La justice en procès…dans la rue
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En quoi les émeutes Foumbot viennent mettre en évidence une crise de confiance profonde entre la justice et les justiciables.

Le décès d’un prévenu à la prison secondaire de Foumbot dans le département du Noun (Ouest) et les événements qui s’en sont suivis, lundi dernier, ont projeté à la face du monde le miroir d’une société camerounaise ou du moins une partie de celle-ci, qui prend ses distances avec la justice. Une foule de personnes manifestement surexcitées a mis le feu au tribunal de première instance de la ville, à la suite du décès en détention d’un vendeur de médicaments réputé dans le coin. C’est des tonnes de documents justice perdus, au-delà de l’infrastructure à reconstruire aux frais du contribuable. Les auteurs qui ont agi dans un incroyable état de nature ont cru ainsi punir le refus des autorités judiciaires locales d’admettre le prévenu à l’hôpital. Selon des témoignages, rongé par la maladie, ce dernier et ses proches auraient régulièrement attiré l’attention des geôliers sur son état de santé qui s’était dégradé au cours des dernières semaines et sollicité à plusieurs reprises son transfèrement vers une unité de prise en charge sanitaire. A chaque fois, rapportent-ils, ils ont fait face au refus catégorique du procureur de la République, qui l’avait mis sous mandat de détention provisoire pour vente illicite de médicaments. 

Les proches de l’infortuné rapportent avec insistance qu’une forte somme d’argent leur aurait été demandée au parquet pour obtenir sa libération, somme qu’ils n’ont pas été capables de réunir. D’autres sources sur place indiquent d’ailleurs que c’est cette information qui s’est répandue comme une traînée de poudre dans la ville qui aurait révolté une population fort chauffée à blanc par les pratiques de concussion du corps judiciaire local. Le procureur mis à l’index n’a toujours pas réagi à ces graves accusations. La chancellerie non plus n’a pas réagi depuis la survenue de ces événements. 

Le même parquet de Foumbot avait déjà fait l’objet de déclarations scandaleuses de la part de l’ex sous-préfet dudit arrondissement, Manou Diguir, promu en janvier dernier au poste de préfet du Mayo-Danay, dans la région de l’Extrême-Nord. L’autorité administrative avait déclaré l’an dernier, dans une interview accordée à la chaîne de télévision privée DBS, que ses administrés souffraient « de l’excès de pouvoir » de la part des fonctionnaires de la chaîne judiciaire de Foumbot, qui avaient écroué deux jeunes investisseurs dûment autorisés par le préfet du département du Noun à développer un projet de carrière sur une parcelle relevant du domaine privé de l’Etat, pour avoir détruit quelques plantes d’une dame qui exploitait ladite parcelle de manière illicite.

Cocktail Molotov

Il leur avait été exigé, selon le témoignage du sous-préfet, de verser 5 millions Fcfa en guise de dédommagement contre leur libération. « La population de l’arrondissement de Foumbot souffre de torture. On peut vous mettre en prison quand on veut et comme on veut, même quand vous avez raison», s’était déchaîné Manou Diguir. Réaction plutôt rare de la part d’une autorité administrative face aux dérives des fonctionnaires de la justice. Des mélodrames judiciaires se sont multipliés ces dernières années à travers le pays, qui ont considérablement effrité la confiance des justiciables en la justice au point de la plonger dans une  crise de légitimité.

L’une des actions d’éclat qui met en évidence cette perte de confiance est l’attentat perpétré le 1er avril 2021 contre le ministre d’Etat, ministre de la Justice, Laurent Esso. Ce jour-là, Michael Abende avait jeté un cocktail Molotov sur la voiture du garde des Sceaux et vandalisé plusieurs autres véhicules garés au bas de l’immeuble abritant le ministère de la Justice. Il aurait affirmé que c’était sa manière à lui de se rendre justice après plusieurs désillusions devant des tribunaux. Selon la police qui enquête sur lui, l’individu présenté comme un forcené en était à sa deuxième tentative d’assassinat contre la même personnalité. Sous-réserve des résultats des examens effectués en vue de déterminer son état de santé mental, cet incident pour le moins inespéré visant l’un des hommes les plus protégées de Yaoundé est un indicateur sérieux de la désaffection des justiciables vis-à-vis de l’appareil judiciaire. Elle illustre enfin le recours de plus en plus décontracté à la justice privée dans le pays. 

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