CAMEROUN :: Pr.SHANDA TONME ‘‘Les ambitions claniques,ne peuvent mener qu’à la catastrophe’’ :: CAMEROON
CAMEROUN :: Pr.SHANDA TONME ‘‘Les ambitions claniques,ne peuvent mener qu’à la catastrophe’’ :: CAMEROON
 
CAMEROUN :: POLITIQUE
  • L'Indépendant : Propos recueillis parMax Mpandjo
  • mercredi 27 mai 2020 16:41:00
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CAMEROUN :: Pr.SHANDA TONME ‘‘Les ambitions claniques,ne peuvent mener qu’à la catastrophe’’ :: CAMEROON

Depuis quelques semaines, il se dégage une forte impression de guerre de leadership dans la communauté Bamiléké. Pour certains, il ne s’agit même plus d’une simple impression, c’est une réalité. Pour d’autres, c’est aller trop vite en besogne, connaissant le caractère soudé des Bamilékés dont les tontines et les références au village, passent pour une véritable affaire de secte. Mais quoi que l’on en dise, la dernière sortie du Pr. Shanda Tonme à travers un entretien fleuve de plus de deux heures sur les écrans d’une télévision de la place, est venu contribuer à jeter de l’huile sur le feu. C’est donc tout naturellement vers lui, avec la casquette d’un des patrons les plus connus du LAAKAM qui lui colle à la peau et dont il se dit fier, que nous avons choisi d’essayer d’avoir des réponses.
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Pr Shanda Tonme, bonjour, et merci de nous faire l’honneur une fois de plus, d’accepter de vous répondre aux questions de notre journal, surtout de répondre sur un sujet qui agite nombre d’observateurs de la scène politique camerounaise, et au centre duquel vous apparaissez incontournable comme un des acteurs majeurs.

 Effectivement. Merci également, et soyez rassuré, je ne me suis jamais dérobé, et je ne me déroberai jamais tant que c’est vous qui venez aux nouvelles. Je connais et apprécie votre amitié, votre honnêteté et votre professionnalisme. Alors, je comprends bien, c’est encore une histoire de Bamiléké ?

Si vous voulez, mais pour nous, il s’agit d’avoir des précisions voire des clarifications pour nos lecteurs. Je ne vous apprends rien, et si vous l’ignoriez, sachez que votre dernière sortie télévisée n’en finit pas de faire des vagues. Entre autres choses, on note particulièrement une sorte de distance que vous avez pris avec le MRC du Pr Maurice Kamto.

Attendez, est-ce que je suis militant ou ai été militant du MRC un jour ? Une telle observation est à faire valoir pour un militant de ce parti. Je suis un citoyen libre et porteur d’opinions politiques, d’idéologie et de doctrine sociales propres. Je peux donc parfaitement me déterminer dans un sens ou dans un autre dans toute circonstance de consultation électorale, et ce sera en fonction de l’attrait des projets en compétition.

Mais professeur, nous nous focalisons sur les implications, et avant cela, sur les sources de cette divergence.

Je crois que je me suis abondamment exprimé, prononcé et manifesté sur les grandes orientations politiques de l’heure, les débats, les méthodes, les arguments et la façon de se projeter. Je ne pense pas que quelqu’un d’autre l’a fait avec autant de force, de permanence, de pertinence, de cohérence et de régularité.

C’est justement cela qui intrigue et donne à penser qu’il y a une sorte de schisme en cours ou déjà installé dans votre communauté que l’on connait généralement très soudée.

Attendez, mais vous me faites rire, à défaut de m’effrayer vraiment. De quel schisme parlez-vous ? Les Bamilékés seraient-ils organisés en secte, en mafias politique et idéologique sévère, granitique et radical ? Je ne le crois pas et c’est d’ailleurs impossible. Si vous remontez l’histoire du Cameroun sur les soixante dix dernières années, vous constaterez que les Bamilékés sont partout, dans tout, de tous les partis, organisations et sociétés politiques, exactement comme ils se retrouvent établis partout sur toute l’étendue du territoire national.

Nous pouvons être d’accord, mais vous ne pouvez pas cacher que les Bamilékés sont surtout au MRC ?

C’est injuste, archifaux. Je plains tous ceux qui penseraient ainsi, et je plains tous les Bamilékés qui auraient la tentation de se positionner dans un parti en fonction de la coloration ou du penchant tribal. Le jour où les Bamilékés opteraient pour cette démarche, ils seraient perdus, mais alors complètement perdus. On ne peut pas être aussi présent partout, présent dans tous les mixages, et penser se recroqueviller dans une cabane ethno-sectaire. Je dirai même que les autres peuvent s’amuser à fonctionner ainsi sans courir trop de risques, mais pour le Bamiléké, c’est mortel. Les Bamilékés ont une responsabilité spéciale, exceptionnelle, extraordinaire dans le processus de façonnement du destin du Cameroun. De la manière dont ils von assumer et gérer cette responsabilité, dépendra leur propre bonheur et le bonheur du Cameroun tout entier. Cet état de chose leur impose d’ailleurs une démarche, un travail et un engagement autrement plus exigent en termes de pragmatisme, de jugement et de positionnement dans le champ politique de notre pays. Cet état de chose leur impose également d’être capable d’avoir une lecture contrôlée, bien élaborée et plus qu’avisée dans l’approche, mais aussi l’appréhension des relations avec nos principaux partenaires, à commencer par la France.

