Armée : les hommes du déshonneur ?
CAMEROUN :: POINT DE VUE

CAMEROUN :: Armée : les hommes du déshonneur ? :: CAMEROON

En 1992, est sorti aux Etats Unis un film intitulé « des hommes d’honneur », adaptation d’une histoire vraie relatée dans une pièce de théâtre. Le film raconte l’histoire de deux soldats, affectés sur la base de Guantánamo, qui ont causé la mort d’un de leurs camarades au cours d’une action disciplinaire officieuse appelée « code rouge » : ils l’avaient bâillonné en lui enfonçant un chiffon dans la bouche. Ils doivent répondre de leurs actes devant la justice militaire.

Un jeune avocat commis pour leur défense croit pouvoir prendre l’affaire à la légère et faire plaider sur aveux les accusés, mais son supérieur l’encourage à creuser un peu plus. L’avocat et son assistant découvrent alors que le commandant de la base de Guantánamo pourrait être mêlé à cette mort, c’est lui qui avait donné l’ordre de punir le défunt qui est mort en subissant la punition. Il reste alors à le démontrer.

Lors du procès l’avocat démontre au jury que le « code rouge » est toujours appliqué comme mesure disciplinaire chez les Marines, malgré sa dénonciation comme pratique illégale dans la hiérarchie militaire. Il pourrait ainsi s’agir d’un homicide involontaire. Pendant ce temps, un officier témoin principal qui était prêt à dénoncer les pratiques de punition dans l’affaire, rongé par sa propre faute, se suicide avant l’audience. Le jeune avocat, déterminé malgré les intimidations, appelle le commandant de la base lui-même à la barre et le soumet à un interrogatoire incisif à la limite de l’impertinence. Poussé dans ses retranchements par le jeune avocat, et pris dans les contradictions de ses témoignages, il avoue finalement être le commanditaire des sévices qui ont entraîné la mort du soldat. Implicitement il s’incrimine ainsi en tant que principal responsable des manœuvres de dissimulation de l’homicide. Les soldats n’étaient que des exécutants, c’est lui qui avait donné l’ordre d’appliquer le « code rouge. »

Pratiques courantes 

Y aurait-il un « code rouge » dans l’armée camerounaise ? Le 11 février 2021, en pleine célébration de la fête de la jeunesse, des jeunes éléments des forces de défense et de sécurité prenaient plaisir à appliquer une torture indescriptible à un autre jeune, soupçonné d’être le relais des combattants séparatistes. A l’aide des seaux d’eau et d’une machette, ils infligeaient des sévices corporels sur un dos nu et mouillé, sur des plantes de pied, aux fessiers, le ventre au sol et la face étouffée. Ils ont poussé le cynisme aussi loin que de filmer la scène et de la diffuser sur les réseaux sociaux. Trois jours après, le sous-préfet de l’arrondissement de Ndu, territoire sur lequel se déroulait la torture, saisissait les responsables de la police, gendarmerie et du corps militaire pour leur demander d’engager des mesures disciplinaires et légales contre les auteurs de ces actes horribles. Le 15 février 2021, le ministère de la Défense a également  rendu public un communiqué y relatif, qui renseigne davantage.

Il confirme que les faits se sont déroulés dans la localité de Ndu, département du Donga-Mantung, région du Nord-Ouest. L’homme torturé dans la vidéo s’appelle Jean Fai Fungong, et ses bourreaux sont 02 gendarmes, 02 soldats et 04 policiers. Tous déjà aux arrêts d’après le communiqué, et les enquêtes permettront « de préciser les contours de ces intolérables agissements, en rupture avec d’une part le respect des règles d’engagement et d’autre part la protection des droits humains, principes cardinaux auxquels les éléments des forces de défense et de sécurité sont fermement astreints. »

La ritournelle des enquêtes ouvertes est connue. Celles-ci aboutiront sans doute à la culpabilisation des 08 éléments des forces de défense et de sécurité déjà en détention. Mais ont-ils agit seuls, n’obéissaient-ils pas à un ordre direct ou indirect, ne sont-ils pas des boucs émissaires ou de simples produits d’un système ?  En regardant de plus près la vidéo on ne peut s’empêcher de se poser ces questions. La méthode utilisée, la technique du corps mouillé pour le rendre plus sensible à la douleur, l’utilisation de la machette à plat sur le dos et les plantes de pieds, alors que les jambes sont maintenues au sol dans une position précise, tout cela ressemble à la mise en application d’une leçon bien apprise. Où ? Plus, dans la sinistre pratique, inhumaine, on entend une des voix de tortionnaire qui dit que c’est comme cela qu’ils traitent les étudiants, qu’on appelle ça la manœuvre. Pour dire simplement qu’ils savent bien ce qu’ils font.

Le procès du système

La tendance à la  violence et la barbarie chez les militaires est presque congénitale dans les champs de guerre. Les conditions de vie, l’ampleur des combats ou le traitement dans le corps les y prédisposent en effet. C’est pour encadrer ces comportements que les lois sur la guerre ont été élaborées sous forme de convention, comme la Convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre, d’ailleurs ratifiée par le Cameroun. Il est vrai que la ratification de la convention par un pays n’élimine pas  les barbaries dans les zones de guerre, mais au moins ceux qui s’y adonnent savent ce qui les attend. Le  procès qui va s’ouvrir ne devra pas être celui des 8 éléments des forces de défense et de sécurité mis en cause, il devra être celui des pratiques dans l’armée, dans la police et dans la gendarmerie. Parce que dans le cas d’espèce, il s’est seulement révélé au grand jour ce qui se fait en cachette.

De nombreux prisonniers racontent souvent ce qu’ils ont subi dans les cellules, sans que l’on ne mesure la véritable ampleur. La diffusion de cette vidéo, que personne n’explique d’ailleurs, est en la matière l’accomplissement d’une prophétie de la bible : « Il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu », lit-on dans l’évangile de Luc chapitre 12 verset 2. Pour mémoire, d’autres actes barbares considérés comme des bavures avaient été posés il y a un an à Ngarbuh, avec à la clé des vies perdues y compris celles des enfants innocents. Des soldats attendent encore le jugement, mais la pratique reste perpétuée, et comme il avait été rappelée à l’époque, c’est cette pratique qu’il faut combattre, et non pas les hommes.

Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo

L'actualité en vidéo