocytant littéralement le multipartisme à travers des opposants devenus des faire-valoir d'une démocratie de façade. Aussi après l'approbation d'une nouvelle constitution et la limitation du mandat présidentiel qui s’en suivirent, il s’est attelé à imposer une modification de la constitution pour devenir président à vie, infantilisant à jamais le peuple camerounais et endommageant irrémédiablement sa perception républicaine de la citoyenneté.

Cependant au sein même du régime, un homme Marafa Hamidou Yaya savait qu'il n'avait pas le pouvoir de le faire. Le président Biya n'avait en effet pas le pouvoir de modifier unilatéralement la constitution sans un autre référendum (parallélisme des formes oblige!).

Le point le plus important ici est que, lorsque le ministre d’état, Marafa Hamidou Yaya, s'est opposé au président Paul Biya sur ce sujet de la discorde - la modification imposée de la constitution pour devenir président à vie - il savait déjà que la transition politique était enclenchée et que nous nous inscrivions déjà dans l'après- Biya. Tout n’était alors plus qu’une question de temps.

En pratique, cela signifie qu’il n’y a plus au Cameroun aucune possibilité d’un retour au “normal tyrannique”, au statu quo ante autoritaire rêvé par les tenants du régime à parti unique et pouvoir perpétuel.

Précisément parce que les personnes qui ne se sont pas engagées dans la lutte pour la démocratie au Cameroun n'auront aucune ressource politique et aucune légitimité dans l'ère post Biya qui a commencé, et cela inclut évidemment toutes ses « créatures », les membres de sa famille biologique, de sa belle-famille comme les retourneurs de vestes professionnels. Ils n'auront simplement pas le pouvoir de rester en fonctions en dépit de l’illusion de toute puissance et de «transition » déjà scellée au sein du clan ethno-tribal du président Biya qu'elles tiennent à projeter dans l'opinion publique.

Ceux qui pensent qu'ils le peuvent sont malheureusement dans un délire narcissique induit par une certaine ivresse du pouvoir. Parce que la présidence de la république ne peut pas ou plus être transmise comme un bâton dans une course de relais familiale et tribale. Les créatures de Biya ne jouissent pour ce faire pas du même genre d'influence que Biya et ils se trompent gravement d’époque. Leur fidélité aveugle à un dictateur agonisant et leur mainmise arrogante sur les rouages de l’État entame à jamais leurs chances d'accéder à la magistrature suprême car leur éloignant définitivement du peuple camerounais en dépit des grossiers montages d'ovations populaires sous couvert de la coupe d'Afrique des Nations (CAN)).

En plus, tous ces prétendants illégitimes de l’intérieur sont ternis par un dictateur qui n'a aucun intérêt à avoir un héritier politique, et qui a l'intention de régner pour toujours, y compris après la mort et ne peut concevoir qu’on puisse lui remplacer ou succéder.

Pr. Olivier J. Tchouaffe, Membre de l’Institut du Comité de Libération des Prisonniers Politiques – ICL2P
http://www.cl2p.org 

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