Est-ce pour cela que vous n’êtes pas en accord avec le MRC ?

Je ne comprends toujours pas. Je n’ai rien à avoir avec le MRC qui est un parti avec ses dirigeants, ses ambitions, ses méthodes et une démarche. Ils sont ce qu’ils sont et moi je suis ce que je suis. Je vous signale qu’en aucune manière et d’aucune façon, nous ne travaillons ensemble ni ne coopérons dans quel qu’espace que ce soit. Ce sont des gens organisés et actifs, comme ils l’entendent, à leur façon et selon leurs canons idéologiques et doctrinaux réels ou supposés. Maintenant, c’est clair et suffisamment clair, que je ne partage pas plein de choses qu’ils font. Il demeure que comme avec tous nos autres compatriotes, y compris ceux du RDPC, nous sommes d’accord que notre pays doit avancer, se transformer, se moderniser et jouir d’une meilleure gouvernance. Tout est question de tact, de méthode, de discours, de langage, et des modèles de langage. Je l’ai dit et répété, que la stratégie des ultimatums adressés au Chef de l’Etat, au Gouvernement ou à toute autre organe ou personnalité responsable, n’est pas adaptée, pas appropriée, contreproductive et suicidaire dans notre contexte. Cela ne vaut pas seulement pour le MRC, cela vaut pour tout le monde, pour tous ceux qui ambitionne de participer à la gestion des affaires au Cameroun.

Est-ce aussi pour cela que vous vous êtes par exemple exprimé contre leur opération survie ?

Ecoutez, je ne mâche pas mes mots, et si vous m’avez bien suivi, j’ai plutôt apprécié l’initiative. Toutefois, j’ai réfuté la méthode. C’est toute la différence entre une bonne stratégie ordonnancée au moment de la mise en œuvre par une tactique inappropriée. Le décalage est tel qu’il faut être de mauvaise foi pour applaudir. Nous ne devons pas susciter des débats là où il n’en faut pas, ni critiquer pour critiquer, ou critiquer pour nuire. Dites-moi, vous avez des dons à faire, mais pourquoi ne pas le faire directement, ensuite, pourquoi ne pas le faire au nom de votre parti qui est connu et reconnu, respecté et implanté dans le pays ? La bagarre inutile est une affaire de buveurs des bars. On pouvait faire l’économie de cette polémique, surtout quand on vous oppose le respect des lois et règlements de la république.

Oui, mais ils font valoir qu’ailleurs, dans d’autres pays, des initiatives privées n’ont posé aucun problème.

Non, ce n’est pas là le problème. Les problèmes commencent quand vous dites : « allez, le Gouvernement ne sait rien faire. Mettez-vous de côté, vous avez échoué, le peuple camerounais est en danger ou se meurt. Nous venons le sauver. Nous prenons aussi le pouvoir ». Il y’a là un manque d’humilité ainsi qu’une étonnante absence de sagesse. Il ne faut pas faire comme si on trouvait un autre fond de commerce ou un autre motif de « renaissance » dans une malheureuse, inattendue et terrible maladie.

Que pensez-vous vraiment quand on dit que vous agissez pour sauver les pontes du RDPC qui n’ont pas le courage de prendre la parole contre leur frère ?

Ecoutez, une fois de plus, je n’ai pas d’état d’âme. Que l’on soit du RDPC, de l’UNDP ou des autres, je ne cherche pas à connaître l’origine ethnique pour formuler un jugement, dès lors que les actes ou les stratégies des uns et des autres, engagent le destin, la sécurité et la santé des Camerounais. Je veux rester objectif jusqu’au bout.

Justement, pourquoi vous et pas un autre ?

La question ne se pose même pas. La vérité c’est que je suis habitué à prendre publiquement position sur tous les sujets d’intérêt national et international, et dans le contexte actuel, je ne pouvais pas tout simplement observer sans faire entendre ma voix, c’eut été curieux.

Même quand cette sortie vous cause des tacles dans le clan ethnique à l’instar de cette volumineuse attaque d’un certain professeur André Nyamsi que l’on présente comme le Conseiller spécial du président du MRC ?

Vous me faites franchement rire. C’est qui ce professeur Franklin Machin ? Si c’est le même qui ère de pays en pays en Europe avec des diatribes inaudibles, je ne lui en voudrai pas, je plaindrai simplement ceux qui l’ont instrumenté. J’avoue qu’il me fait profondément pitié. Il vit une terrible envie obsessionnelle d’être SHANDA TONME. Ce n’est pas du reste la première fois qu’il se signale ainsi. Il me souvient qu’il l’a fait aussi au début des années 2000. Nos politicards qui cherchent des alliés à l’étranger devraient bien se renseigner pour éviter d’embrasser n’importe quoi et n’importe qui. Ce phénomène psychiatrique est exactement le genre de compatriote nostalgique, perdu, complètement désorienté et totalement étranger aux réalités de terrain au Cameroun. Bon, mais vous savez aussi que cela fait toujours bien à certaines personnes frustrées de forcer le verbe ostentatoire contre des étoiles pour essayer de profiter d’une certaine visibilité. En tout cas, se frotter à l’Or ne vous fait pas devenir de l’Or, ou vous voir conférer le même statut que l’Or. Je préfère passer l’éponge. Mais si jamais vous le rencontrez, demandez-lui ce qu’il a déjà fait de concret pour son pays, et accessoirement dans quelle ville du pays a-t-il bâti sa case de retraite.

