CAMEROUN :: AMBAZONIE : Mise au point de M. Jean-Marc Soboth :: CAMEROON
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  • Correspondance : Jean Marc SOBOTH
  • lundi 14 octobre 2019 16:07:00
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CAMEROUN :: AMBAZONIE : Mise au point de M. Jean-Marc Soboth :: CAMEROON

Une autorisation qui m’a été concédée le 19 septembre 2019 pour procéder à ma propre traduction en français et publier un appel du « président » l’Ambazonie, Sisiku Julius Ayuk Tabe, provoque un émoi sans précédent dans les réseaux sociaux. J’ai notamment été accusé de militantisme séparatiste.

L’appel dont j’ai sollicité la récupération (« Let my people go !») avait déjà été publié dans de nombreux médias locaux et internationaux, notamment dans le site de la chaîne internationale Africanews TV où je l’ai d’ailleurs découvert (lien : https://www.africanews.com/2019/08/01/cameroon-let-my-people-go-by-sissiku-julius-ayuktabe/).

J’aimerai rappeler que les accréditations et autres autorisations font partie intégrante du métier de journaliste. Le gouvernement camerounais en a accordé régulièrement aux correspondants des médias étrangers.

Pour notre bonheur, l’accès ambazonien est étendu à toutes informations officielles futures, y compris l’accès au porte-parole du gouvernement séparatiste, entre autres. En journalisme, c’est un gage de crédibilité. D’après la Charte de Munich, le premier « devoir essentiel » du journaliste est de « Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité. ».

L’autorisation ambazonienne s’est, en effet, ajoutée à mes échanges importants avec la bibliothèque Dag-Hammarskjöld de l’ONU à New-York, et à d’autres permissions de publier de personnalités comme David Abouem à Tchoyi, Achille Mbembe, Christian Penda Ekoka, Patrice Nganang, etc. La riche récolte subséquente nous a permis de publier l’ouvrage intitulé Ambazonie, révélations inédites aux Éditions Afro-Canadiennes, Québec (disponible sur Amazon) qui est, à notre humble avis, la première et meilleure enquête en français sur le problème anglophone.

À côté de l’entretien exclusif du séparatiste Sisiku Julius Ayuk Tabe consécutif à sa condamnation à la perpétuité au tribunal militaire de Yaoundé, l’ouvrage republie un script complet de l’allocution de M. Paul Biya convoquant le dialogue national, obtenu également du fait que je fais partie de la mailing List du service de communication du Palais de l’Unité, comme c’est le cas de tous les bons journalistes.

Je souhaite que chaque Camerounais se procure cet ouvrage sans précédent qui permet d’avoir une compréhension exhaustive en français de cette problématique qui date et qui a seulement été effleuré au dialogue national de Yaoundé.

Je n’essaie pas, du reste, de me jeter des fleurs en rappelant que ce livre est écrit par le seul journaliste francophone qui ait jamais été récompensé au Cameroon Press Award (en 1996) après une enquête dans l’ancien Southern Cameroons britannique publiée dans le journal Le Messager de Pius N. Njawe sous le titre « De la revendication fédéraliste à la menace sécessionniste : Que veulent les Anglophones ? » (cf. : Le Messager numéro 455 du 21 août 1995 pp. 4-5, 8-9). C’était en 1995.

Ceux qui m’ont souvent lu et suivi depuis près de 25 ans sur le problème anglophone savent que je suis un fédéraliste notoire; non pas fédéraliste dans la tendance actuelle, mais (nuance!) un « restorationist », convaincu qu’il faille d’abord annuler l’État unitaire d’inspiration gaulliste issu du référendum inconstitutionnel de mai 1972 pour revenir au statu quo de 1961 en guise de postulat.

