État : l’autorité dans la rue
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Des violences impliquant les hommes en tenue sont devenues récurrentes dans la société camerounaise. Dans plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux, gendarmes, policiers et militaires sont montrés aux prises avec des civils dans différentes situations, et dans la plupart de cas ce sont les hommes en tenues qui sont maltraités. Déjà le 20 juillet 2021 à Bafoussam, on a assisté à une altercation entre les éléments de la police et une député de la nation, qui voulait forcer une barrière temporaire érigée sur la route. Le 26 août 2021, le carrefour dit feu rouge Bessengué à Douala était le théâtre d’une violente altercation entre un agent de police de la circulation et un automobiliste, qui manifestement contestait le fait que le fonctionnaire l’ait fait attendre pour réguler le flux des voitures.

Dans une autre vidéo, on voit un homme en treillis militaire aux prises avec un civil dans un bus de voyageurs. L’homme en tenue qui s’agrippe à son vis-à-vis, saigne déjà du visage. Une autre montre un policier dans une dispute avec un chauffeur de camion certainement, ce dernier lui disant qu’il ne peut pas l’arrêter ainsi, ou cette  autre où le policier est traîné au sol et puis porté comme un colis sur les épaules par un citoyen, sous les applaudissements des populations. Ces cas sont connus grâce aux réseaux sociaux, mais ne doivent pas être des cas isolés. L’affrontement physique des forces de l’ordre est devenu banal, l’homme en tenue au quotidien n’inspire plus le respect et l’obéissance. Toutes ces situations se résument en effet en une seule chose, le non-respect de l’autorité.

Timidité gouvernementale

Face à cette récurrence de violence sur les hommes en tenue, le Gouvernement reste muet. Au niveau de la région du Littoral, le gouverneur tente de sauver ce qui peut l’être. Dans un message porté du 8 septembre 2021 portant la mention « très urgent », il invite les responsables des médias à prendre part le 10 septembre 2021 à « une réunion de sensibilisation en vue du réarmement moral et civique des populations de son ressort, suite à la diffusions de divers comportements déviants, images et vidéos des rixes infamantes et ignominieuses allègrement relayées en boucle dans les médias sociaux mettant aux prises des éléments des forces de défense et de sécurité  à certains citoyens » Dans son rôle régalien, le patron de la région compte sans doute s’appuyer sur les médias pour rappeler les citoyens à plus de civisme et au respect de l’autorité, le mal étant devenu profond dans la société. Mais il faut dire que les violences sur les hommes en tenue, ne sont en réalité qu’un autre symptôme d’une maladie désormais bien ancrée dans la peau des camerounais, à savoir la défiance de l’autorité sous toutes ses formes, le non-respect du pouvoir public et de la chose publique.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, devant l’absence de la loi, ou face à l’ignorance générale de la loi comme c’est le cas dans la société camerounaise, on se retrouve dans une jungle, où chacun fait ce qu’il veut, où c’est la loi du plus fort. La force de la loi ayant laissé la place à la loi du plus fort, rien d’étonnant que le citoyen qui se sent le plus fort physiquement fasse prévaloir ses muscles pour porter un élément de la force de l’ordre sur épaules et le dégager de son chemin ?

Abstraction de l’autorité

Les Camerounais sont arrivés en effet à annuler dans leur subconscient le devoir d’obéissance à l’autorité, de la loi, des consignes et autres directives édictées dans le  but de préserver l’intérêt public. S’en prendre violemment à un homme en tenue tout en sachant qu’il incarne l’autorité de l’Etat est aussi une forme de refus de cette autorité, ou de contestation. Et c’est la même chose pour le conducteur de moto ou l’automobiliste qui viole un feu rouge alors qu’il le voit bien, c’est la même chose pour le commerçant qui s’installe sur la chose ayant pleine conscience que c’est dédiée à la circulation, la même chose pour le vendeur du carburant frelaté, la même chose pour l’agent de la police qui prend de l’argent en route pour laisser passer des voitures sans aucun contrôle, la même chose qu’un fonctionnaire qui a transformé sa table de bureau en un comptoir où tous les services doivent être payés, alors qu’il a un salaire pour cela, c’est la même chose pour ce directeur d’entreprise publique qui s’éternise au poste alors qu’il y a la loi qui limite ses fonctions à 9 ans.

