DR. HONORIS CAUSA ET LES CELEBRITES: LA CHRONIQUE DE CALVIN DJOUARY
FRANCE :: POINT DE VUE

FRANCE :: DR. HONORIS CAUSA ET LES CELEBRITES: LA CHRONIQUE DE CALVIN DJOUARY

Lorsque le Recteur ou le chancelier d’une université décide de décerner un Doctorat Honoris Causa, c’est pour saluer l’œuvre d’une personne qui s’est distinguée dans un domaine. C’est la contribution de cette personne à l’évolution du monde en général, ou du Cameroun en particulier dans le domaine qui est le sien. Il ne s'agit pas d'un cadeau ; il s'agit de récompenser un travail assidu.  

Les footballeurs aujourd’hui sont des modèles qui inspirent nos sociétés.  Ils ont contribué à donner espoir à une jeunesse des quartiers oubliés. Ils ont fait hissé le drapeau de leur pays et de leur club au firmament, et ils ont réussi à faire comprendre au reste du monde, la nécessité de faire de la vie une œuvre d'art en évitant les cris, les fanfares, qui font passer à côté du vrai monde.

Il faut respecter ceux qui se sont battus pour composer leur propre chanson et qui aujourd’hui impose leur propre rythme à toute une génération. Les footballeurs ont su faire vivre dans leurs œuvres des univers émouvants, saillants comme des lunes lumineuses et chacun était content de revoir sa jeunesse, parfois son enfance vécue dans un monde irréel.  La beauté des talents est indissociable de la beauté de la vie.

On donne un diplôme Honoris Causa en tenant compte de la qualité de l'homme, de son discours, de ses actions ainsi que son grand humanisme.  Aujourd’hui, beaucoup d’intellectuels sont en prison, rarement des footballeurs.  On nous apprend qu’ils n’ont pas fait de longues études pour apprendre la vertu. Pourtant ils se contentent des vertus qui leur sont transmises pendant leur encadrement auprès d’un coach. Cela a suffi pour gagner la vie. Les footballeurs sont dehors et aident les pauvres, même à notre insu.

Des vrais artistes qui travaillent et qui font du bien. Cette distinction est donnée pour encourager la personne à continuer à travailler inlassablement pour ne pas la démériter. Les honneurs donnés à nos stars sont justes.

C’est le signe que la communauté est fière d’eux et du travail qu’ils ont réalisé. Beaucoup dans nos sociétés font prévaloir leur diplôme, c'est une bonne chose ; mais les diplômes ne valent rien lorsque cela ne nous apporte rien dans la communauté. Les diplômes valorisent les acquis, mais ils ne sont pas déterminants pour évaluer les compétences d'une personne qui n’a rien démontré sur le terrain de l'action. Nombreux sont les footballeurs qui ont créé des entreprises, construit des hôpitaux, construit des écoles, contribué de façon déterminante au soutien des jeunes, par la formation et participé à la lutte contre le chômage...etc. Combien de docteurs ont créé des entreprises au Cameroun ?

Combien de diplômés sont dans des prisons ? à qui faut-il décerner le doctorat Honoris Causas ?  J'ai l’habitude de dire aux jeunes camerounais, de ne pas se faire des complexes devant ceux qui brandissent les diplômes, parce que beaucoup sont des tonneaux percés. Très souvent ces diplômés ne sont pas capables de composer des menus épicés au service de leur prochain. Néanmoins, mon conseil intime est qu’ils étudient ou s'autoforment continuellement pour avoir la connaissance. Que l'obstacle à l’obtention d’un diplôme peut être franchi par l'audace et le talent.

Ces qualités leur permettront d’appréhender les problèmes délicats, qui ne manqueront pas de surgir à l’avenir dans la vie pratique. Les africains sont encore les seuls qui s’attachent aux diplômes. Viens dire à un Français qui est plombier que tu as le doctorat. Il te posera toujours cette question très profonde : « que faites-vous en France ? », une façon de dire que tu n’es pas capable de créer des richesses après un si brillant parcours, et chemin faisant il te montrera sa maison qu’il a acheté et celle qu’il hérite de son père qui était cordonnier.

Nous avons tous échoués en Afrique dans notre perception de diplômes. J’aime les footballeurs et les musiciens, ils créent des richesses, ils procurent du bonheur à tous. Les diplômés créent des angoisses, des terreurs, des guerres, des frustrations, ils aiment le pouvoir, ils ne vivent que pour ça. Ce qui est embêtant, c’est la persistance dans ces mauvaises approches. On demande à une personne qui a réussi sa vie et qui est reconnu dans le monde de réussir encore dans le domaine qui n’est pas le sien.

Ça brouille dans la tête des Africains. Il a réussi dans son domaine et il l’a bien fait, il s’est investi et il emploie des personnes dans le domaine auquel vous faite allusion. On le reconnait pour ce talent. Vous vous improvisez en juge. Nous n’avons souvent pas une bonne conscience et ça nous diminue. Retenons une chose : « on donne le Doctorat Honoris Causas à certaines personnes qui n’ont pas fait de cursus scolaires mais qui ont mobilisé leur compétence pour créer des valeurs. » C’est ma femme qui m’a enseigné cette approche lorsque je rédigeais ma chronique.  Il faut tenir compte dans la vie des gens qui ont eu des difficultés de parcours, mais qui dotés des  acquis de l’expérience ont finalement apporté une plus-value dans la société. Aux jeunes, je leur dis une fois de plus, de ne pas rester cantonnés dans les petits milieux qui les influencent avec les diplômes, qu’ils se donnent du cran comme les footballeurs. Ce que les diplômés recherchent dans ce monde, les footballeurs l’ont déjà.

Les diplômes ne suffisent plus, les compétences même ne suffisent plus de nos jours, il faut des relations et là les footballeurs ont un réseautage plus sûr que quiconque. Le talent artistique n’est pas une utopie, c’est une réalité.

Je dis aux jeunes, construisez vos vies autour des idées qui font bouleverser les tendances ; il n’y a aucun mal à être heureux quand les gens reconnaissent votre talent, et même si c’est le diable qui leur donne un prix, s’ils lavent bien les mains, ils pourront dîner ensemble. Les gens qui obtiennent des prix sont ceux qui se sont investis et il n’y a pas de petit prix.

Si vous aimez la musique, accordez vos guitares, si vous adorez le football, courez tous les soirs ; si c’est l’école qui vous fascine poursuivez-là comme du vent ; si vous aimez l’écriture lisez à fond ; quel que soit le domaine qui vous séduit, cela requiert  un investissement et là ma super star l’avait bien compris. C'est pourquoi il est incompris.

Et nous dans tout ça ? C'est de comprendre et d'essayer d'expliquer à ceux paraissaient n'avoir rien compris.   

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