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CAMEROUN :: JEAN JACQUES EKINDI : Une trajectoire tout en incertitudes :: CAMEROON
CAMEROUN :: POLITIQUE CAMEROUN :: JEAN JACQUES EKINDI : Une trajectoire tout en incertitudes :: CAMEROON
  • Repères : Aloys ONANA
  • dimanche 02 septembre 2018 06:51:00
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CAMEROUN :: JEAN JACQUES EKINDI : Une trajectoire tout en incertitudes :: CAMEROON

Le désistement est sa marque de fabrique. Comme si de 2004 à 2018, les résignations du fondateur du Mouvement Progressiste (MP) n’a fait que voeu de renoncements.

Sa barbe poivre et sel ne passe pas inaperçue. Tout comme les rides sur son visage témoignent de l’effet du temps sur le président du Mouvement progressiste (MP). Un parti politique de l’opposition qu’il a créé il y a plus de deux décennies, avec, comme à l’origine congénitale de tout parti politique, le profond désir d’accéder au pouvoir, notamment de faire partir Paul Biya, par le biais des urnes. Ses premiers pas en politique, il s’en souvient comme si c’était hier. « J’ai commencé à militer pour le RDPC, relate-t-il, avant de poursuivre. Je pensais que la notoriété que j’avais était suffisante pour me permettre d’aller plus loin en politique. J’ai commencé la politique quand j’avais 20 ans. » Evidemment, se souvient une vieille connaissance d’Ekindi –aujourd’hui dans une profession qui exige beaucoup trop de discrétion – ,« Jean Jacques fait partie des gens qui ont aidé le RDPC à se faire des racines ultra profondes à Douala. A l’époque, dans cette ville il y avait aussi Grégoire Owona. Ces deux étaient si puissants qu’à eux deux, ils emmenaient les gens dans les années 88 à faire le plein d’oeuf à la salle des fêtes. »

La renommée de Jean Jacques Ekindi dépasse les bords du Wouri. Et il mesure bien la saveur de la popularité. Ce qui lui donne de nouvelles idées, changer de camp politique et emmener avec lui ces milliers de personnes qui ont de la sympathie pour lui. Et là, « lorsqu’un jour, nous sommes assis sous la véranda du domicile de ses parents il évoqua l’idée de créer son parti, son propre père ne le laissa pas aller jusqu’au bout de son argumentaire et lui dit : ‘’Le jour où tu quittes le RDPC, tu ne seras plus rien’’. C’est ce qui s’est passé. Mais Ekindi a eu une autre perche. Un soir du 20 mai au palais de l’Unité, longtemps après la naissance du MP, il vint nous faire une forte confidence. Le président Paul Biya lui demandait de ‘’revenir à la maison’’. » L’offre sera déclinée, Ekindi croyant en ses chances.

DRÔLE DE MANAGEMENT

Aujourd’hui le discours a changé. « J’ai 73 ans, dont 25 passés dans la vie politique », déclare cet homme, propriétaire d’une modeste propriété qui tutoie les bords du Wouri chez « tonton Samy », à Deïdo. La cour ici est jonchée de vieilles voitures de marque américaine. Le vent doux qui émane du Wouri n’emporte pas les souvenirs politiques de cet homme qui semble avoir un drôle de management politique unique, à savoir poser d’abord un acte public, et réfléchir sur sa pertinence après coup. « Après avoir annoncé ma candidature le 12 juillet (2018) à l’hôtel Hilton, j’ai finalement décidé de ne pas déposer de dossier à Elecam (Elections Cameroon, l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun, ndlr). Les conditions dans lesquelles je voulais aborder ce combat n’étaient pas réunies », se dédouane-t-il.

