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CAMEROUN :: Hôpitaux publics, ces « H » de la Honte :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • mboattitudes.mondoblog.org : Fabrice NOUANGA
  • jeudi 20 septembre 2018 11:53:00
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CAMEROUN :: Hôpitaux publics, ces « H » de la Honte :: CAMEROON

Il y a quelques mois, j’ai assisté une amie victime d’un violent et tragique accident de moto sur la voie publique. Son bras droit déchiqueté par la violence du choc pendait et n’attendait donc que d’être amputé pour qu’elle espère vivre. Une fois rendus dans un hôpital public de la place en urgence, le spectacle était désolant.

Au milieu du vacarme dans la salle d’attente, la jeune dame saignait abondamment. Les secouristes apeurés de le couper pour la « sauver de la mort » ont quand-même pu le faire et immédiatement fait un garrot. La dame doit alors faire face à une autre réalité : les médicaments manquent et, autour d’elle, la mort rôde. Je vous épargne la suite par pudeur, car la fin était plutôt tragique.

Des cas comme ceux là, sont devenus monnaie courante au Cameroun. Certaines structures hospitalières du Mboa, sont affublées de surnoms indignes tels que “mouroirs”, voire plus méprisants, “boulevard des allongés”, ou encore “hospices de vieillards”, compte tenu de la mauvaise qualité des soins et autres prestations y prodiguées…

Nos hôpitaux sont en fait des grands malades chroniques qui suffoquent. Ils sont tellement mal soignés et nécessitent peut-être aussi des « évacuations ». L’état des lieux en dresse un tableau sombre, qui fait froid au dos. Voici la liste non exhaustive de leurs principaux symptômes:

1- UNE CORRUPTION ET UNE ARNAQUE NAUSÉABONDES

La corruption dicte sa loi dans nos hôpitaux. Les infirmiers et les médecins, très cupides, avides d’argent et de gain facile, chercheront donc toujours à extorquer du fric aux malades avant de les soigner. Ici, rien n’est fait gratuitement. Du simple accueil, à l’hospitalisation, il faut débourser des sous, ou pour dire cru, il faut corrompre. En effet, nos hôpitaux ont été contaminés par les virus de la vénalité et de la corruption. On paye pour avoir un certificat médical même sans voir un médecin. On monnaye pour avoir de meilleurs soins.

On paye pour avoir l’attention des gardes-malades. On paye pour sa sécurité. On paye pour éviter qu’un nouveau-né ne soit volé ou que les organes d’un proche ne soient détournés à la morgue. Et donc, qui ne payent pas, s’expose au hasard du sort. Les malades sont ainsi rançonnés et arnaqués tous les jours, au détriment de leur santé. Ce qui passe en premier, c’est le fric. Le fameux serment d’HYPOCRATE est ainsi foulé au pied. L’incivisme dicte sa loi !

2- UN PERSONNEL MÉDICAL INCOMPÉTENT

Nos hôpitaux sont pleins de personnels incompétents et mal formés. Très peu de médecins et d’infirmiers ont une qualification digne de ce nom. On recrute sur des bases douteuses et non pertinentes telles que le népotisme, le favoritisme et le tribalisme. N’importe qui peut prescrire une ordonnance médicale. Certains médecins arrivent même carrément à se tromper: opérations ratées, erreurs de diagnostic, actes bâclés voire inutiles.

Chacun des personnels est devenu pharmacien par excellence. On observe donc un manque cruel de professionnalisme et une incompétence notoire. Des «tueurs» ont ainsi envahi nos centres hospitaliers et font librement leur mauvais boulot, sans foi ni loi, au grand dam des autorités sanitaires. L’usure des personnels s’accentue à mesure que l’hôpital se mue en véritable refuge, dernière soupape d’une société en voie de précarisation.

3- UN MARCHÉ NOIR DE VENTE DE MÉDICAMENTS

Plus grave, les pansements, les solutés de remplissage, les perfusions et les antibiotiquess dans les hôpitaux et se vendent plutôt dans les rues, sous le couvert des médecins et infirmieres. L’hôpital est donc rapidement en rupture de stock. Les secours tardent à arriver. On vous envoie acheter quelque part chez son frère dans une rue.