Toutes ces attitudes, et bien d’autres, sont des défiances à l’ordre établi, qui est complètement ignoré et foulé aux pieds avec arrogance parfois. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, devant l’absence de la loi, ou face à l’ignorance générale de la loi comme c’est le cas dans la société camerounaise, on se retrouve dans une jungle, où chacun fait ce qu’il veut, où c’est la loi du plus fort. La force de la loi ayant laissé la place à la loi du plus fort, rien d’étonnant que le citoyen qui se sent le plus fort physiquement fasse prévaloir ses muscles pour porter un élément de la force de l’ordre sur épaules et le dégager de son chemin ?

l’Etat qui se plaint de ne pas être respecté, se respecte-t-il lui-même ? L’autorité de l’Etat doit être restaurée certes, cela ne fait pas matière à débat. Et pour y arriver, un véritable examen de conscience ou un profond voyage intérieur s’impose… au plus haut niveau !

La racine du mal

Mais que personne ne se trompe, il n’est pas permis de mettre la main sur un homme en tenue ou un fonctionnaire en général dans l’exercice de ses fonctions. La Délégation générale à la sûreté nationale et le Secrétariat d’Etat à la défense ont mis à disposition et gratuitement les numéros 1500 et 1501 respectivement pour dénoncer les abus des policiers ou des gendarmes selon le cas. Il existe un cadre légal pour se plaindre des abus d’autorité et toutes les personnes qui se livrent à de pareils actes seront rattrapées et punies. Mais punir sans éradiquer le mal, c’est un cercle vicieux, un éternel recommencement. Que de s’arrêter aux manifestations d’un mal, il vaut mieux s’attaquer aux causes, et la cause des violences faites aux fonctionnaires dans la rue, filmées et diffusés dans les réseaux sociaux, c’est la défiance générale de l’autorité et de la loi qui caractérise la société camerounaise, où on ne le dira jamais assez avec Hubert Mono Djana, on a écarté la norme et normalisé les écarts. C’est pour cela que les populations trouvent normal qu’un civil violente un homme en tenue et l’ovationne même quand il prend le dessus sur lui, ce qui dans un état normal est un scandale.

Pourquoi la loi ne fait-elle plus peur, pourquoi l’autorité ne fait-elle plus peur, ce sont des questions essentielles qu’il faudrait poser dans les réunions et autres rencontres étatiques, dans la recherche de la solution. Les gouvernants doivent se rendre compte que les citoyens camerounais, à tous les niveaux possibles, ne respectent plus ni l’autorité ni la loi, ils la craignent plutôt au meilleur des cas. La différence entre craindre et respecter étant que dans le premier cas, si l’élément qui suscite la crainte à savoir l’application de la loi par exemple peut être effacé, anéanti ou évité, on contourne la règle et on fait ce qu’on veut, et dans le cas du respect, on n’a pas besoin de mettre en perspective une quelque réprimande pour se ranger.

On respecte automatiquement le feu rouge sans attendre qu’un policier soit posté là à surveiller, on se soumet à la loi sans y être contraint. Et l’Etat lui-même, incarné dans divers fonctions, devrait servir d’exemple. Un adage dit « si tu veux être respecté, respecte-toi toi-même. » La question ultime est donc celle de savoir : l’Etat qui se plaint de ne pas être respecté, se respecte-t-il lui-même ? L’autorité de l’Etat doit être restaurée certes, cela ne fait pas matière à débat. Et pour y arriver, un véritable examen de conscience ou un profond voyage intérieur s’impose… au plus haut niveau !

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