Ce n’est pas la première fois que ce polytechnicien, par ailleurs diplômé de l’École des mines d’Arles (France) pose ce genre de lapin à ses sympathisants. « En 2004, le sens de ma candidature à l’élection présidentielle était d’apporter ma contribution dans la lutte de l’opposition en quête de changement pour le Cameroun. C’est la raison pour laquelle je me suis désisté et j’ai rallié la candidature de Ni John Fru Ndi du SDF en pleine campagne électorale », relate-t-il, du bord du Wouri. Une aubaine pour le ministère en charge de l’Administration territoriale pour brouiller les pistes. « Le Minadt refusa de retirer nos couleurs, on était obligé de faire du porte-à-porte pour dire aux gens quelles couleurs choisir », narre cet homme revenu au Cameroun en 1970, après ses études en France.

Le désistement, c’est le meilleur élément de cet ex vice-président de l’Union nationale des étudiants camerounais en France. « En 2011, je me suis bien préparé pour la bataille. Mais une trahison d’envergure mit à mal cette campagne. Sans cette trahison, nous sommes persuadés que le Cameroun aurait changé de visage », se défend cet homme qui fut arrêté, jugé et condamné par le régime Ahidjo, qui ne supportait pas les convictions politiques du « chasseur du lion », un sobriquet qu’il connait bien l’origine. « En 1992, j’ai présenté une candidature de témoignage et de dénonciation. Nous sortions d’un régime de parti unique. Il était nécessaire que l’on désacralise le système politique qui avait maintenu le peuple camerounais sous le joug des lois d’exception et du parti. C’est du reste pendant cette campagne que le surnom chasseur de lion me fut donné. »

RÉTROPÉDALAGE

C’est également l’unique fois que cet acteur politique qui intégra le RDPC en 1985 ne se désista pas. Les habitudes ayant la peau dure, Ekindi a vite renoué avec elles. « En 2018, nous nous sommes minutieusement préparés pour une équipe qui gagne. Les derniers réglages n’ont pas abouti. Ne diton pas en allemand que ‘’le diable se niche dans les détails’’ ? Toujours est-il que face à cette situation inattendue, il m’a fallu décider si je maintenais ma candidature ou pas. J’ai alors analysé la confrontation du camp désuni de l’opposition contre le camp omnipotent du pouvoir. »

En clair, c’est après avoir publiquement annoncé qu’il était candidat à l’échéance présidentielle du 7 octobre 2018 que le tableau politique du Cameroun est apparu avec plus de précision dans la tête de l’organisateur de la Foire internationale de Douala pour le développement (Fidd), une foire qu’on dit être financée en partie par le pouvoir de Yaoundé. « Depuis 1990, le pouvoir a été désacralisé, le débat a été institué, le cadre électoral quoique inique et biaisé s’est affirmé comme guide des compétitions électorales dans un régime politique et social où toutes les institutions y compris et surtout la justice sont dévoyées et aux ordres.

Quel pourrait être l’impact réel de ma candidature dans un tel contexte ? L’analyse à laquelle j’ai pris le temps de réfléchir m’a convaincu de ne pas déposer ma candidature qui aurait été considérée comme la 27e roue du carrosse estampillée ‘’opposition’’. » Pour Ekindi, tout cela aurait contribué à entretenir la confusion dans laquelle se trouve l’opinion, à la veille du scrutin capital du 7 octobre. « Je présente mes excuses à tous ceux qui étaient prêts à m’accompagner dans cette nouvelle bataille. » Le président du MP aura 80 ans dans sept ans.

Logiquement le temps qu’il faut pour la prochaine élection présidentielle. En attendant, il ne croit presque pas à la capacité d’un parti politique de l’opposition à pouvoir terrasser le RDPC. « On peut battre Paul Biya. Mais c’est difficile car il est très bien organisé. C’est le peuple camerounais qui peut battre Paul Biya. Un mouvement populaire. Quel est le parti qui est dans 360 communes ? Si on ne met pas le peuple en avant, on ne le battra pas », se convainc le père du MP, créé en 1991.

02sept.
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