Que l’on nous permettre de douter de la soi-disant volonté de M. Paul Biya de maintenir l’indivisibilité du Cameroun à travers le carcan d’un État unitaire familialiste. La misère extrême et l’absence endémique d’infrastructures que l’on voit dans tous les reportages en zones rurales comparées au train de vie présidentiel en Suisse dément une telle assertion. Le pays est radicalement divisé par la pauvreté. Je vois plutôt dans l’indivisibilité proclamée la détermination à proroger indéfiniment le flou dans les revenus du principal porte-monnaie présidentiel, la Société nationale des hydrocarbures (SNH), dont les revenus proviennent essentiellement du pétrole exploité par une firme coloniale dans le golfe de Guinée, au large des régions anglophones. M. Biya qui a fait des études de droit public à la Sorbonne le sait: l’État fédéral induirait résurrection d’institutions parlementaires libres qui remettraient rapidement en question la mafia du pétrole.

J’ai la chance de vivre au Canada. C’est un pays pouvant servir de modèle au Cameroun parce qu’il lui ressemble à plusieurs égards comme on le lira dans le livre. Au Canada, royalistes, fédéralistes et souverainistes vivent en harmonie et se respectent. On ne tue personne parce qu’il porte un drapeau inconnu ou entonne un hymne différent. Parce que le droit à l’autodétermination des peuples est universel.

Cela dit, je respecte les Ambazoniens. J’ai beaucoup appris sur le Cameroun en écoutant certains de leurs universitaires.

En septembre-octobre 2017, veille de manifestations en régions anglophones, j’avais beaucoup insisté au cours d’interventions sur les réseaux sociaux sur le piège des opérations de maintien de l’ordre public. En qualifiant ce challenge de galop d’essai pour nos forces de l’ordre, je recommandais l’importance d’un maintien de l’ordre de haut vol, et, comme dans les pays développés, l’importance d’en ressortir avec « zéro tué » pour éviter d’envenimer la situation à ce moment précis de l’histoire. Le respect de l’intégrité physique des citoyens passe, en effet, par l’intelligence fine : la capacité d’anticipation, l’usage d’armes blanches et non des armes de guerre. J’avais largement mis en garde sur la conflagration que provoqueraient des tueries.

Or, ce qu’on a constaté sur le terrain c’est que les soldats avaient, comme d’habitude, reçu de leur hiérarchie l’ordre de tirer à balles réelles et de tuer leurs compatriotes; l’ordre de tuer des manifestants qui, à cette époque, n’étaient ni armés véritablement ni constitués en guérillas comme aujourd’hui. Du côté des forces de défense, il n’y eut aucun prétexte justifiant un tel carnage, aucune situation de légitime défense basée sur une vraie proportionnalité des menaces. Les gens répétaient: « Le BIR va régler cette affaire en cinq minutes ». Le BIR ne fait pas du maintien de l’ordre public. On le sait.

Cela fait 02 ans déjà. Le BIR a tué des milliers de « terroristes », mais n’a rien réglé. On a ainsi, ensemble, vécu la radicalisation que la politique de la boucherie humaine a générée chez les Anglophones modérés qui, alors, étaient majoritaires. Par l’obstination et la vantardise, on a poussé des miséreux à aller prendre des armes de chasse pour affronter l’armée « invincible ».

J’ai personnellement reçu, un jour, la vidéo d’un soldat de mon village. Un jeune que j’ai vu naître et grandir, et dont les parents furent des cousins. On l’avait torturé et filmé. La scène a fait le tour des réseaux sociaux. Le jeune a disparu sans nouvelle ni honneur militaire, jusqu’aujourd’hui. Un confrère du quotidien Cameroon Tribune me demanda ce que je pensais de la mort atroce de ce jeune du BIR. Je lui avais répondu : le problème ce ne sont pas les « terroristes ». Les coupables c’est ceux, à Yaoundé, qui ont cru depuis le début qu’on allait régler un problème d’ordre politique et de droit constitutionnel avec des armes de guerre.

CLIQUEZ sur le lien ci-dessous pour lire gratuitement l’aperçu du livre:
« Ambazonie, révélations inédites. Enquête, dessous des cartes, dialogue de sourds »,  publié aux Éditions Afro-Canadiennes, Québec, octobre 2019

14oct.
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