Ne pensez-vous pas qu’il méritait une réponse pour le bien de l’opinion ?

Il faut apprendre à laisser certains artisans de poison mourir de leur propre poison. Les biologistes, virologues et microbiologistes vous diront que certains virus finissent par disparaître sans qu’on ait eu besoin de les combattre ou de leur trouver des antidotes. J’ai reçu une jeune dame médecin au téléphone, une personne proche qui me connaît bien pour mes œuvres sociales et qui connaît ma famille et mon parcours et voici la teneur de la conversation : « Mais professeur, qui est ce monsieur qui vous attaque de façon aussi malhonnête et aussi brutale, en déversant des tas de mensonges et des contrevérités ? Pourquoi les gens de ce parti ici ne réagissent pas ? C’est franchement débile car il dit du n’importe quoi, il dit une chose et son contraire à la fois. On voit bien qu’il n’a jamais lu un seul de vos livres. Vraiment si on ne vous connaissait pas, on pouvait se poser mille questions. Il faut qu’on lui réponde ». Voici quelle a été ma réaction : « Je comprends votre colère et je vous remercie pour cette marque d’estime. Mais je ne peux pas lui répondre. Je me considère comme un Porte-avions nucléaire qui navigue en haute mer et dans les océans. Un tel Porte-avions nucléaire, redoutable et monstrueuse machine de destruction massive, ne répond pas aux errements d’une petite pirogue à pagaies qui s’embrouille dans les eaux souillées des rivières infectes »

Justement, on sait aujourd’hui que vous avez lancé un parti qui semble-t-il, commence à gagner du terrain. N’est-ce pas là une concurrence développée contre le MRC, surtout que Maurice Kamto et vous êtes des fortes têtes ?

Cher Ami, oubliez un peu tout ça. Personne ne construira son destin personnel en fonction d’un autre, et de plus, vous parlez de deux personnalités très différentes autant par le parcours social et familial que par le genre, le sens et la couleur des convictions. Le Pr Kamto est un universitaire connu et un fils de l’Ouest, tout comme je le suis moi-même. Mais de là à vouloir faire de nous des jumeaux, bien que nous ayons exactement le même âge avec toutefois une différence de mois à mon avantage, est une erreur, tout comme c’est une erreur de nous confronter. J’ai un immense respect pour sa personne. Il n’est peut-être pas un excellent politicien, mais c’est un intellectuel très talentueux et hautement brillant, un juriste de renommée incontestable.

Parlons vrai. Votre arrivée, la création du MPDR, n’est ce pas un peu pour rectifier une ligne que l’on voyait déjà trop radicale et préjudiciable pour les Bamilékés ?

Je ne sais pas pourquoi on persiste à vouloir faire porter la casquette de Bamiléké au MRC ? Les Bamilékés ont connu tellement de déboires politiques, traversé tellement d’étapes malheureuse, et supporté tellement de préjudices, qu’ils ne peuvent plus aujourd’hui se jeter dans une histoire de parti Bamiléké ou même dans un mouvement jouant les lanceurs de flamme, les opposants radicaux et une évolution à l’envers de ce qui est logique par rapport à la dévolution du pouvoir. Jamais, jamais et jamais plus, des élites, responsables avisés et dotés de sagesse, n’entraîneront plus la communauté dans l’impasse d’une opposition systématique, débridée et stérile. Vu ainsi, je vous le concède. Je m’y oppose avec fermeté et détermination sur le terrain. J’en suis capable au-delà de tout doute et de toute réserve. Je jouis et de façon incontestable, d’une légitimité historique dès lors qu’il s’agit de parler au nom des Bamilékés et de défendre les Bamilékés. C’est une posture et un statut acquise, travaillée et méritée. Mais en clair, le Cameroun passe avant tout, et si le Cameroun est détruit, il n’y aura plus de Bamilékés non plus, tout comme les autres tribus. Chacun peut donc aisément comprendre le sens du vrai combat

Alors là, vous faites ce que je considère comme une affirmation grave, suffisante pour indiquer les repères véritables d’une transition au Cameroun. C’est bien cela, Shanda Tonme ?

Oui, absolument, je confirme. Vous savez, je vous livre un secret important de nature diplomatique : Un ancien ambassadeur des Etats Unis au Cameroun, au moment de s’en aller, m’avait dit ceci : « Je comprends pourquoi vous adoptez une posture prudente. En tout cas vu votre origine régionale, je vous félicite, parce que votre communauté est appelée à jouer un rôle stabilisateur très important dans le pays. Si vous faites mal, si vous ne faites pas attention, si vous vous trompez, les conséquences peuvent être pénibles ». Souvenez-vous aussi de ce que dit Paul Biya à Bafoussam en 1991, en plein « villes mortes », et alors que les Bamilékés lui ont réservé un des pires accueils que l’on puisse réserver à un Chef d’Etat : « Le Cameroun se fera avec les Bamilékés ou ne se fera pas ». Jamais personne avant lui n’a parlé ainsi, et jamais, avec le recul, la déclaration d’un homme politique, d’un dirigeant, d’un haut témoin de l’histoire et porteur de capacités de façonnement du destin des gens, ne m’est apparue aussi franche, aussi sincère, aussi émotionnelle et pleine d’affection. Cela mérité une véritable thèse de science politique.