Les patients se lancent alors à la recherche des revendeurs de médicaments issus du marché noir entretenu par ce médecins. Dans les villages isolés comme dans les grandes villes, les médicaments normalement délivrés sur ordonnance sont vendus librement et partout à des prix dérisoires. En plus d’ignorer la composition, la posologie et les effets secondaires de ces médicaments de rue, beaucoup de paysans ou d’employés exerçant un travail pénible se procurent des analgésiques comme le Tramadol pour affronter des journées interminables au risque réel d’addiction et d’overdose. Triste !

4- UN PLATEAU TECHNIQUE DÉLABRÉ

Nos hôpitaux, très vieux, et caducs ne disposent malheureusement pas d’un plateau technique satisfaisant. Tout ou presque y est archaïque. Les équipements sont vétustes, délabrés, désuets et vieillis. On observe un manque de lits, d’appareils performants, de technologie innovante et moderne. A quelque exceptions près bien sûr. On nous parle pourtant tous les jours d’hôpitaux de référence. Mais de quelle référence donc, si pour le moindre petit AVC il faut procéder à une évacuation sanitaire?

Bien plus, les produits pharmaceutiques ne sont pas viables, beaucoup sont illicites et parfois périmés, mais sont quand même en vente dans tous les coins et recoins. Le plateau technique est donc si obsolète que le système sanitaire est non opérationnel et non performant.

5- UNE CLOCHARDISATION DES MÉDECINS ET LA FUITE DES CERVEAUX

Les conditions de travail de certains praticiens de la santé qui sont encore sous serment d’Hypocrate et qui le respectent quand même, sont parfois à désirer. Les médecins et les infirmiers n’ont aucun statut réel et sont parmi les plus défavorisés des couches professionnelles. Ils sont mal payés et ne bénéficient aucunement pas des bonnes conditions de travail. Certains manquent parfois jusqu’au matériel de travail pendant que des allocations sont détournées depuis le sommet.

Leurs conditions de travail sont si déplorables qu’ils n’ont parfois pas le choix. Comment voulez-vous que nos médecins bossent bien s’ils ne peuvent pas assurer le minimum vital à leurs familles, parce que sans salaire parfois. Certains sont affectés dans les bourgades sans aucun accompagnement financier possible. Mais on leur demande quand même de sauver des vies ! Les pauvres !

La plupart des médecins vont donc fuir leur pays et aller exercer à l’étranger, pour la recherche d’un meilleur cadre de vie afin de mieux pratiquer leur profession. Et ce sont les pauvres Camerounais qui en pâtissent. Un regard jeté dans les hôpitaux étrangers, montre qu’ils sont remplis de nos médecins camerounais, de très bons, tous en quête de meilleure santé professionnelle. On constate donc une fuite criarde de nos compétences. Les gars préfèrent partir, à la recherche des lendemains meilleurs.

Le grand H de l’hôpital au Cameroun, correspond en fait au grand H de la… honte. Indiscutable!

Ce triste constat montre donc que les hôpitaux publics au Cameroun saignent. Leur hémorragie est drastique. Ils sont rongés par divers symptômes très avancés tels que: le manque d’écoute et de communication dans la relation soignant-malade, le recrutement « gabegique » et anarchique d’un personnel parfois non qualifié et compétent, la mauvaise qualité et organisation des soins et particulièrement des urgences, le manque criard d’hygiène, les équipement défectueux, l’ absence de certains médicaments essentiels au lit du malade, la limite de la maintenance hospitalière, l’absentéisme irrégulier, le retard chronique, les erreurs médicales flagrantes, entre autres…Ainsi, à voir l’état lamentable de nos centres hospitaliers, il y a de quoi se faire du mauvais sang.

C’est vrai, L’État fait de plus en plus des efforts pour améliorer les conditions dans nos hôpitaux publics; certaines mesures sont à féliciter et à encourager, mais le personnel, doté d’un incivisme criard, tend toujours à saquer ces efforts par son comportement et ses attitudes malheureuses, déconcertantes et indécentes. Heureusement, il existe quand même encore quelques rares cas d’hôpitaux de confiance chez nous, souvent privés, il faut le dire, où l’on peut retrouver le sourire, une fois qu’on y est entré. Mais beaucoup, beaucoup trop même d’efforts, reste encore à faire.

Il faut qu’on puisse sensibiliser tous les médecins et tous les soignants à la nécessité de prendre en compte le patient dans sa globalité. À faire comprendre que ce patient est d’abord et avant tout une personne avec des droits et qu’il mérite de vivre, quelque soit sa couche sociale et ses origines.

PARCE QUE LA SANTÉ DES CAMEROUNAIS EST UN DROIT, PAS UNE FAVEUR.

20sept.
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