Jacques Fame Ndongo : «C’est le peuple camerounais qui élira le successeur de l’actuel président» :: CAMEROON
Jacques Fame Ndongo : «C’est le peuple camerounais qui élira le successeur de l’actuel président» :: CAMEROON
 
CAMEROUN :: POLITIQUE
  • RFI : Christophe Boisbouvier
  • vendredi 03 juillet 2020 02:07:00
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Jacques Fame Ndongo : «C’est le peuple camerounais qui élira le successeur de l’actuel président» :: CAMEROON

Au Cameroun, la succession de Paul Biya, qui est au pouvoir depuis 38 ans, fait polémique entre la majorité et l'opposition. Il y a un mois, le 1er juin, le numéro un de opposition, Maurice Kamto, a affirmé « qu'au mépris de toutes les règles démocratiques », le chef de l’État préparait une succession « de gré à gré » avec une personne de son choix, sans préciser laquelle. Jacques Fame Ndongo est le secrétaire à la Communication du Comité central du parti au pouvoir, le RDPC, Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Il est aussi au Bureau politique de ce parti. En ligne de Yaoundé, il répond à RFI.

Au mois de mars dernier, le Secrétaire général de l’ONU a appelé à un cessez-lefeu dans l’ouest anglophone. L’un des mouvements rebelles a accepté, mais pas le gouvernement. Pourquoi?
Oui, mais comme vous le savez, il y a eu un grand dialogue national en 2019 et nous avons pu aboutir à un modus vivendi, à savoir la prise en compte de la plupart des revendications des régions du nord-ouest et du sud-ouest. Maintenant, nous avons une horde de hors-la-loi qui sèment la terreur, qui égorgent, qui violent, qui enterrent même des personnes vivantes ! Il est assez difficile de procéder à un cessez-le-feu avec des sanguinaires et des tortionnaires.

Vous parlez de horsla-loi qui commettent de nombreux crimes, mais en février dernier, selon les Nations Unies, au moins 22 civils ont été massacrés par l’armée camerounaise à Ngarbuh, dans l’ouest anglophone. Comment expliquezvous ce massacre ?
Comme vous savez, le président de la République, Son Excellence Paul Biya, a prescrit une enquête approfondie. Cela signifie qu’il y a une présomption d’exactions.

Apparemment, ce sont des soldats qui sont visés par l’enquête et aucun officier. N’est-ce pas une enquête qui risque d’être bâclée ?
Non, le président de la République étant légaliste, il ne peut pas laisser prospérer des actes ignobles. Je crois savoir que, comme il l’a dit, l’enquête sera exhaustive et sans complaisance. Et naturellement, si tant est que des allégations sont vérifiées et validées, des sanctions exemplaires devront s’appliquer pour ces contrevenants.

La mort en prison du journaliste anglophone Samuel Wazizi n’est-elle pas une grave atteinte aux droits de l’homme ?
Mais vous savez, le ministre en charge de la Défense a publié un communiqué. Le communiqué a relaté les tenants et les aboutissants de cette mort. Je crois savoir que des conséquences devraient être tirées en toute connaissance de cause.

Samuel Wazizi était journaliste dans le sud-ouest anglophone. Il a été arrêté en août 2019 et ce n’est qu’au début de ce mois de juin qu’on a appris sa mort. Pourquoi cette dissimulation pendant près d’un an ? Est-ce parce qu’il avait été torturé et qu’il ne fallait pas faire d’autopsie ?
Le communiqué a été clair, pour le moment je ne peux pas dire avec certitude qu’il y ait eu volonté de dissimuler tel ou tel acte. Mais je crois savoir que, bien qu’il y ait eu le retard que vous signalez, il n’a pas été question de dissimuler la vérité ou de couvrir des actes ignominieux.

Dans son communiqué, le ministère de la Défense dit que le journaliste a succombé à une septicémie. Mais la famille n’y croit pas. Les organisations des droits de l’homme non plus. Alors, ne faut-il pas une enquête ?
A ce niveau-là, naturellement, la personne habilitée à prescrire l’enquête fera le nécessaire autant que de besoin, si tant est qu’elle le juge nécessaire.

Depuis le grand dialogue national d’octobre dernier, plusieurs réformes sont en cours, mais est-ce qu’il ne faut pas envisager aussi une révision de la Constitution ?
Pour le moment, ce n’est pas d’actualité.

Certains parlent de la création d’un poste de vice-président au Cameroun. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Ce sont des rumeurs.

Oui, mais peut-être que des rumeurs finissent par devenir réalité…
En ce qui me concerne, j’ai fait mes petites enquêtes. Pour le moment, il n’est pas question d’un projet de loi déposé par le gouvernement ou d’une proposition de loi émanant du Parlement. Je dis donc que, pour le moment, cela n’est pas d’actualité.

Actuellement, c’est le président du Sénat qui est appelé à succéder au chef de l’État en cas de vacance du pouvoir. Mais est-ce la bonne solution ?
Oui, c’est la solution, puisque c’est cela qui est dans la Constitution et la Constitution, c’est la loi fondamentale.

Est-ce que, vu l’âge du capitaine, la question de la succession ne va pas se poser un jour ?
Mais vous dites bien « un jour » ! Il y aura bien un jour où cette question va se poser. Mais alors, quel jour ? C’est une équation à plusieurs inconnues, puisque nous ne connaissons pas le jour.

Est-ce que vous y pensez ?
Je crois que, dans toute démocratie, on ne peut pas exclure cela. Mais ce n’est pas d’actualité, puisque le président de la République exerce pleinement ses activités.

Est-ce que le chef d'État y pense ? Estce qu’il prépare sa succession ?
Mais le chef de l’État est un sage ! C’est un homme équilibré. C’est un homme pondéré et c’est un homme qui aime passionnément le Cameroun.

Donc il y pense…
Mais c’est vous qui le dites !

Est-ce qu’il vous en parle ?
Non.

Et du côté de l’opposition, Maurice Kamto parle d’un gré à gré. C’est-à-dire de l’hypothèse où le président Biya désignerait lui-même son successeur.
Cela est tout à fait faux, parce que la souveraineté nationale appartient au peuple camerounais, souverain et maître de son destin. Donc lorsque la question de la succession sera d’actualité - pour le moment, elle ne l’est pas -, naturellement, c’est le peuple camerounais, souverain, qui élira démocratiquement le successeur de l’actuel président de la République. Tout le reste relève de chimères, de supputations et de fantasmes. Donc les allégations relatives au gré à gré politique relèvent de la fantasmagorie.

03juil.
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