 Pourquoi ne portez-vous pas ce message à la diaspora radicalisée, dans les réunions de village et les tontines ?

Ecoutez, il y a un gros travail à faire, et nous le faisons patiemment. Le travail vaut d’ailleurs pour tous nos compatriotes sans exclusive. Dans un pays aussi complexe avec une histoire entremêlée de drames, la prudence est importante. Les discours extravagants centrés sur le sectarisme et les ambitions claniques, ne peuvent mener qu’à la catastrophe. Il n’y a pas réellement de place pour le pouvoir du village au Cameroun, et je suis prêt à affirmer que même le pouvoir en place, n’est pas celui du village comme on croit. Mille ou deux mille hauts fonctionnaires et directeurs généraux ne font pas l’affaire de toutes les régions du sud, du centre ou de l’Est. Les masses sont ailleurs, exactement dans la même condition que partout dans d’autres régions. Je vais vous surprendre en vous révélant que je reçois beaucoup plus de bétis en détresse que de Bamilékés. C’est un système qui règne, pas un village ou une ethnie. Et dans ce système, on retrouve toutes les régions.

De Maurice Kamto et vous, que répondrez-vous si on veut savoir de quel côté la défense de la communauté est plus visible ?

Mais non, parlons du Cameroun et ce sera mieux ainsi. Je comprends que vous soyez accroché à cette observation, à des interrogations personnelles, mais en gros, laissons à César ce qui appartient à César. Si vous posez aux enfants d’une famille la question de savoir lequel de leurs tontons est le plus gentil et prend bien soin d’eux, ils vous répondront en chantant et sans hésiter. Allez méditer.

Y’a-t-il une guerre de leadership donc ?

Jamais, c’est impossible, parce que je n’ai pas souvenance d’avoir trop vu certaines personnes autour de moi sur le terrain, en théorie comme en pratique. Allez interroger Sindjoun Pokam ou Hilaire Kamga, et revenez vers moi plus tard. Vous savez, on a tellement déformé les choses dans notre pays avec les discours passionnés et passionnels, que des gens en viennent à avoir peur de se reconnaître d’une tribu, ce qui est une grave erreur, une défaite des intelligences identitaires. Moi, j’assume, j’ai toujours assumé et je continuerai d’assumer que je suis Bamiléké. Mais il faut que cela soit très clair : Le village ne passe pas et ne passera jamais avant le pays, avant le Cameroun.

Que répondez-vous à ceux qui trouvent que votre discours est quelque peu sectaire ?

Vous savez, je ne me lève pas pour défendre une cause de façon hasardeuse. Je critique des injustices, des équilibres mal exécutés et des politiques qui aboutissent à marginaliser certaines régions, certaines tribus. Mais je vous l’ai dit et répété, qu’à bien regarder, la loi du nombre en termes de représentation par-ci ou par-là, est trompeuse et inadéquate, si l’on veut considérer le sort de toutes les populations, de toutes les régions par la classe sociale. Il y a des familles dirigeantes et des familles pauvres. Je passe pour un idéologue de la tribu dans ce sens, pourtant, je fais un travail d’ensemble. Savez-vous que si j’ai le choix entre deux compatriotes de compétences égales, je ne privilégierai pas le Bamiléké ? Je l’ai fait lorsque j’ai géré une université privée comme recteur, et je le fais au quotidien. Mais si le Bamiléké est plus calé, premier, je le prends les yeux fermés, parce que je recherche le mérite réel et effectif pour atteindre des objectifs précis dont bénéficiera toute la collectivité, l’entreprise, la société, le pays, le peuple tout entier.
Par ailleurs, chaque fois que je détecte un compatriote du grand nord brave, sérieux et compétent que je peux aider, soutenir et promouvoir, je me jette derrière lui jusqu’à obtenir un résultat. Ils sont nombreux mes enfants et frères qui forment dorénavant une grande famille avec moi.

Ne craignez-vous pas qu’au sein de la communauté, on voit mal, l’installation d’une rivalité au sommet entre le MPDR et le MRC ?

Je vous révèle encore un secret, pratiquement un secret de polichinelle. J’ai reçu des messages indirects et directs dans ce sens, et quelques courageux ont pris le risque de m’appeler pour étaler des inepties indigestes. Je ne les citerai pas mais ils se reconnaissent. Il faut être franchement culotté pour venir me demander de ne plus manger chez moi ou de ne plus écrire des livres, parce qu’un frère risque de ne plus avoir à manger, ou de ne plus obtenir son prix Nobel. Que ces égarés comprennent une fois pour toute, qu’il ne saurait exister un Cameroun du jour, et un Cameroun de la nuit, une politique de la lumière et une politique de l’obscurité. On ne viendra pas me dire que l’on est du Comité central, et ensuite me demander que j’avalise des discours incendiaires et irresponsables qui mettent en danger la sécurité, la crédibilité et l’image du Cameroun, en faisant endosser à toute la communauté Bamiléké la responsabilité de ces dérives. Je dis non, non et non.

