André Ze Jam Afane  " Effacer l’histoire d’un peuple est synonyme de crime"
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Votre rédaction s’est rendue à Reims, ville située dans le nord-est de la France et plus précisément à 129 km de Paris pour recueillir les impressions du poète, artiste musicien, peintre,  André Ze Jam Afane, fils de  feu René Jam Afane, l’un des auteurs compositeurs de l'hymne national du Cameroun. Diplômé de Droit et Philosophie politique, André Ze Jam Afane a choisi le métier d’artiste qu’il anime depuis des années. Très souriant, prolifique, il a accepté de répondre à nos questions. Lisez plutôt

Vous êtes artiste engagé et suivez presque les pas de votre papa, le notait récemment la Fondation Moumié dans un communiqué de presse. Pouvez-vous confirmer ou infirmer cette information ?

Mon papa René Jam Afane était un homme doté d’une intelligence particulière. Il  ne parlait pas pour ne rien dire. Je me rappelle à chaque conflit il nous disait toujours, quand deux arbres se tiennent côte à côte, ils se frottent de temps en temps.Donc entre les hommes, il y a toujours des moments où il y a des frottements  lorsqu’on vit ensemble. Il  y a toujours quelque chose qui provoque ce frottement.  Donc tout ce qu’on dit que ce soit sur la Fondation Moumié ou sur le Cameroun, il y a des  problèmes précis qui doivent être résolus. Mon père résumait  toute la situation du Cameroun  qu’il a vu naître par une seule phrase «  très humble, certains profitent du travail des autres ».  Mon père ne s’attardait jamais sur des choses négatives, il agissait toujours sur le bon sens. C’est quelqu’un qui était  épris de justice et qui agissait toujours au cœur des problèmes. Alors, que ceux qui cherchent à profiter du travail des autres cessent.

Vous parlez de qui en tant que profiteurs du travail des autres ?

Quand je parle de ceux qui profitent du travail des autres, je m’inspire de ce que j’ai vécu il y a de cela quelques temps  au Cameroun. Dans l’hymne national du Cameroun, on parle  du berceau, le berceau de nos ancêtres. A un certain moment pour la petite anecdote, j’étais au niveau  de la place du marché central de Yaoundé, j’ai vu comme dans une performance artistique surréaliste des Camerounais installés dans la rue à cause de l’embouteillage, alors j’ai  vu dans ce Cameroun un bébé qui est né dans les années soixante, qui  a aujourd’hui soixante ans et on lui a offert un beau berceau bleu. Il a 60 ans et il vit  toujours dans la même chambre et se couche sur un même lit. Voilà l’image du Cameroun, il y a un parc automobile à viabiliser, nos hôpitaux à reconstruire, nos écoles à reconstruire, le pays a reculé de plus de 50 ans en arrière. Mon père était un homme qui ne parlait pas mais agissait. Il n’était pas de ceux qui profitent du travail des autres

Est-ce que votre papa de son vivant vous a raconté les circonstances dans lesquelles ils ont composé l’hymne national du Cameroun ?

C’est une histoire qui a été raconté plusieurs fois par les élèves de sa génération, celle de 1928 de l’Ecole Normale de Foulassi où ils étudiaient. Mon père n’en parlait pas trop car dans la culture Bulu, on ne dit jamais qui est l’auteur d’un chant. Au Cameroun nous avons des chansons traditionnelles et dire qu’on est l’auteur d’un chant, c’est comme s’il était un Dieu.  A l’Ecole Normale de Foulassi, ils avaient le révérend Camille Armand Chazeau, ce pasteur qui avait fait la première guerre mondiale et qui avait horreur de la guerre. Dans les bagages des colons ils y avaient quand même des bonnes personnes. Dans cette Ecole normale, ce Monsieur Chazeau n’arrêtait de parler de la paix, de l’amour pour la patrie, jusqu’à ce que mon père et ceux de sa promotion à la fin de leur DMI.

(Réné jam Afane à Paris, années soixantes)

Pour revenir l’Ecole normale de Foulassi, mon père à l’époque à la fin de leur DMI a demandé à Monsieur Chazeau s’il pouvait aussi un jour chanter l’hymne pour son pays, Chazeau qui les initiait à l’instruction civique leur a donné le fameux devoir d’écriture d’une chanson qui pouvait être l’hymne national du Cameroun. Et comme mon père était le meilleur en poésie, c’est son texte très visionnaire qui a été retenu. Ils ont composé une musique avec Samuel Minkyo Bamba. Les textes  ont tellement ému le directeur de l’école qu’il l’a retenu  et l’a baptisé de «  Chant de ralliement ». Le staff de l’école avait regroupé plus  de 28 petits jeunes qu’ils étaient, en jurant qu’ils devaient enseigner cette chanson à tous leurs élèves et à tous les camerounais. Ils ne savaient pas encore que c’était l’hymne national du Cameroun. Ce chant de ralliement fut ainsi enseigné dans toutes les écoles du Cameroun et fut adopté par la première assemblée législative (1957-1959) comme hymne national du Cameroun

Tout à l’heure vous parliez du DMI, de quoi s’agit-il exactement ?

Le DMI, c’est le diplôme de moniteur indigène qu’on donnait après le certificat d’études primaire pour ceux qui avaient passé trois années de formation pour pouvoir être instituteur dans les colonies. Ils ne pouvaient pas aller au-dessus.

Votre géniteur  Réné Jam Afane, avait quel âge à cette époque ?

Merci de me poser cette question car beaucoup ne le savent pas, pour rappel mon père avait 18 ans en 1928 et beaucoup de Camerounais ne le savent pas. Quand on célèbre le cinquantenaire de nos indépendances, il faut penser à nos héros

Que voulez-vous dire insinuer dans ce sens ?

Chaque camerounais devra ouvrir son cœur, respecter la tradition et écouter la voix de nos ancêtres. Je continue à penser tout comme la Fondation Moumié que j'admire beaucoup de par leur courage, que nos héros doivent être réhabilités et inscrits dans nos livres d’histoire. Effacer l’histoire d’un peuple est synonyme de crime. Plusieurs Camerounais ont rendu l'âme parce qu’ils voulaient simplement que le Cameroun soit indépendant. Mon père par exemple est mort en 1981, martyr du développement autocentré, il a refusé de venir se faire soigner en France parce que tous les Camerounais ne peuvent  pas venir se soigner en France. Il disait toujours, « vous n’allez pas me soigner parce que vous dites que je suis l’auteur d’un hymne et les autres Camerounais ? ». Il a préféré mourir dans le Sud Cameroun et ne pas prendre l’avion. C’est autant de choses parmi tant d’autres que les camerounais ne savent pas. ( A suivre)

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