Péage routier : Plus de 7 milliards F Cfa détournés chaque année
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Avec la construction des 14 premiers postes automatiques, les performances partiront de 7 milliards en 2021, pour atteindre 53,59 milliards dans 20 ans.

En 2019, le gouvernement s’est donné le défi de collecter 8 milliards F.Cfa aux 47 postes de péage installés sur le réseau routier national. Au final, la cagnotte n’a pas dépassé 6,4 milliards F.Cfa. Cet objectif a été fixé pour la première fois dans la loi des Finances 2012. Pourtant les pouvoirs publics n’ont jamais atteint 7 milliards depuis l’instauration du péage routier au Cameroun en 1993.

Au ministère des Travaux publics, on est convaincu que, malgré les échecs, l’ambition du gouvernement reste de loin sousestimée car, il est possible de faire beaucoup mieux. « Près de 50% des recettes sont détournés par la fraude », indique la cellule de la planification dans un état des lieux des recettes de péage routier, dressé à partir des chiffres tenus par la direction générale des Impôts.

Si l’Etat perd la moitié des recettes qui devraient se retrouver dans ses caisses, il convient d’en déduire qu’en 2019, le Trésor public a encaissé 6,4 milliards F.Cfa et en a perdu presqu’autant. Et si quelque 100 milliards F.Cfa ont été engrangés depuis 1995, il n’est pas exagéré de dire qu’environ 100 milliards F.Cfa ont été détournés en parallèle par les mécanismes de la fraude. Il y a bien un partage à parts égales entre les caisses publiques et les fraudeurs.

Automatiser pour mieux sécuriser

C’est la raison pour laquelle le péage routier n’a jamais atteint son objectif : contribuer à la hauteur de sa quotité au financement de l’entretien routier. Le gouvernement en fait l’aveu. Son challenge a toujours été de sécuriser cette poche de recettes. A l’évidence pourtant, il y a échec du Programme de sécurisation des recettes routières (Psrr) mis en place en octobre 2005.

Du moins, celui-ci a échoué sur le segment du péage routier qui n’est que l’un des postes de recettes sur les routes. Il y a aussi la redevance à l’usage de la route, la taxe à l’essieu et les amendes routières. Pour les recettes du péage routier, l’automatisation est présentée comme la solution qui devrait permettre de sortir d’un système de payement archaïque qui favorise l’extrême fraude due au contact des péagistes avec l’argent.

Après plusieurs années d’annonce, le gouvernement a enfin lancé le chantier de construction des 14 premiers postes de péage automatiques sur certaines routes bitumées du réseau national. La cérémonie de pose de la première pierre a eu lieu hier, 10 décembre 2020, dans la ville de Mbankomo en présence du ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, et de deux de ses collègues : le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, et le patron des Finances, Louis Paul Motaze.

Le gouvernement a choisi d’automatiser les 14 postes de péage qui fournissent 75% des recettes globales. Ces postes sont les suivants : Tiko, Mbanga, Manjo, Édéa, Boumnyebel, Mbankomo, Nsimalen, Nkometou, Bafia, Bayangam, Foumbot, Bandja, Matazem et Dschang. Ils se trouvent sur quatre principaux axes du pays : l’axe Yaoundé-Douala-Limbé, l’axe Yaoundé-Bafoussam-Bamenda, l’axe Douala-Bafoussam et l’entrée de l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen.

Prix à payer

Selon les projections, les recettes vont exploser dès la mise en service de ces infrastructures. La collecte devrait donner 7 milliards en 2021. Les performances iront crescendo jusqu’à atteindre 53,59 milliards en 2039. Pourtant le tarif sera maintenu à 500 F.Cfa par automobile. Le gouvernement cèdera une part des recettes à l’entreprise en charge de réaliser le projet. Il s’agit de Tollcam, détenue à parts égales par Razel-Bec et Egis.

Elle investira 34,752 milliards F.Cfa dans le cadre d’un partenariat public-privé avec l’Etat du Cameroun. La société Tollcam s’occupe de tout : financement, conception, construction, équipement, exploitation et maintenance des 14 postes de péage automatiques.

Elle a 24 mois pour réaliser les infrastructures. Dès leur mise en service, Tollcam détiendra un bail d’exploitation jusqu’en 2039. Le prestataire se rémunèrera pour son investissement ainsi que pour les coûts d’exploitation et de maintenance des postes de péage automatiques.

En 2021, sur les 7 milliards attendus, l’entreprise retiendra 1,518 milliard. En 2039, l’entreprise gardera 4,595 milliards. C’est le prix à payer pour contourner les détournements de fonds publics organisés par les Camerounais sur la route.

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