Vous êtes catégorique ?

Je l’ai dit et redit : Le MPDR que nous avons mis sur pied, (Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation), est un parti politique témoin, un creuset du rassemblement et non des histoires de village, d’élites ou d’anciens fonctionnaires frustrés. Si quelqu’un doit y adhérer parce que je suis Bamiléké, qu’il s’abstienne et j’insiste. Les préférences tribalo-ethniques dans la gestion des nations a conduit et conduit à la ruine, l’implosion ou l’explosion, le génocide. Je n’en veux pas, mais alors pas du tout. Il faut laisser à des cancres de penser et d’agir ainsi. Par ailleurs, dès lors que l’on est engagé dans un parti politique, il faut y être à cent pour cent et militer sincèrement. Sur ce point, les élites RDPC de l’Ouest se comportent de façon remarquable pour la plupart et je salue leur dévouement, leur fidélité et leur engagement.

Comment pouvez-vous expliquer l’engouement de la diaspora pour le MRC ?

Ecoutez, on court après le soleil, la lumière, la lanterne ou ce qui en donne les apparences. Vous avez à faire à une masse d’expatriés dont les trois quarts sont composés de personnes profondément déçues, frustrées et meurtries de mille sentiments nostalgiques : Etudes terminées sans perspectives ou mal terminée et problèmes ; âge avancée et blocage de perspectives ; Statut d’indigents et pour certains sans domicile fixe ; rêves de retour compromis ou mal vécues ; endettements ; ménages disloquées et vies de parias et d’exclus ; disjonction avec la famille restée au pays ; avec des casseroles diverses et âge avancée ; petits boulots et survivance délicate ; aventuriers sans avenir et remords permanents, accusant le sort, mais jamais capable d’autocritique ; personnes globalement esseulée, solitaire, rêvant d’en découdre avec son pays. Doubles voire triples nationalités, mais sans réel bénéfice. Que voulez-vous en attendre, sinon du militantisme radical et des vendettas d’autoflagellation genre aller casser une ambassade ? On fait pour faire, parce que l’on aime son pays, mais en exprimant mal ses attentes, après avoir perdu pied avec les réalités de terrain voire avec les parents. Avec FRU NDI, c’était même pire, on le voyait comme Dieu arrivé au Cameroun directement du ciel pour distribuer le bonheur, des bonbons et des beignets tous les matins, des billets de banque à gogo. Hélas, où en sommes-nous ?

Et leur engouement si prononcé pour le radicalisme au point de casser des ambassades ?

Leur engouement est compréhensible, mais le fond est indéfendable, nocif et contreproductif. Même un Chinois qui se présente comme le sauveur avec un discours vengeresse, abusif, provocateur et injurieux, rencontrerait le même écho et la même adhésion. Enfin, certains croient y trouver des espoirs pour un poste au pays, et alors, ils font trop de bruits et finissent par découvrir la dure réalité, après s’être enfoncés d’avantage et condamnés à raser les murs. Pourvu que RFI parle d’eux, même par hasard. A propos d’engouement, je me souviens que quad NI JOHN FRU NDI se déplaçait en Europe ou en Amérique, c’est par convois entiers que les Camerounais se déplaçaient pour le voir. Mais il ne faut pas généraliser ni confondre avec nos nombreux autres cadres compétents et brillants qui mènent une vie tranquille et responsable et des carrières professionnelle de haut niveau là-bas. Ceux-là ne cassent pas les ambassades. Je les connais et je leur parle.
J’en profite pour appeler encore et toujours, à la mise en application de la résolution du Grand dialogue relative à la reconnaissance de la double nationalité. C’est important. Nous avons une masse importante de valeureux et talentueux compatriotes à l’étranger. Il faut créer des incitations pour les faire rentrer. Je sais que plusieurs projets dans ce sens ont été initiés, mais ils ne vont pas assez loin et ne sont pas bien instrumentés ni bien institutionnalisés. Les deux chambres viennent d’être convoquées, et je souhaite franchement que le Chef de l’Etat fasse adopter définitivement la révision de notre code de la nationalité pour mettre fin à ce qui pour moi est un grave dilemme. C’est devenu une étape indispensable de notre modernité et de la valorisation plurielle de notre identité nationale, en même temps que de notre projection et de notre considération internationale.

Certaines langues soutiennent que la création de votre parti participe d’une stratégie de LAAKAM, soit pour une alliance utile et efficace le moment venu, soit pour une alternative à une dissolution éventuelle du MRC. Qu’en dites-vous ?

