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Cameroun : Paul Biya surfe une fois de plus sur un ordinateur non connecté à la réalité quotidienne :: CAMEROON
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  • Camer.be : Hugues SEUMO
  • lundi 31 décembre 2018 22:51:00
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Cameroun : Paul Biya surfe une fois de plus sur un ordinateur non connecté à la réalité quotidienne :: CAMEROON

Ce 31 décembre 2018, le souverain moderne du Cameroun réputé pour ses caprices princiers a une fois de plus frappé ses concitoyens par un discours qui semble être du réchauffé de son précédent message de fin d'année à son peuple. Rien sur son bilan, rien sur les promesses faites l'année dernière

"Petite faiblesse dans le discours de Paul Biya. La locution "par ailleurs "apparaît quatre fois. Pour un discours de chef d'Etat. Ce discours comporte des faiblesses techniques. Amateurisme des scribes du palais . Cette énonciation aurait pu être relue et corrigée."(1)

Extraits de son discours "Si l’appel à déposer les armes que j’ai lancé aux entrepreneurs de guerre reste sans réponse, les forces de défense et de sécurité recevront instruction de les neutraliser".

Quelle moquerie? Face à une crise, on n'utilise pas le langage de la force. Biya devrait se poser des questions sur les causes de l'enlisement de la situation de cette crise dont il est lui même à l'origine.

Dans les règles de l’art, on ne gère pas un conflit dans un langage de la force. Si les conflits s'inscrivent dans le fonctionnement normal de la société, ils peuvent être cependant perçus comme la marque d'une insuffisance de dialogue ou comme un accroissement des divisions sociales. Dans ce contexte de dynamique sociale, il est nécessaire de pouvoir « déchiffrer » les conflits pour les gérer et les considérer comme des symptômes et des indicateurs du changement social, mais également comme des moteurs des changements.
La participation, la consultation ou la négociation relèvent de l'effort de prévenir et mieux gérer les conflits dans le but d'améliorer la coexistence citoyenne. C’est en effet, ce qui manque actuellement au Cameroun, d’où l’enlisement de la crise anglophone.

L'on a une fois de plus, vu un chef d'Etat fatigué, épuisé. Sa voix ocre en témoigne

Dans son discours de ce 31 décembre 2018,Paul Biya a une fois de plus comme il en a l'habitude, surfé sur le concept de l'Etat, le déclinant dans sa propre dimension telle qu'il a voulu pour conclure de manière insidieuse une crise de son autorité. Il ne dira rien de concret sur ses échecs, comme si la question pratique du partage des pouvoirs était renvoyé aux calendes camerounaises.

Parlant de la décentralisation, voici ce qu'il dit: "D’autre part, des mesures seront prises dans les meilleurs délais possibles pour accorder aux collectivités territoriales de notre pays les compétences qui leur permettront de prendre une plus large part dans la gestion des affaires locales."

Chaque année, Paul Biya dit la même chose. Il l'a fait en 2015,2016,2017 et maintenant en 2018... Et dire que c'est depuis 1996 que l'on parle des Collectivités Territoriales Décentralisées au Cameroun sans que ce ne soit effectif sur le terrain.

La décentralisation se fait attendre depuis des décennies et Paul Biya a trouvé un nouvel argument dilatoire pour en retarder l'exécution.

Contestée dans sa capacité à unir la Nation, l'Etat de Biya ne peut avoir recours qu'à des digressions symboliques et sans contenu sur le sentiment national, sans rien garantir des modalités de sa construction ou plutôt en s'efforçant le plus possible d'en retarder la construction pour des raisons politiques. Il ne répond ni de manière concrète, ni de manière induite à la question: de quels moyens disposent les Camerounais pour assumer cette construction d'un Etat progressiste et moderne, s'il n 'y a pas des institutions pour cela?

Sur le plan économique, voici ce qu'il dit (Extraits) " Par ailleurs, en concluant avec le FMI en 2017 un programme économique et financier appuyé sur une « facilité élargie de crédit », nous nous sommes engagés à poursuivre la mise en œuvre de nos réformes structurelles, à maintenir notre équilibre budgétaire et à veiller à la soutenabilité de notre dette extérieure."

Nous savons tous que le 26 juin 2017, le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé un programme économique triennal à travers lequel l’institution de Bretton Woods accorde au Cameroun une aide financière de 666,2 millions de dollars, soit environ 390 milliards de de F CFA, pour l’aider à redresser son économie.

Onze ans après l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Ppte [pays pauvre très endetté], il [le programme économique] suscite, par ailleurs, des interrogations et inquiétudes tant il révèle une insuffisance des capacités autonomes d’anticipation et d’ajustement permanent de la part de notre pays

Le Camerounais mieux averti devra s'inquiéter des difficultés recensées, dans la mise en œuvre au Cameroun, des 203 projets financés sur des ressources extérieures. Le panier de la ménagère demeure de plus en plus vide. Un tour dans les ménages, vous comprendrez que ces financements extérieures ne profitent en grande partie qu'à ceux qui les gèrent et qui parfois, figurent dans la liste de ceux qui ont pillé l'économie du pays

A voir, de près, cet endettement du Cameroun est un endettement politique pour accompagner les programmes politiques du président Biya en termes de grands travaux structurants. Mais en dehors de quelques projets, comme le port de Kribi, on se rend compte qu’une grande partie de cette dette n’est pas cohérente

Parlant du retrait de l'organisation de la CAN 2019 au Cameroun par la CAF, voici ce que dit Paul Biya

"Comme vous le savez, notre pays était engagé à accueillir le grand rendez-vous du football africain en 2019. La Confédération Africaine de Football, au regard de certaines données, a pensé qu’il fallait procéder à un glissement de date. Nous en avons pris acte. Comme je l’ai déjà dit, tous les investissements liés à l’organisation de la CAN seront réalisés."

L'on se serait attendu que le chef de l'Etat camerounais reviennent sur les causes du retard dans la réalisations des infrastructures nécessaires à l'organisation de cette CAN 2019. Dans un pays normal, une enquête serait mise en place pour trouver et sanctionner ceux qui torpillent ce projet. La mal-gouvernance participe désormais d'une réalité insoutenable que Paul Biya a du mal certainement à assimiler. Personne ne pourra nier la réalité, parce que, la situation sociale non garantie du Cameroun, doublée sur la crise infrastructurelle ne sont autre que la conséquence logique du talent, du savoir-faire de l’homme qui trône à la tête de l’Etat du Cameroun depuis 1982.

(1) Darren Lambo

31déc.
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