Ouaouh, vraiment ! Il faut avoir de l’eau dans la tête à la place du cerveau pour porter de telles accusations. D’abord, je ne vois pas le gouvernement entrain de prononcer la dissolution du MRC, ce serait quelque peu exagéré dans la sanction, même s’il faut convenir que des motifs ne manquent jamais en pareille circonstance. Ensuite, je me demande si les gens savent analyser. Les deux partis sont sur des lignes doctrinales et des méthodes d’expression et d’action bien trop opposées. Je suis certes un intellectuel et j’assume, mais je suis avant tout quelqu’un qui a acquis une riche expérience politique non pas sur les bans des facultés, mais dans les racines profondes des organisations de masse. Je suis un produit idéologique et doctrinal des arcanes populaires. Je ne pense pas que ce soit très répandu chez nous. La différence saute aux yeux non ?
Enfin, sur l’alliance, pourquoi s’en tenir uniquement au MRC ? Rien que dans mon Département les Hauts Plateaux, il existe au moins quatre partis politiques et leurs leaders sont tous des gens valables que je respecte. Vous parlez de LAAKAM comme si c’était une machine infernale de conquête du pouvoir et de gestion sociétale. Non, détrompez-vous, laissez cette organisation tranquille, elle rempli sa mission avec perfection et se tient loin des élucubrations et des supputations bassement politiciennes. Je pourrai vous en parler à une autre occasion et pour d’autres raisons.

Voulez-vous insinuer qu’il y aura un débat au sein même de la communauté Bamiléké ?

Attendez, mais le débat a toujours existé, même si certains s’expriment sous la table ou le font par traîtrise en commissionnant quelques voyous défroqués et souffreteux logés au-delà des mers. De toutes les façons, les consultations électorales servent toujours d’arbitre ente les formations politiques. Wait and see. Ce que je peux vous dire et même vous certifier, c’est que le débat aura lieu, et le MPDR – PMDR pour ce qui le concerne, sera prêt. SHANDA TONME EST PRÊT et ce sera du lourd, du solide, du dur et du profond.

Donc, des alliances seraient possibles avec toutes les formations, y compris avec le RDPC ?

Mais dites-moi, finalement, les militants et responsables du RDPC ne seraient-ils pas des Camerounais comme les autres, comme vous et moi ? Le MPDR – PMDR est disposé à travailler et à s’allier avec tous ceux et toutes celles qui adhèrent à sa philosophie, à ses buts et objectifs d’un Cameroun bâti sur le dialogue et la réconciliation sans exclusive avec toutes les composantes de son peuple, avec tous ceux et toutes celles qui intègrent une réflexion profonde, positive et valable sur la forme de l’Etat. Vous voyez bien que pris ainsi, avec de telles exigences techniques solides, les histoires où l’on s’allie avec tel ou tel parce qu’il est du village, ne marchent pas. En tout cas, du même village ou pas, si vous ne me semblez pas correct sur tous les plans, je ne marche pas avec vous et je ne m’allierai jamais avec vous.

A vous entendre parler, l’adhésion pour obtenir la qualité de membre pourrait être très sélective ?

Mais non, pas du tout, sauf que nous ne voulons pas avoir pour militants, des hordes d’opportunistes qui sont à la recherche d’une rampe de lancement pour secréter la haine ethnique, pour rattraper leurs carrières frustrées, pour des desseins de vengeance villageoise. C’est pour cela que nous allons privilégier les adhésions à la base dans les Comité populaires de médiation et de mobilisation (CPM). Les histoires où l’on est chef parce qu’on a de grands diplômes ne vont pas marcher avec le MPDR. Vous voyez bien que c’est ce que nous combattons justement, qui est à la base de certains errements dans quelques partis politiques actuellement. Je veux dire cette façon de privilégier les élites et de les favoriser au détriment des masses laborieuses, des classes moyennes et des ruraux. C’est d’abord les voix des gens d’en bas que nous voulons faire entendre, et c’est eux qui tiendront la structure centrale du parti, pas les longs crayons.

Certains soutiennent que vous avez trop recentré votre discours, alors que votre marque de reconnaissance a toujours été un certain radicalisme ?

Attendez, je vous ai dit que le Cameroun est déjà trop fracturé, et nous n’avons plus besoin des égos surdimensionnés. L’humilité et la tolérance devraient primer dorénavant. Comment voulez-vous que je partage des positions qui allument des feux destructeurs, provocateurs ? Voulez-vous me voir aussi tenir des conférences et distribuer des tracts pour annoncer la mort du président ou pour la souhaiter ? Ce que je réprouve et condamne énergiquement, c’est cette sorte de diarrhée dans les provocations et les injures contre un Chef d’Etat. Y en a vraiment marre. Je ne souscris pas et je ne souscrirai jamais à la politique du pire, du tout ou rien. Certes, je ne nie pas mes convictions, suffisamment connues pour l’intellectuel, l’écrivain et le leader d’opinion. J’accepte la qualification entendue jadis de certains de syndicaliste et de populiste. Je le suis, mais quand il est question du destin de notre pays à cette étape précise, je range vite ma plume au vitriol pour sortir la cane de de promotion de la sagesse, du rassemblement et de la fraternité. On ne peut pas construire un pays avec la division et le radicalisme comme fondement idéologique, comme ingrédients des stratégies, comme parapluie doctrinal.

Et ces stratégies, quels exemples concrets ?

Voyons, quand vous suivez certains discours focalisés sur « Le semblant de pouvoir Bulu », on fait comme si les Bulus avaient volé le pouvoir de quelqu’un, comme s’ils avaient rusé historiquement contre le reste des tribus et régions, comme s’ils avaient comploté pour prendre le pouvoir. Soyons sincères et honnêtes : Les Bulus ont-ils comploté ou forcé le destin pour que l’Hymne nationale, notre champ vénéré de ralliement, soit créée, conçue et naissent à Fulassi en terre Bulu ? Je me suis rendu à Fulassi après les événements malheureux de Sangmélima, et croyez-vois, j’ai versé des larmes d’émotion en découvrant ce qui reste du cadre, des bâtiments et des vestiges de l’Ecole Normale mythique d’où est né le champ du berceau de nos ancêtres. Il faut y aller, et vous vivez immanquablement un frisson particulier et presqu’envoûtant de nationalisme, de rassemblement, d’humilité et de patriotisme. Et au départ de là, après avoir parlé avec les gens, vous vous interrogez sur la signification et l’origine du sectarisme tribal. Sur place, c’est autre chose, de l’amour, de l’affection et de la chaleur naturelle et saine pour le Cameroun. Les Bulus n’ont rien fait pour mériter d’héberger le creuset de nos emblèmes, tout comme Paul Biya n’a pas fait la magie pour mériter la confiance de son Patron. Je le redis, et penser le contraire est illogique, de la jalousie aveugle et inconséquente.
Je vous assure qu’en visitant Fulassi, je n’ai pas pu m’empêcher aussi au moment où, sur la tombe de Ernest Ouanjié, je me suis agenouillé en martelant à basse voix : Pourquoi ici, pourquoi pas à Yaoundé la Capitale ? Pourquoi avoir choisi de venir le fusiller ici, alors qu’il a été jugé et condamné à Yaoundé ? Quel message voulait-on envoyer, à qui et pourquoi ? Mais à la fin, je me suis convaincu que tout cela fait partie de notre histoire, de nos joies et de nos douleurs communes, de notre patrimoine, tout comme le sont nos dirigeants, les deux Chefs d’Etat connus jusqu’ici, nos Rois et nos Princes dans les villages. Une nation n’a pas deux histoires, elle a une seule, et cette histoire lie tout son peuple, ses filles et ses fils. Je crois que c’est un peu cela que Paul Biya a dit dans son message du 20 Mai.

Est-ce pour cela que vous dites souvent qu’on doit laisser le président s’en aller comme il est venu ?

C’est très juste, et je maintien cette position de principe. Chacun de nous peut avoir ses opinions, sa manière de voir et de juger, mais certaines limites, certains codes, certaines formes doivent être respectés. A trop tirer sur une corde et de façon désordonnée, elle pourrait se rompre et produire des conséquences qui ne sont pas celles souhaitées. Pouvez-vous me montrer dans l’arène politique actuelle, surtout dans le peloton des champions de la critique absolue du Paul Biya, quelqu’un qui peut se targuer de réunir les qualités de loyauté, de disponibilité, de confiance et de travailleur, qui avaient conduit le Président Amadou Ahidjo, à faire de lui son successeur constitutionnel ? Je sais que des gens vont m’en vouloir de le dire, mais mes convictions, mes constats, mes observations et mes vérités à ce propos sont inébranlables. Vivre jusqu’à 87 ans procède d’une véritable grâce divine, et peut-être que le meilleur destin de notre pays qu’expérimenteront les prochaines générations, avait besoin que nous passions par lui, par ses presque quatre décennies de pouvoir. Pensez ce que vous voulez, mais moi, j’ai parlé avec la pleine honnêteté que me recommande mon cœur, mon âme et mon esprit. Point n'est besoin d’être pasteur ni curé ni Imam, pour voir les choses ainsi.
N’allez pas dire que Shanda Tonme a pris quelque chose ou veut quelque chose. Je suis bien dans ma peau, et bien où je me trouve. On a habitué notre société à applaudir le jour et à critiquer la nuit, à louer au salon devant tout le monde, et à condamner une fois rendu dans la solitude de la chambre. Cà, je ne suis pas là. Je préfère de loin dire la vérité maintenant et subir la colère de quelques foules excitées, manipulées et inconscientes, pour ensuite me voir célébrer par la postérité, que de mentir, de tenir le langage irresponsable et incendiaire pour plaire, pour ensuite être condamné et insulté par la postérité comme un leader qui n’avait pas eu le courage, qui n’avait pas pris ses responsabilités de berger. Et, puis, de toute façon, les foules ne font pas la révolution et n’initient pas les grandes mutations socio-politiques, les foules suivent les leaders courageux qui s’expriment et construisent des mots d’ordre, qui s’engagent et prennent les devants. Mais ces leaders doivent avoir les mains propres, et afficher un passé sans reproches ni compromis ni revirements troublants.

Alors, Professeur, le mot de la fin, sur cette rivalité que vous venez de démentir.

Les Bamilékés ne sont pas une communauté statique, homogène politiquement et idéologiquement. Si quelqu’un a pu le penser, il faut se dire que c’était hier, peut-être avant-hier, mais pas ou plus aujourd’hui. Il n’y a pas, il n’existe pas, et il n’existera jamais de parti Bamiléké.

Vous avez évoqué un autre leader d’opinion Bamiléké très connu, Hilaire Kamga. Peut-on connaître quels sont vos rapports ?

Voilà un vrai travailleur, un très grand organisateur social et communautaire moulé dans les grandes causes depuis la prime enfance. Hilaire Kamga à lui tout seul incarne l’histoire du mouvement estudiantin des années de braise, de même qu’il exemplifie à perfection, la réussite du transfert des intelligences positives et combatives des campus, vers la vie pratique et l’action politique concrète. Nos rapports sont excellents, parfaits. Généralement nous partageons des vues communes sur la plupart des dossiers nationaux et internationaux. Nous sommes vraiment proches, très proches. Il a en plus, la particularité d’être une forte de proposition et de créativité. Je suis personnellement fier de lui, parce que je l’ai vu avancer et progresser.

Sortons de ce cadre, et évoquons un autre sujet, puisque vous ne vous privez de rien. Que vous inspire le revirement de Michèle NDOCKI et les attaques dont est l’objet de la part de ses camarades ?

Ecoutez, lorsque j’ai pris connaissance des récentes déclarations de cette compatriote, celle militante, cette sœur et ce juriste, j’ai coulé presque des larmes de joie. Ce que certains considèrent comme une trahison ou comme un revirement, est une éloquente démarche salvatrice de sagesse, pour elle-même, pour son parti, pour sa famille, pour les jeunes qui méritent que les adultes leur disent la vérité et les orientent au lieu de les exciter négativement et de les conduire à la perte. Vous savez, l’histoire peut se répéter de façon cruelle quand les idiots et les fanatiques ne savent pas en tirer de meilleures leçons. En 1990 – 1991, nous avions lancé les villes mortes, mais en réalité, nous n’avions aucun projet ni aucun port vers lequel notre bateau dans lequel nous avions embarqué le peuple en laissant le gouvernail à une équipe composite et incohérente au plan idéologique, allait s’arrêter. Nous revendiquions certes la conférence nationale, mais comment, avec quels moyens, quel rapport des forces, quels instruments et quels outils sûrs, quels soutiens internationaux et quels partenaires effectifs ? Après l’élection présidentielle d’octobre 1992, nous sommes restés bloqués et radicalisés sur le mot d’ordre : « Rendez-nous notre pouvoir volé », bien que Paul Biya prêchât la main tendue. L’histoire lui a donné raison et nous a cruellement donné tort. Je vous rappelle que j’étais un des acteurs, concepteurs et animateurs idéologique des plus durs et des plus radicalisés. Il faut savoir assumer ses erreurs passées et avoir le courage de l’autocritique. Ce que je vous dis, figure dans l’un de mes ouvrages parus en 2018 : « Jean Fochivé et moi, l’obsession du complot Bamiléké, Mémoire des années de braise ».

Donc selon vous, l’Avocate a raison ?

En réalité, elle n’a pas seulement raison, elle doit remercier le ciel d’avoir échappé à ma misère, à l’errance et à la destruction de sa personne, de sa carrière et de sa famille. Elle devrait même aller voir les forces de l’ordre qui l’avaient intercepté à la frontière alors qu’elle tentait de s’expatrier clandestinement, pour les remercier. Où serait-elle aujourd’hui ? Ce genre de bravade où l’on se laisse aller à quelques mains tendues malicieuses de l’étranger pour servir de vedette et d’instrument de contestation stérile, finit toujours dans la désolation et des regrets infinies. C’est même une défaite de l’intelligence, un manque de courage, un opportunisme sans gloire ni avenir. J’ai défendu MIMI MEFFO en des termes très durs. J’avais saisi personnellement le Chef de l’Etat à son sujet.

Mais vous êtes trop dur ?

Non, je ne suis pas dur ni trop dur, je suis juste et sincère. J’ai défendu Bien Tong et bien d’autres encore. Je défends Paul Tchouta, tout comme Nestor Nga Etoga, tous en tant que journalistes, avec leurs fautes et leurs erreurs supposées ou réelles. Mais, le jeu qui consiste à s’expatrier en clamant qu’on est menacé de mort ici, que le pays est fini, que c’est un monde de tortures ainsi de suite, ne me convient pas, ne m’agrée pas. Il faut arrêter cette pratique qui pour dire vrai, est une fuite en avant, une recherche de gains faciles. On trouvera toujours quelques ONG hypocrites, quelques sources de soutiens aléatoires et de circonstance dehors, mais pour combien de temps ? Que devenez-vous sur le long terme ? Le monde a changé, et ne fait pas de cadeaux aux réfugiés, fugitifs et expatriés de complaisance. Il ne l’a même jamais fait en réalité. Restez ici, restons ici, restons chez nous et travaillons ensemble à faire avancer et évoluer notre pays dans tous les sens du terme. Vous partez même où non ? Il y a, et il y aura toujours des Camerounaises et des Camerounais au Cameroun, sur la terre de nos ancêtres. Ils y vivent et y ont toujours vécu et travaillé, y compris avec des idées contestataires. Chez nous c’est chez nous, et nullement ailleurs, nulle part ailleurs.
Si elle était partie, Michèle Ndocki serait maintenant accrochée sur les nouvelles du pays, jouant les héros et déversant des diatribes depuis un clavier d’ordinateur ou de smart phone. Tous font ainsi, mais ils vivent en réalité l’enfer, et pleurent tout le temps. Notre sœur, petite sœur, femme, compatriote et fille a compris. C’est tant mieux pour elle, et c’est tant pis pour ceux qui la critiquent. Félicitations chère Maître. Vous n’avez trahi personne ni aucun mouvement, école de pensée ou cercle clanique, vous avez compris le sens de l’histoire et l’orientation du vent du destin pragmatique de l’humanité./.

27mai
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